Augmenter la production de la pomme de terre, ou maintenir de bas prix pour préserver la paix sociale ' Le ministre de l'agriculture, Rachid Benaïssa, connait à la fois le débat et les enjeux. Ira-t-il vers des choix favorisant les producteurs, ou bien se contentera-t-il de légitimer la politique des bas prix, quel qu'en soit le résultat '
La pomme de terre a déjà passé le cap des cinquante dinars avant la mi-septembre. D'ici fin octobre, le prix devrait connaitre une nouvelle flambée, similaire à celle de mars 2012, lorsque la pomme de terre avait dépassé le seuil symbolique des cent dinars, pour la première fois dans l'histoire du pays.
Le déstockage et les importations massives, encouragées par la suppression des taxes douanières et de la TVA, devraient amortir le choc. De telles mesures sont toutefois de simples palliatifs provisoires, et ne constituent pas une politique. Elles permettent de gérer temporairement une situation de crise, non d'apporter des solutions. Mais le gouvernement n'end démord pas : pour lui, à chaque pénurie, il faut casser les prix par les importations massives.
Un agronome, qui vient de quitter l'administration pour se lancer dans le stockage, affirme que la politique du gouvernement est nocive pour le pays. Les mesures prises, comme l'exonération des taxes douanières et la suppression de la TVA, pour permettre à la pomme de terre d'importation d'être écoulée à bas prix, « casse la dynamique du marché interne », dit-il.
Pour lui, il faut agir pour la pomme de terre comme pour le pétrole. A 30-40 dollars, de nombreux gisements de pétrole n'étaient pas rentables. A 100 dollars, les gisements les plus difficiles sont rentables, et la prospection est relancée. Ce qui explique l'abondance de pétrole actuelle.
Pour la pomme de terre, elle doit se stabiliser au-dessus de 60 dinars, dit-il. A ce prix, il sera possible d'investir dans de nouveaux périmètres, où la production de pomme de terre n'est pas rentable aujourd'hui. Par contre, si le prix augmente durablement, il sera possible de conquérir de nouvelles de terres, et renforcer la transition alimentaire : bientôt, la pomme de terre devrait remplacer les céréales comme aliment de base des Algériens.
Subvention contre production
Il plaide pour une prime au producteur. « Dans le système actuel, ce sont les commerçants qui gagnent beaucoup d'argent, pas les producteurs », relève-t-il. Les fellahs vendent toujours leur production à bas prix, car elle arrive sur le marché à un moment d'abondance. Peu d'entre eux ont les moyens de stocker leur produit. De plus, ils doivent vendre rapidement leur production pour préparer la saison suivante.
Par contre, les propriétaires de chambres froides et les importateurs sont les vrais bénéficiaires du système, alors que la politique gouvernementale ne fait que renforcer cette tendance. Pour le gouvernement, la logique n'est en effet pas de produire plus, mais de préserver la paix sociale. Pour cela, tous les moyens sont bons. Y compris des mesures décourageantes pour les producteurs.
« Le gouvernement veut maintenir de bas prix en se privant de quelques taxes. Tant que les recettes du pétrole le permettent, il gagne au change, grâce une subvention déguisée. Mais sa politique est un handicap pour la production », nous dit un économiste.
Rachid Benaïssa, ministre de l'agriculture, connait bien le dossier, notamment cet antagonisme entre bas prix et production. Il devra faire des choix. Va-t-il innover, pour aller vers les thèses productivistes, ou bien se contentera-t-il de valider les choix populistes traditionnels du gouvernement, qui ne peut se permettre une émeute de la pomme de terre à l'approche des élections locales, encore moins à l'approche des présidentielles qui devraient désigner le successeur de M. Abdelaziz Bouteflika'
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abed Charef
Source : www.maghrebemergent.info