Mila - Revue de Presse

Les attentats d'Alger vus de Paris



Attaque portant la signature de la mouvance terroriste algérienne ?Frappes «estampillées» du sceau transnational d'Al Qaïda ? Le double attentatde mercredi suscite, en France, des lectures nuancées, voire contrastées.Professionnels du renseignement et spécialistes de l'islamisme politiqueet radical n'étaient pas, ce week-end, sur la même longueur d'onde. Qu'ils'agisse de la paternité des forfaits, de leur mode opératoire ou des objectifsqu'ils se sont assignés, les opérations du palais du gouvernement et de BabEzzouar sont décortiquées différemment. Leur interprétation se fait selon une grille de lecture changeante d'unobservateur à un autre.Si les réactions suscitées jusque-la désignent, à l'unisson, le GSPCcomme le donneur d'ordre en même temps que l'exécutant, elles divergent,cependant, sur les tenants et aboutissants du mercredi sanglant. La double attaque simultanée du palais du gouvernement et de Bab Ezzouarparticipe d'une démarche de jonction avec Al Qaïda. Depuis que le GSPC a choiside se rebaptiser «Branche armée d'Al Qaïda au Maghreb» en septembre 2006, «il ya une volonté de se soumettre à l'agenda international» de l'organisation deBen Laden, croit savoir Dominique Thomas.Spécialiste de l'Islam politique, chercheur à l'Ecole des hautes étudesen sciences sociales de Paris, l'auteur de ces propos planche, depuis desannées, sur la géopolitique de l'islamisme radical. Et s'emploie à en connaîtrele déploiement opératoire et le ton de son discours depuis le 11 septembre.Fait quasiment unique dans le long feuilleton de la terreur algérienne, lerecours aux kamikazes, «une nouvelle arme» pour le GSPC, n'est pas dénué demessage à ses yeux. «Cela peut permettre à l'ex-GSPC de s'ancrer plus encore àla mouvance djihadiste internationale et de gagner ses lettres de noblesse»,explique le même auteur au Figaro.Un point de vue similaire se lit dans la réaction d'Anne Giudicelli.Responsable de Terrorisc, un bureau de consulting français spécialisé dansl'étude des menaces terroristes et sécuritaires, cette familière des plateauxde télévision décèle une «montée en puissance» de l'activité terroriste auMaghreb depuis la déclaration d'Ayman Al Zawahiri du 11 septembre dernier.L'idéologue d'Al Qaïda, rappelle la consultante dans Le Parisien, «a chargé sesirréductibles d'ouvrir un front plus proche de l'Europe». Depuis, fait-elleremarquer, «on assiste à une montée en puissance du groupe. Il bénéficie decadres de qualité supérieure et de moyens importants».Avec le GSPC, «nous sommes face à la troisième génération d'activistesaprès le FIS puis le GIA, estime Olivier Roy, l'un des premiers chercheurseuropéens à avoir passé au crible l'islamisme. Le modèle GIA, reposant sur lalutte dans les maquis et la volonté de constituer un Etat islamique, nefonctionne plus. La nouvelle génération n'a aucune stratégie de ralliement desmasses. Elle s'inscrit dans un projet global, supranational. Ils sont trop«modernes» pour avoir un projet politique élaboré. Ils veulent simplementfrapper en ayant le plus grand impact médiatique». Le GSPC, qui se venddésormais sous l'appellation d'»Al Qaïda au Maghreb islamique», se pose«désormais comme la seule force structurée de la mouvance djihadiste face àl'Etat algérien», observe Jean-François Daguzan, un des chercheurs français lesplus productifs sur le phénomène terroriste.Interrogé par Libération sur la crédibilité de la revendication du doubleattentat par Al Qaïda, il y voit une touche de communication propre à Al Qaïda.«Cela est dans la logique d'un «terrorisme franchisé» qui est la grande forced'Al Qaïda». Autrement dit, «des groupes locaux s'occupent de la préparation etde la mise en oeuvre des attentats, mais sur des cibles et des mots d'ordredécidés par l'organisation», croit savoir Daguzan, maître de recherches à laFondation de la recherche stratégique. Un haut responsable français durenseignement abonde dans le même sens. Cité par Le Monde sous couvertd'anonymat, il estime que le GSPC version maghrébine «correspond à un vraiprojet cohérent». Pour les groupes armés activant sous la bannière du groupesalafiste, les actions à l'oeuvre depuis l'automne participent d'une démarche.«Il s'agit pour eux de dépasser la dimension strictement algérienne de la lutteet de poursuivre aussi un agenda djihadiste », explique le responsablesécuritaire.Une perception similaire est perceptible dans les propos de LouisCaprioli, un spécialiste hexagonal de la question. «La volonté d'unifier lesforces djihadistes dans la région est claire. Mais pour l'instant, il leurmanque une âme, un coordinateur. Al Zawahiri n'a pas désigné Droukdal dans cerôle», explique cet ancien sous-directeur de l'antiterrorisme à la Direction dela surveillance du territoire (DST, contre-espionnage). Responsable en poste, Christophe Chaboud, chef de l'Unité de coordinationde la lutte antiterroriste au niveau de l'appareil sécuritaire français(UCLAT), se livre à une lecture plus nuancée. «Le lien éventuel qui existeraitentre les islamistes dans ces pays est idéologique, et sans doute pasopérationnel». Selon lui, «même si on vient d'assister en quelques mois à des événementsrapprochés en Tunisie, au Maroc et en Algérie, on ne peut pas dire que tout estlié, qu'une espèce de direction centrale décide de frapper un jour là, un autreailleurs. Au contraire, tout paraît tellement déstructuré». Après les attentatsd'Alger, d'aucuns, de par et d'autre de la Méditerranée, étaient tentés d'yvoir un lien avec les événements qui avaient agité la veille Casablanca.Dominique Thomas se garde de franchir ce pas. «La concordance des dates est fortuite», dit-il de manière tranchée. AlQaïda au Maghreb «a la volonté de devenir le centre opérationnel d'un djihadtransmaghrébin, mais cela reste un projet». Et le chercheur à l'Ecole deshautes études en sciences sociales de préciser, affirmatif : «les seuls liensconnus du GSPC avec l'étranger sont avec la Tunisie». «Une chose est sûre, estime Anne Giudicelli du bureau de consultingTerrorisc, il y a entre ces groupes locaux parfois disséminés des échangesdynamiques, une coordination sur des types de cibles. Avec comme objectif defaire tomber les trois régimes en place».
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