Le vote par les députés français d'une loi pénalisant la négation du massacre des Arméniens sous l'empire ottoman a provoqué la colère de Recep Tayyip Erdogan qui leur a rappelé les massacres coloniaux contre les Algériens. La réaction du Chef du gouvernement turc semble avoir rappelé à la coalition pro-Bouteflika que la défense de la mémoire anticoloniale peut aussi servir de moyen de parasiter le débat sur le bilan du régime.
En votant jeudi dernier une loi sanctionnant pénalement la négation du massacre des Arméniens en 1915, sous l'empire ottoman, l'assemblée nationale française ne se doutait pas qu'elle déclencherait une tempête diplomatique qui menace désormais les relations franco-turques. Elle ne se doutait probablement pas non plus que la réaction du Chef du gouvernement turc lui rappelant les massacres coloniaux contre les Algériens en entraînerait d'autres' en Algérie.
C'est au sein de la coalition présidentielles(qui comprend le FLN, le RND et le PSP islamiste) que sont enregistrés les premiers échos de la condamnation par Recep Tayyip Erdogan des crimes qui ont marqué la conquête française de l'Algérie. « La France doit d'abord balayer devant sa porte », a déclaré le chef du FLN, Abdelaziz Belkhadem, lors d'un meeting organisé hier dans la ville Mila (Est). « C'est cette même assemblée qui a voté en 2003 une loi sur les soi-disant bienfaits du colonialisme qui, aujourd'hui, criminalise la Turquie », a-t-il observé, réitérant la revendication de son parti d'une reconnaissance par l'Etat français des massacres perpétrés par les armées coloniales contre la population algérienne.
Par la voix de son porte-parole Mohamed Djemâa, le MSP a estimé, quant à lui, que pour être conséquente avec elle-même, la France doit aussi criminaliser la négation du génocide colonial. Elle doit également, a-t-il ajouté dans une déclaration rapportée par Le Temps d'Algérie, « reconnaître les crimes commis durant la période coloniale (et) présenter des excuses au peuple algérien ».
Une opportunité de... parasiter le débat sur le bilan du régime
L'adoption de cette loi française sur le génocide arménien tombe ainsi à point nommé pour le régime. Elle lui offre l'occasion de lever les doutes sur son patriotisme, récemment mis à mal par une intervention du ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, devant des sénateurs français leur exposant la politique étrangère de son pays, un privilège auquel n'avaient pas eu droit les sénateurs algériens. Elle lui permet, surtout, de nourrir le feu de sa résistance au vent de changement qui, depuis un an, souffle sur le Maghreb et le Proche-Orient.
En effet, dans le discours de ce régime, la défense de la mémoire anticoloniale est souvent un simple moyen de parasiter le débat sur sa gestion politique, économique et sociale. Conjuguée à une insidieuse propagande décelant dans les revendications démocratiques les traces d'une invisible « main étrangère », elle est présentée comme allant de pair avec la défense de la souveraineté nationale contre les ingérences extérieures, qui seraient facilitées par la contestation de la légitimité du pouvoir, en place depuis l'indépendance. Lors du meeting qu'il a animé hier à Mila, et après avoir exigé de la France de faire acte de repentance des crimes de la colonisation, Abdelaziz Belkhadem n'a pas hésité à qualifier le champ politique d'« ouvert » et le récent vote de lois qui légalisent sa fermeture de grands « acquis » pour les Algériens !
Il est, cependant, nécessaire d'observer que les réactions que provoque la condamnation du génocide colonial par Recep Tayyip Erdogan ne sont pas toutes téléguidées par le régime. Certaines pourraient même le gêner en posant la question sous l'angle du devoir du gouvernement envers la mémoire du combat anticolonial. C'est le cas de la réaction du président du Front national algérien (FNA), Moussa Touati. Dans une déclaration rapportée par la presse algérienne, il a rappelé que l'initiative parlementaire visant à criminaliser la colonisation avait été bloquée par l'exécutif. « Au lieu que ce soit le gouvernement qui défende la cause nationale ('), c'est le Premier ministre turc qui le fait », a-t-il regretté.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yassin Temlali
Source : www.maghrebemergent.info