
-Le gouvernement durcit les conditions de financement étranger pour les associations. Quel impact sur la votre 'Nous n'avons jamais été en situation de «demandeur de sous», c'est plutôt l'inverse qui a prévalu.A titre d'exemple, nous nous sommes même permis de rejeter une «offre» du gouvernement (formulée dans les locaux de la chefferie du gouvernement), en 1999, avant même que nous déposions notre dossier de demande d'agrément au ministère de l'Intérieur ! Cette «offre» empoisonnée consistait à mettre à la disposition de notre association un local et un budget conséquent, à condition d'accepter la cooptation ( !) de personnes désignées par le gouvernement ! «Offre» que nous avions rejetée en gros et en détail. Il était essentiel pour nous dès le départ de garantir notre autonomie vis-à-vis de quelque partie que ce soit, nationale ou étrangère, et surtout d'acquérir une crédibilité vis-à-vis de l'opinion publique et de toute personne qui aurait à nous solliciter ou à proposer ses services.Les offres de financement étrangères ont été nombreuses ces quinze dernières années : il y en a que l'on refusait d'emblée ? tout ce qui émanait des Etats-Unis par exemple (quelle que soit l'institution ou l'organisation qui le proposait) ?, en expliquant ce refus par notre condamnation de la politique étrangère de cette grande puissance. Comme nous avions refusé des offres de financement de projets émanant d'agences de coopération internationale, parce que certaines conditions pouvaient porter atteinte à notre indépendance et à notre autonomie, offres qui pouvaient se chiffrer à plusieurs centaines de milliers de dollars sur plusieurs années.De 2004 à 2006, plusieurs de nos projets avaient été financés par l'Union européenne via le Bureau d'Alger de la Fondation Friedrich Ebert, Fondation à qui nous rendons hommage pour nous avoir accompagnés durant une période très particulière, celle de l'adoption de la Convention des Nations unies de 2003 par la communauté internationale, tout en respectant totalement notre indépendance. Notre association s'autofinance principalement de cotisations et dons de ses adhérents et de ses soutiens et amis, et nous y allons aussi de notre poche, en fonction des revenus de chacun, notre action associative étant d'essence militante.-Le fait que des associations bénéficient de financements étrangers ne les rend-elles pas sujettes à la manipulation de la même façon que les associations qui sont subventionnées par l'Etat servent l'intérêt du pouvoir 'Je suis tout à fait d'accord avec vous : le risque de manipulation, d'ingérence et de remise en cause de l'autonomie d'une association existe et est même élevé. Les financements étrangers ou venant du gouvernement sont rarement désintéressés. Il faut être très vigilant, ne pas être dépendant de n'importe quel financement et surtout développer en son sein une culture de l'intégrité et de la transparence. Il vaut mieux avoir peu de moyens financiers et activer en toute autonomie, tout en préservant sa crédibilité, surtout lorsque l'on a la prétention de militer pour la prévention et la lutte contre la corruption. Je voudrais vous citer un exemple. Il y a quelques années, via Transparency International, l'Agence gouvernementale de coopération internationale du Royaume-Uni propose de financer la création d'un «Centre d'assistance juridique aux victimes et dénonciateurs de la corruption» géré par notre association.Les discussions autour de ce projet (où étaient impliquées des associations similaires du Maroc, du Liban et de Palestine) avaient duré une année entière et lors d'une réunion solennelle de paraphe des contrats, on nous sort une conditionnalité de dernière minute : l'envoi régulier à cette agence gouvernementale d'informations très détaillées sur les activités de ce centre d'assistance juridique ! Il était question d'un financement sur 3 ans pour un montant de 300 000 dollars ! Notre association a rejeté ce financement.-Faut-il comprendre qu'elles ont toutes un intérêt inavoué 'Il ne faut pas généraliser, il y a des financements étrangers réellement désintéressés, mais la prudence est de mise. Quant au gouvernement algérien, par rapport à cette question, son seul souci c'est d'empêcher que les associations qui refusent sa tutelle puissent mener des activités les plus larges possibles, qui impliquent davantage la société civile pour plus de démocratie et plus de liberté. Le développement fulgurant des réseaux sociaux et des nouvelles technologies, malgré tous les obstacles érigés par le gouvernement, est une aubaine pour les associations libres aux moyens financiers limités.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Safia Berkouk
Source : www.elwatan.com