Me Khaled Bourayou a dénoncé, hier, une affaire bien curieuse où l'un de ses clients est victime, dit-il, d'une «forfaiture». L'enquête l'ayant incriminé a été «bâclée». «En tant d'années d'exercice, je n'ai jamais vu un dossier aussi grave où les violations de la défense s'apparentent au faux». C'est par ces propos directs que Me Bourayou a entamé sa conférence de presse tenue hier, à son bureau à Alger.Son client, le dénommé A. B., impliqué dans une affaire de trafic de drogue, a été blessé par balle dans une embuscade de l'Armée nationale à une vingtaine de kilomètres de Beni Ouenif, à Béchar, le 10 mars 2018 vers 23h. Il fut conduit à l'hôpital militaire de la région où il subit une intervention chirurgicale et séjourna durant huit jours dans le même établissement. Jusque-là, rien d'anormal. Pourtant, son avocat ne manque pas d'énumérer plusieurs bavures. «Le rapport établi par les gendarmes atteste que mon client a été livré à la gendarmerie par un bon de livraison le 11 mars 2018, soit le lendemain de l'incident. Or, dans une situation similaire, le procureur militaire doit remettre le mis en cause à la gendarmerie par ordre de dessaisissement. On ne le livre pas par un bon de livraison comme une marchandise !», dit-il.
Le plus grave, poursuit-il, «mon client est supposé être présenté devant le procureur le 11 mars 2018 à 16h et mis en garde à vue».
Le même document précise que A. B. a été présenté une nouvelle fois le 13 mars devant le procureur qui a prolongé le délai de sa garde à vue.
«Comment peut-il être présenté à ces dates précises alors que mon client était hospitalisé '», s'interroge-t-il.
Me Bourayou évoque également le jour du 19 mars 2018 où son client a été transporté par une ambulance dans laquelle il a été obligé de signer les deux P-V précédents rédigés en son absence. «Dans ces P-V, on fait comme si mon client était présent. A Aucun moment, on n'évoque son hospitalisation», souligne-t-il.
Selon l'avocat, le jour du procès, mercredi dernier, le juge lui intime l'ordre d'abréger sa plaidoirie. «Je voulais présenter les moyens de la nullité des procédures mais le juge m'a interdit de le faire afin que je ne révèle pas les violations qui ont été commises», explique-t-il.
Qualifiant l'affaire de «très grave», Me Bourayou insiste : «Ils ont voulu faire passer ce dossier sans parler de l'intervention chirurgicale qu'a subie mon client et son séjour à l'hôpital militaire, tout simplement parce que c'est l'armée qui lui a tiré dessus.»
Pour lui, cette affaire relève de la «pire bavure», sachant que le rapport de la gendarmerie est faux, la mise de mon client sous la garde à vue est fausse, la prolongation de sa garde à vue est fausse.
L'avocat ne dénonce pas seulement des «violations de procédures très simples» mais un «système qui va de la gendarmerie jusqu'au procès».
«Nous sommes, aujourd'hui, devant une forfaiture de justice. Ce n'est pas un seul officier de police ou un seul magistrat qui a commis ce fait mais ils se sont relayés. A partir du bon de livraison du 11 mars 2018, tout s'était enchaîné pour que mon client A. B. soit présent», explique-t-il encore.
Me Bourayou exige ainsi une enquête et interpelle le président de la République sur ces graves dérives.
R. N.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : R N
Source : www.lesoirdalgerie.com