
Le système de santé, un des piliers du bien-être des populations et de la cohésion sociale, ne peut aller mieux sans une politique de santé claire, prospective avec un ratio conséquent. C'est la résultante du 12e forum d'Alger consacré à la thématique « Quel système de santé pour l'Algérie de demain ' ». Cette rencontre, organisée par le cabinet Emergy (International Strategic Consulting) a permis aux panélistes de traiter de la question à la lumière des états des lieux et des défis. L'Algérie a consacré dans sa Constitution (article 54) le droit des citoyens à la protection de leur santé. Si des résultats probants ont été enregistrés, il n'en demeure pas moins que le système national de santé est confronté à de multiples contraintes et insuffisances qui altèrent son efficacité et ses performances. Les défis sont énormes eu égard aux changements socioéconomiques et comportementaux auxquels fait face la société algérienne. Jean-Paul Grangaud de l'INSP (Institut national de santé publique) souligne, dans son intervention, les progrès énormes réalisés par notre pays. Avec la transition démographique, il y a eu la transition épidémiologique marquée par la réduction, voire la disparition, des cas de diphtérie ou de polio et de décès par la rougeole. Des progrès remarquables ont été obtenus sur l'espérance de vie. Toutefois, selon les deux enquêtes (1999 et 2005) réalisées par l'INSP, on constate des problèmes qui persistent et qui nous interpellent. Des maladies liées à l'environnement notamment à l'alimentaire, les maladies transmissibles émergentes (comme le chikungunya) et ré-emergentes (paludisme), maladies professionnelles, cancer et la santé mentale », dira le Pr Grangaud. « D'autres facteurs se sont ajoutés à ce constat rendant la situation plus délicate. Ils se résument dans l'insuffisance du personnel médical et paramédical puisque les normes de l'OMS stipulent 4 infirmiers pour 1 médecin, actuellement nous sommes 2 infirmiers pour 1 médecin. L'inexistence de la formation des paramédicaux concentrés dans les grandes villes. Pour ce qui est des structures, plusieurs édifices ont construits, mais le personnel reste insuffisant pour leur fonctionnement ». En somme, d'après le Pr Grangaud, « c'est un système éclaté ». Car « l'intersectorialité est faible, générée par l'inexistence de communication entre le ministère et les wilayas, disparition du secteur sanitaire en 2007, entraînant la perte du « besoin de la population », disparité dans la répartition des ressources matérielles et humaines, absence de carte sanitaire ». Analyse similaire du Pr Chaoui quant à l'évolution démographique et les efforts consentis par les pouvoirs publics. Néanmoins, « même si en 1982 on a atteint un niveau appréciable dans la prise en charge de la santé publique, il y a eu des effets pervers dans le choix de la médecine gratuite. Car cette médecine fonctionnait sur le budget de la sécurité sociale autour de 60%, de 30% sur l'Etat et 10% des contributions des ménages. La situation s'est détériorée dans les années quatre-vingt-dix avec la chute des revenus de l'Etat et la dépense a baissée de 7% du Pib en 80 à -3% du Pib. Ceci a fait reculer les investissements de l'Etat et la forte progression de la profession libérale. La fracture est brutale pour les ménages dont la contribution a augmenté pour atteindre le taux de 40% ».De grands défis pour une société en mutationLe Pr Chaoui estime que l'Algérie fait face à d'autres défis en matière de prise en charge de la santé publique puisque « 6.000 médecins ont quitté le pays depuis 2002, le structures de santé en état de dégradation avancé, des cas de polytraumatisme sont enregistrés suite aux accidents de la route et de la situation vécue dans années quatre-vingt dix, émergence de la violence dans notre société ». Comme il préconise « une formation de qualité et l'augmentation du nombre de lits d'hôpitaux de 60.000 au double d'ici à 2020 ». Le côté financier n'est pas en reste de ces aspects à prendre en charge d'autant que l'Algérie accorde moins de 400 dollars par habitant. Un niveau similaire à celui des pays sous-développés. A titre d'exemple, l'Espagne accorde 3.000 dollars et la France 3.800 dollars par habitant et par an ». Cette carence en matière de moyens matériels est également relevée par le Pr Oukal. L'Algérie, qui fait face à de nouvelles mutations (environnement, tabagisme, virus cancérigènes) en plus des 10% des cas liés à la génétique, doit peaufiner un plan anti-cancer prenant en considération le dépistage de masse, renforcer le parc de mammographes et recourir aux génériques pour soulager les ménages du coût exorbitant des médicaments. Tout en encourageant la fabrication nationale. Ceci permettra de gérer une situation en temps réel sans empiéter sur d'autres pathologies comme cela s'est déroulé en 2012 quand, sur les 250 millions d'euros du budget de la PCH (Pharmacie centrale des hôpitaux), 217 millions ont été réservés pour les produits anti-cancer. La représentante du collectif Nabni, Bakhti, avoue que « l'Algérie est partie de très haut mais se retrouve au bas du groupe des 12 autres pays qui étaient à la même situation sanitaire ». Ainsi, l'absence d'une organisation, de financement conséquent et de formation de qualité et innovante, le pays doit revoir sa copie sans remettre en cause les principes d'équité, de solidarité qui fondent le système national de santé.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Souhila Habib
Source : www.horizons-dz.com