
[email protected]/* */Un député sortant qui aurait choisi, librement, de ne plus se représenter pour un nouveau mandat cela existe-t-il réellement ' En tout cas, le fait est vraiment rarissime au point où l'incrédulité l'emporte sur la véracité d'une pareille renonciation dictée souvent par d'autres considérations.Il est vrai que ce genre de postures prête au doute notamment lorsqu'elles viennent à être rendues publiques comme cela est le cas du prochain ex-député de Mila(1). C'est par conséquent la singularité de la démarche qui lui donne de multiples sens pour peu qu'ils soient replacés dans leur contexte politique. Il y a d'abord le premier degré strictement humain qui explique tout retrait par le poids moral de la responsabilité. Ensuite, il se trouve que lorsqu'un parlementaire met en avant sa renonciation définitive, il fait en vérité acte de «dénonciation». C'est ainsi que tous les «pourquoi je”?», qui se déclinent comme d'imparables justifications, devraient d'abord se jauger à leur dose de ressentiment de carriéristes avant de leur concéder tout de même quelques remords consécutifs à leurs propres écarts déontologiques. Vaincus par plus rusés qu'eux, ils justifieraient alors leur disqualification politique par des ersatz de morale patriotique, d'éthique de l'Etat et de respect à la parole donnée à ”? leurs «électeurs» ! Sauf qu'à force d'y aller de leur haro sur la sujétion d'un Parlement après y avoir siégé pendant 5 années, cela n'autorise-t-il pas une certaine circonspection quant à la sincérité de leurs aveux ' Ah ! La belle colère de ce député de Chelghoum Laà'd qui ne s'adonne au «devoir de vérité envers ses concitoyens» que lorsque la table est desservie. Lui qui s'est superbement tu, une mandature durant, au cours de laquelle il s'était seulement agité à partir de son strapontin au moment où des lois scélérates passaient au vote, est-il encore crédible à présent auprès des électeurs de son village ' C'est que ces derniers ne sont plus dupes des rendez-vous austères auxquels ils sont convoqués pour élire des représentants. Alors que le député ne tarit pas de critiques sur la nature irrespectueuse de tous les votes, l'électeur n'en pense pas moins en le faisant savoir par l'abstention. Cette traduction du refus qui est avant tout celui de la démystification de toute la classe politique. Il est vrai que pour l'obscur électeur, cette dernière s'est longtemps apparentée à l'aristocratie du savoir à laquelle n'étaient éligibles que les vertueux sages et les indispensables compétences. Cet olympe de la grande science politique qu'il croyait indissociable de l'art de gouverner avait constamment nourri sa crédulité au point de ne jamais mettre en doute la promesse des élus. En bonne conscience et durant des années, il estimait que ceux-là illustraient parfaitement la méritocratie.De cette naà'veté, héritage du vieux fonds patriotique, il a justement conservé l'habitude, ou plutôt le réflexe de voter en toutes circonstances. Un acte qu'il accomplissait non pas par civisme mais pour satisfaire la «précaution», disait-il, de voir sa carte d'électeur estampillée. Sans chercher à savoir ce qu'il ferait de son «choix», il avait fini par représenter une «voix» sans choix. Electeur sans attache partisane et sans passion excessive pour la politique en général, il avait délégué en toute confiance son avenir et celui de sa progéniture ne sachant pas que cela allait finir très mal dès l'instant où les institutions de l'Etat devenaient des exutoires d'un régime réellement autiste. C'est d'ailleurs à la marge des agitations politiciennes qu'il refit son initiation de citoyen en découvrant les dessous des cartes qui se jouent lors de tous les scrutins. De saison en saison, la succession des élections lui décilla les yeux sur l'immense imposture que représentaient les urnes algériennes. Dès 1997, il apprit, par les journaux entre autres, qu'il avait voté dans son douar pour un député dont il ignorait parfaitement le nom ! Depuis, le même scénario ressortait à chaque échéance ce qui a fini par rendre interchangeables les circonscriptions au bénéfice des «candidats». Ainsi naquit le Parlement des anonymes, grâce aux parachutages systématiques. Ceux qui disqualifieront, d'ailleurs, pour de longues périodes tous les votes et contribueront surtout à donner une autre signification à l'abstention chronique qui les caractérise. Alors qu'en bonne démocratie , celle-ci constitue un indicateur interprétable sereinement comme l'expression, soit d'une indécision parmi les options proposées, soit d'une insatisfaction dans le procédé binaire (oui et non) lors des référendums, chez nous elle est synonyme de dissidence civique. C'est que cycliquement le taux réel de la participation n'a eu de cesse de baisser. L'on peut se demander par ailleurs, ce qui a réellement changé en 3 législatures (2002, 2007 et 2012) si ce n'est quelques réaménagements techniques alors que l'éternel bavardage sur la transparence souligne en creux qu'auparavant l'on a été opaque !En effet, quand des caciques se mettent à prêcher pour la nouvelle «religion» des urnes, n'est-il pas pertinent de leur demander pourquoi l'électeur doit se convertir au nouveau dogme dont les auteurs sont justement illégitimes ' Telle est l'actuelle quadrature du cercle dans laquelle s'est enferré le régime. Contraint d'admettre que le corps électoral n'est plus manipulable comme par le passé, ne lui reste-t-il pas justement que l'incantation pour appeler aux urnes ' De fait, il faut s'attendre à ce que le credo du «scrutin pour le changement » soit réactualisé. Or, ce dernier avait déjà été démenti en 2014. L'argument d'une autre politique avait fait long feu à la suite de la surréaliste reconduction d'un Président impotent. Car, face à un pouvoir dont le centre de décision est aléatoire et dans un pays que l'on abîme un peu plus chaque jour, la quête d'un vote massif servirait uniquement d'appel d'air à une présidence en difficulté avec sa propre image.En clair, la notion d'abstention n'est plus connotée par l'image d'Epinal du pêcheur d'eau douce du week-end. Elle traduit une défiance sociale. Le divorce d'une communauté nationale à l'encontre de ses dirigeants dont il faudra tirer la conséquence. A hauteur d'homme, c'est également le cas de l'obscur député de Mila «torturé» par ses promesses non tenues alors qu'il n'ignorait guère que son élection en 2012 avait peu à voir avec sa prétendue notoriété. Comme quoi, même au crépuscule d'une carrière politique, il est encore possible de frimer.B. H.(1) Lire le Soir d'Algérie du 8 mars (p. 8) : «Les confessions du député Habib Zeghad».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Boubakeur Hamidechi
Source : www.lesoirdalgerie.com