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Loin des intérêts rentiers, démystifier les secteurs privés national et international productifs



Loin des intérêts rentiers, démystifier les secteurs privés national et international productifs
Le débat actuel portant sur le projet de loi de Finances 2016 est totalement biaisé, assimilant tous les opérateurs privés à une oligarchie financière corrompue, qui risque de faire fuir les capitaux, alors qu'avec la crise financière aigüe qui s'annonce, l'Algérie a besoin de rassembler, et des solutions concrètes réalistes. Je conseille à mes amis du secteur privé d'éviter une médiatisation excessive qui pourrait être mal interprétée tant par les partisans du socialisme de la mamelle que la majorité de la population, devant agir en réseaux discrets pour plus d'efficacité.Une entente avec le gouvernement souvent nécessaire de par le monde, ne saurait signifier soumission totale si le secteur privé veut acquérir une crédibilité. Mais, les représentants du secteur privé ne saurait être les porte-paroles du gouvernement qui a ses propres structures devant représenter la conscience collective et maximiser l'optimum social. Il faut être pragmatique car de par le monde n'existe pas de capitalisme sauvage. 3- Quelles sont les techniques de privatisation ' Il faut différencier la méthode des techniques de privatisation. Chaque méthode et technique ne sont pas neutres mais traduisent la volonté politique soit de l'accélération rapide ou le gradualisme vis-à-vis des privatisations. Les partisans de l'accélération veulent bouleverser l'ordre économique actuel, tenant compte des résistances des couches sociales attachées à la gestion administrative, qui crient au chaos car durant une période transitoire, la mise en place de nouvelles institutions et mécanismes économiques entrainaient une baisse de l'activité économique. Les partisans du gradualisme veulent agir par étapes pour permettre aux anciennes couches rentières, notamment la nomenklatura bureaucratique de reconvertir son capital argent et éviter qu'elles bloquent les réformes. Nous avons plusieurs méthodes : a.-l'offre publique de vente d'actions (bourses des valeurs) impliquant la refonte du système, financier ; b.-l'offre publique de vente à prix fixe ; c.- la cession d' actions par appel d' offres ; d.- le contrat de management par appel d'offres ; e.- le contrat de gré à gré pour la privatisation de la gestion ou la cession d'actifs à titre exceptionnel selon la loi car elle favorise les malversations ; f.- la privatisation de masse ou populaire favorisant la rupture systémique ; g.- la privatisation totale ou partielle au profit des ouvriers et des cadres et h. -la conversion de la dette extérieure en prises de participation. Comme il y a lieu de souligner avec force, que la valeur donnée par chaque technique subit souvent des variations imputables tant à la situation politique et sociale interne qu'aux paramètres internationaux. C'est la demande, c'est- à- dire le marché qui est l'élément déterminant (taux directeur du profit, existant un marché mondial de privatisation) et non l'offre. C'est d'ailleurs avec cette illusion bureaucratique des années 1970/1980 que certains récemment en Algérie croient que c'est l'Etat à décider par une politique volontariste de créer telle ou telle filière. Ces responsables déconnectés des réalités oublient que les filières sont évolutives, comme les cellules d'un corps humain, certaines naissent et d'autres meurent d'où l'importance de la maîtrise du temps et d'une planification stratégique largement influencées par les nouvelles mutations technologiques mondiales. D'ailleurs, l'économie algérienne est appelée à évoluer au sein d'une économie ouverte et assainir des unit »s non rentables conduit au suicide collectif surtout avec la baisse des recettes des hydrocarbures. Pour preuve, l'assainissement volontariste des entreprises publiques a coûté au Trésor public plus de 60 milliards de dollars entre 1971/2014 et selon un rapport interne au ministère de l'Investissement, plus de 70% sont revenues à la case de départ. Avec un dinar qui se cote en 2014 à plus de 107 dinars un dollar (170 dinars sur le marché parallèle), contre 25 dinars en 1990 et 45 dinars un dollar en 1994 cela n'a pas permis de dynamiser les exportations hors hydrocarbures. Et l'on peut montrer que la dépense publique via les hydrocarbures entre 2004/2013 a participé à plus de 80% du PIB, directement et indirectement (BTPH), ne restant aux entreprises créatrices de richesses que moins de 20%. Cela montre clairement que ce n'est pas une question de capital argent mais aux rigidités structurelles de l'économie algérienne. C'est donc le taux de profit sectoriel mondial qui est indicateur de référence et dans la plupart des pays qui ont engagé la privatisation, il y a eu décote d'environ 20 % par rapport à la valeur déterminée, (en comparaison à des projets neufs) pour attirer les investisseurs nationaux, internationaux. A la lumière tant de l'expérience passée en Algérie que des expériences d'autres pays, outre les problèmes politiques d'un non -consensus déterminant, il convient de se poser la question des contraintes techniques souvent non maîtrisées expliquant la panne du processus de privatisation. Je recense neuf (09) contraintes techniques : a- les -filialisations non opérantes par le passé dont l'objectif était la sauvegarde du pouvoir bureaucratique. Or c'est le fondement de la réussite tant de l'ouverture partielle du capital que d'une privatisation totale ? b- lié au point précédent, le patrimoine non défini (absence de cadastre réactualisé) pose la problématique de l'inexistence des titres de propriétés fiables sans lesquels aucun transfert de propriété ne peut se réaliser, c- nous avons pu constater des comptabilités défectueuses rendant difficiles les évaluations. L'inexistence du marché boursier (paradoxe en Algérie, pour la première fois de par le monde l'on essaie de créer une bourse étatique, des entreprises d'Etat souvent déficitaires achetant des entreprises d'Etat) comme l'atteste la léthargie de la Bourse d'Alger. Cela rend encore plus aléatoire l'évaluation dans la mesure où le prix réel de cession varie considérablement d'année