
Un joueur camerounais, des plus talentueux de l'équipe de la JSK, a été tué cette semaine, à la fin du match opposant l'équipe à son adversaire sur le terrain, l'USMA. Des supporters ont mal digéré la défaite et certains sont allés jusqu'à lancer des projectiles sur les joueurs de cette même équipe, la JSK, qu'ils supportaient. Un coup fatal a atteint le Camerounais, le seul à marquer le but pour l'équipe battue chez elle. Ebossé Albert, 25 ans, est mort. Mort sur une terre étrangère. L'annonce du tragique décès a mis en émoi toute la Kabylie, toute l'Algérie. Un drame national, un drame de plus, survenu à un moment de colère, justifiée ou non, d'un jeune «délinquant» qui était loin de mesurer, sur le champ, la gravité de son geste. Inconscience, ignorance, oisiveté...voilà qui est, en fait, à l'origine de tel crime et non pas le fait que l'équipe soit battue chez elle. Après tout, ce n'est qu'un match et un match entre frères, il n'y avait pas de raison pour que cette rencontre finisse par un drame.Il n'empêche, le drame a eu lieu. C'est que la lassitude, la colère, la haine envers soi et envers l'autre, nés de l'oisiveté, du vide, du sentiment d'être rejeté, d'être inutile pour l'autre et pour soi, ont fini par prendre le dessus. Toute une énergie, malheureusement énergie négative, qui s'est installée et il fallait s'en libérer par n'importe quel moyen, diront certains. Les pouvoirs publics ont une grande responsabilité dans ce qui s'est passé, à commencer par ceux en charge du football et du sport, de façon générale, jusqu'aux administrations publiques, les établissements scolaires et autres.Les institutions en charge de mettre en place une véritable politique d'emploi qui sera à même d'assurer des postes de travail permanents qui répondent aux aspirations de ces jeunes, le sont encore plus. Un poste d'emploi qui permette au jeune de s'affirmer, évoluer, libérer sa créativité et développer, par conséquent, l'esprit d'initiative, d'innovation. L'affirmation, l'estime de soi, sont libérateurs. Et c'est ce qui manque justement pour de nombreux jeunes et aussi moins jeunes en Algérie. Perdus, sans ressources financières régulières, ils se débrouillent comme ils peuvent pour s'en sortir, quitte à s'adonner à des activités des plus nuisibles et des plus condamnables. Les services de psychiatrie, dans tous les hôpitaux du pays, choquent par le nombre de jeunes qui s'y retrouvent, sans que ces derniers n'aient manifesté au préalable un signe de déséquilibre psychique. Le problème est réel et est à prendre très au sérieux. Plusieurs fois, des parties différentes représentant la société civile et parfois même des petits groupes de personnes ont tiré la sonnette d'alarme sur l'ampleur du phénomène de violence en Algérie et les risques de débordements aux conséquences fâcheuses.Ils ont appelé à des solutions concrètes pour la contourner au plus vite, entre autres par la libération du champ de l'emploi. Réactions trop timides de la part des représentants des gouvernements successifs qui évoquent chaque fois des dispositifs simplement inefficaces et des politiques qui ne suscitent pas l'unanimité.Des politiques d'emploi et des dispositifs créés à la hâte, sans prendre la peine de faire appel à toutes les parties qui, d'une façon ou d'une autre, ont leur rôle à jouer et leur mot à dire en la matière. Des rencontres sur l'emploi ont été organisées par le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale pour justement examiner les voies et moyens d'arriver aux meilleures solutions mais en vain.Le débat reste fermé et le peu de recommandations qui ressortent des travaux sont rarement appliquées.Des jeunes chômeurs manifestent dans le sud du pays, manifestent à Alger et dans d'autres régions pour dire leur colère contre la manière de gérer la situation et dire aussi leur désir profond de changer les choses en leur faveur, de manière pacifique, tranquille mais, là aussi, les choses sont prises à la légère. Il n'y a que pendant les campagnes électorales (présidentielles, législatives et locales) que les politiques abordent la question et promettent monts et merveilles aux concernés. Une fois la campagne terminée, les paroles s'envolent et les rêves des jeunes avec elle. Les services du ministère du Travail prétendent que les dispositifs mis en place donnent de très bons résultats et les taux de chômage sont en constante baisse, justement grâce à ces dispositifs.Rien de vrai. La réalité du terrain dément les déclarations officielles. 15% le taux de chômage en 2007, 11,3% en 2008 et 2009, 10,2% en 2010, 10% en 2011 et 9,5% en 2012, ce sont les chiffres officiels du département du Travail. C'est bien beau cette «progression» mais des manifestations pour l'emploi se poursuivent dans la région sud du pays, des centaines de milliers de sortants de l'université déplorent leur situation, dénoncent «le népotisme», «le favoritisme», «la bureaucratie», «la corruption»...et simplement «le laisser aller» de cette même administration qui traîne pour répondre aux demandes de recrutement. Les chiffres officiels sont trompeurs, largement trompeurs, d'autant qu'ils comptent le nombre des recrutés dans le cadre de ce qui est appelé communément «le filet social». Même si ce dernier a été amélioré, il ne change pas grand-chose dans la situation de la nouvelle recrue.Le salaire est juste un petit salaire. Trop petit pour pouvoir subvenir aux besoins du jeune salarié. Le contrat est limité dans la durée. Et 'apprentissage n'est pas vraiment fructueux pour la simple raison que les employeurs et ceux qui sont censés encadrer le jeune, assurent peu leur travail. Un pays qui vit de la rente pétrolière ne se permet pas trop d'efforts pour développer l'entreprise économique et former des générations à prendre le relais, notamment au niveau des postes de responsabilité. Pourtant, l'argent ne manque pas et c'est l'occasion ou jamais d'en profiter pour un maximum de projets d'investissement, dans tous les domaines et pas seulement celui des hydrocarbures. Ce n'est pas le cas. Selon un expert en économie, reprenant lui-même une récente étude pour la région Mena, «le pays dépense deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats par rapport aux pays similaires au niveau du bassin méditerranéen». Ce qui est aussi à déplorer, c'est le manque de formations au profit des jeunes, non seulement lors de l'apprentissage de leur métier mais aussi lors du choix du métier, voire le choix des études à faire, après leur réussite au baccalauréat, sinon leur échec à ce même examen. C'est surtout cela qui manque pour une bonne orientation, un bon encadrement du jeune qui, avant l'emploi, cherche d'abord sa propre voie dans la vie.K. M.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karima Mokrani
Source : www.latribune-online.com