Mila - A la une

"LE SERMENT"



Résumé : Djamila pleurait d'émotion en arrivant au pays où l'odeur si particulière lui avait tant manqué. Après avoir déposé ses affaires à l'hôtel, elle se rend chez Amel. Elle découvre que Maître B était décédé depuis deux mois. Amel avait respecté sa dernière volonté finissant sa vie, entourée uniquement de sa famille proche. Djamila était bouleversée. Amel lui remonte le moral. Elles changent de sujet lorsque des cris tumultueux leur parviennent. Djamila apprend que les familles de disparus de la décennie noire se retrouvaient une fois par semaine pour se faire entendre du pouvoir. Elle s'y rend. Elle partageait la même douleur qu'elles.-Attends, je viens avec toi, dit Amel en allant mettre un gilet, mais Djamila était déjà sortie et marchait rapidement vers le lieu du rassemblement. Les cris lui donnaient la chair de poule.
"Oh Mon Dieu ! Toutes ces mères, toutes ces femmes, ces pères, ces frères et ces s?urs qui recherchent leurs proches disparus. Aidez les ! Aidez-moi !"
Djamila ressentait la même brûlure qu'eux, la même peine. Elle se surprit à crier elle aussi. "Rendez-moi mon père, ma mère ! Rendez-moi ma s?ur ! Rendez-moi ma famille !"
Il y avait sur l'esplanade, en plus de ces familles brisées, des personnalités, des membres d'associations venus les soutenir. Djamila se tenait en face, regardant les visages, espérant reconnaître quelqu'un. Elle se mit à lire les pancartes où étaient collées des photos des disparus, les noms et les dates du dernier jour où ils avaient disparu. Des photos de jeunes et d'hommes mûrs. Des femmes, des filles aussi.
Djamila eut l'impression que son c?ur s'était arrêté en voyant une photo agrandie, un peu floue. La jeune fille qui la brandissait criait, mais elle n'entendait pas ce qu'elle réclamait. Son sang ne fit qu'un tour. Ses oreilles se mirent à bourdonner.
Sous la photo, on pouvait lire "Ma s?ur Djamila H. Enlevée avec d'autres lycéennes. Elle avait dix-sept ans".
- C'est moi, dit-elle ou pensa-t-elle en se reconnaissant sur la photo malgré les larmes qui l'aveuglaient en partie. C'est moi. C'est moi.
Mais son cri était étouffé par les clameurs. La jeune fille qui tenait la pancarte bien haut parlait avec une femme âgée qui s'essuyait les yeux, avec un bout de son foulard noué sous le menton.
"Est-ce maman '", se demanda-t-elle en se frayant un chemin, trébuchant parfois, aveuglée par les larmes. "Oh mon Dieu, faites que ce soit elle."
Mais en se rapprochant, le c?ur serré, elle vit que ce n'était pas elle et se mordit les lèvres, douloureuse de déception. Comme elle aurait aimé que ce soit elle. Elle aurait tout donné pour la retrouver.
- Pardon. Pardon, dit-elle en faisant des coudes pour se rapprocher d'elles, mais elles s'étaient mises à marcher.
- Laissez-moi passer !
Les cris de la foule étouffaient les siens. Sa s?ur se tournait avec la pancarte, avançant avec la foule qui marchait en rond.
- Djamila. Mais qu'est-ce que tu fais ', cria Amel, en l'attrapant par le bras. Qu'est-ce que tu fais '
Djamila se dégagea brusquement.
- Ma s?ur ! J'ai vu ma s?ur.
Djamila tendit le bras pour la lui montrer mais on ne la voyait que de dos.
- Tu en es sûre ', l'interrogea Amel qui ne voulait pas qu'elle se donne de faux espoirs. Peut-être qu'elle lui ressemble ' Cela fait des années que tu ne l'as pas vue.
- C'est vrai. Il y a ma photo sur la pancarte.
Comme pour confirmer qu'elle n'avait rien imaginé, la foule avait ralenti et revenait sur ses pas. La jeune fille brandissait toujours la pancarte et criait, voulant se faire entendre à tout prix. Comme les autres.
Amel la vit et les regarda tour à tour. Non seulement il y avait bien son portrait affiché mais elles se ressemblaient.
- Allons-y. On doit se rapprocher d'elle et l'emmener à part, lui cria-t-elle à l'oreille, en l'empoignant par le bras. Djamila. Rassure-moi. Je ne rêve pas '
La jeune femme secoua la tête. Ses yeux brillaient, mais cette fois de joie.
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