en année, voire de mois en mois par rapport au seul critère valable qui est le marché et que l'on observe les fluctuations boursières sur plusieurs années. d- la non- préparation de l'entreprise à la privatisation, certains cadres et travailleurs ayant appris la nouvelle dans la presse, ce qui accroit les tensions sociales. Or l'adhésion tant de la population que des travailleurs à l'esprit des réformes est une condition essentielle de sa réussite liée d'ailleurs à une profonde démocratisation de la société. -e- Il y a lieu de prévoir une clause pour la reprise des entreprises pour les cadres - supposant la création d'une banque à risques pour les accompagner du fait qu'ils possèdent le savoir-faire technologique, organisationnel et commercial, la base de toute unité fiable devant être constituée par un noyau dur constitué de compétences, f- la partie non cessible dévolue aux travailleurs contraire à la pratique des affaires caractérisée par la mobilité du capital- devrait être négociée librement par les travailleurs, g- l'organe de suivi de la partie rééchelonnable lorsque le promoteur a des avantages autant que la problématique de l'endettement des entreprises surtout pour la partie devises en cas de fluctuation du taux de change ne sont pas clairement définis. 4.- Pourquoi la panne du processus de privatisation ' Il y a lieu de souligner que la base de la réussite du processus de privatisation doit reposer sur une transparence totale et une large adhésion sociale. Dans les pays développés, le niveau élevé d'éducation favorise la transmission de l'information étant dans une économie de marché structurée. Le contexte algérien (couple monopole/rente dominant) est caractérisé par une productivité insuffisante mono exportateur (pour plus de 95% hydrocarbures bruts); un secteur privé peu préparé à la concurrence internationale ou plus de 80% d'origine familiale avec un mangement stratégique presque inexistant, existant de rares exceptions mais bloqués par la bureaucratie ; un secteur informel dominant produit de la bureaucratie (lié à la corruption) qui tire sa puissance de l'existence de cette sphère mais recelant des entrepreneurs dynamiques, l'obsolescence de bon nombre de segments de production, des capacités de production inférieure à 50% ; une gestion et commercialisation déficiente, une situation financière instable, interne et externe (comme le montrent les dévaluations successives du dinar) ; des tensions sociales avec un chômage important et enfin l'absence du label qualité: services et produits. En cas de non- vision stratégique axée sur la concurrence, le processus de privatisation s'avérera un échec patent avec le risque de passage d'un monopole public à un monopole privé qui ne résoudrait aucunement les problèmes fondamentaux du pays Comme nous l'avons montré dans plusieurs contributions nationales et internationales récentes en posant la problématique du futur rôle de l'Etat dans ses relations avec le marché, il s'agit de faire naître le marché dans un contexte de non -marché à travers cette mutation systémique bouleversant la cohérence des anciens réseaux, pour créer une dynamique nouvelle à travers de nouveaux réseaux acquis aux réformes ( de nouvelles forces sociales) dans le cadre d'une nouvelle cohérence synchronisée avec les mutations de l'économie mondiale. Cette dynamique sociale est seule à même d'éviter ce manque de cohérence et de visibilité dans la politique socio-économique dont les changements perpétuels de cadres juridiques (fonction des rapports de force au niveau du pouvoir) en est l'illustration. Il y a plusieurs centres de décisions politiques, atomisant les décisions et rendant volontairement opaques les décisions, traduisant le non- consensus. Je recense cinq contraintes institutionnelles en Algérie : Premièrement, la concentration du pouvoir entre les mains d'un Ministre, étant à la fois juge et partie ne favoriserait- elle pas les délits d'initiés alors que la base de la réussite de cette opération complexe est une totale transparence et un suivi dans le temps de ces opérations complexes ' Les expériences réussies qui ont suscité l'adhésion populaire montrent la création d'une grande Agence des privatisations, ayant une mission transitoire, composée d'experts de haut niveau, relativement autonome sous la dépendance de la présidence ou du chef du gouvernement ou des parlements. Deuxièmement, il s'agit d'éclaircir concrètement les relations fonctionnelles qui ne sont pas clairement définies notamment entre le ministère chargé des Participations, les structures du ministère des Finances (direction des domaines, de la fiscalité, des douanes- et des banques primaires), les autres départements ministériels pour éviter les susceptibilités entre différents ministres- en termes de pouvoir économique-et les relations avec les autorités locales qui n'ont pas été associées à ce processus alors qu'ils entretiennent des relations directes avec l'environnement, et sans leur adhésion ce processus peut être avorté ' Troisièmement, ne convient-il pas de mieux définir à l'avenir ce que l'on entend par partenariat loin de tout slogan idéologique, l'objectif étant l'efficience économique, base de la cohésion sociale future, avec l'autonomisation de la décision économique évitant les fameux slogans des chartes socialistes du passé : secteur privé facteur complémentaire du secteur d'Etat ' Quatrièmement, qui est le propriétaire durant la période de transition de ces entreprises publiques lors de la cession d'actifs pour éviter la dilapidation du patrimoine public lors du transfert de propriété. Le cas des litiges est édifiant - tribunaux -conflits entre entreprises d'Etat pour des locaux appartenant en réalité à l'Etat - ce qui est paradoxal et absurde. Et enfin, quel est le sort des entreprises dissoutes (de ces centaines de milliers de surfaces dormantes, suscitant toutes les convoitises, localisées surtout dans les agglomérations au niveau des entreprises publiques- services collectifs et administrations) pouvant imaginer pour ce cas spécifique une Truand à l'Allemande, où le prix de cessions serait le marché, car ne posant pas véritablement un problème d'effectifs. (Suivra)


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