
Avec l'arrivée du mois de Ramadhan et toutes les habitudes alimentaires des Algériens en ce mois de grande consommation et de frénésie des achats, certains produits connaissent un boom des ventes.C'est le cas justement pour les viandes. Qu'elles soient blanches ou rouges, les viandes font partie des aliments incontournables de la table ramadanesque, même si les prix demeurent loin de la portée des citoyens essentiellement pour les viandes ovines et bovines.Face à une telle situation, le gouvernement a pris l'habitude ces dernières années de lancer des programmes d'importation spécifiques durant ce mois de manière à faire baisser les prix et répondre aux besoins des populations.Si auparavant, la situation financière du pays permettait de recourir à une telle solution, ce n'est plus le cas aujourd'hui avec les difficultés économiques et le plan de restriction des importations. Les responsables du secteur ont d'ailleurs enchaîné les annonces à ce sujet durant les semaines qui ont précédé l'arrivée du mois sacré. Au début, il était question d'interdire l'importation des viandes congelées mais quelque temps après, l'interdiction est levée après la délivrance des licences d'importation des viandes fraîches.C'est dire les tergiversations autour de ce dossier pour une filière, dont les facteurs de fragilité sont nombreux. Dans ce cadre, la commission interministérielle chargée de délivrance de licences d'importation avait attribué 19 licences pour l'importation de 20 000 tonnes de viandes rouges fraîches pour une première étape, dont 50% en provenance d'Espagne, alors que le reste est originaire de France, d'Italie, du Brésil et de Nouvelle-Zélande. InsuffisancesUne mesure accompagnée par d'autres appelant, entre autres, les détaillants, à afficher les prix et l'origine de la viande pour faciliter le choix aux consommateurs qui auront remarqué dans certaines boucheries des affiches de ce genre. Cependant, cette pratique ne s'est pas encore généralisée. Cela pour relever la difficulté de faire appliquer les instructions sur le terrain. Un exemple qui ne fait qu'illustrer les efforts qui restent à faire pour organiser une filière en proie à l'informel, la désorganisation et le bricolage de l'élevage à la distribution passant par l'abattage. «Les normes sont loin d'être respectées.Les bêtes sont abattues alors qu'elles sont parfois encore sous l'effet de certains médicaments comme les antibiotiques. Ce qui ne devrait pas se faire. Nous l'avons constaté à maintes reprises lors de nos sorties sur le terrain», nous confiera un vétérinaire. En d'autres termes, l'alimentation du cheptel contient des substances qui sont toxiques et qui se retrouvent dans l'assiette du consommateur. En plus des antibiotiques, on peut retrouver des hormones de croissance, des pesticides et des insecticides et des perturbateurs endocriniens. Au-delà des prix inaccessibles, il y a aussi le problème de la qualité qui se pose avec acuité. Les cas de putréfaction des viandes des moutons sacrifiés lors de la fête de l'Aïd El Adha 2016 n'ont fait que renforcer le doute sur la qualité. Mais surtout poser la problématique de l'organisation d'une filière.Absence de qualitéDjenane Djamel, spécialiste en sciences et technologies animales, l'a bien souligné dans une conférence animée récemment à l'université de Tizi Ouzou : «L'organisation de la filière des viandes rouges est un préalable pour l'amélioration de la qualité de ce produit et la protection du consommateur», a-t-il noté. Comment ' Expliquant ce lien entre la qualité et l'organisation de la filière, il dira que cette dernière permet en fait de définir la tâche de chaque acteur intervenant dans la production des viandes rouges à travers toute la chaîne et d'assurer ainsi une traçabilité du produit permettant une meilleure protection du consommateur. Ce qui n'est pas le cas, surtout avec la prédominance de l'informel et de l'abattage clandestin. Justement, le manque de structures spécialisées à cet effet accentue les risques. Les abattoirs se font en effet rares.Et pourtant ce ne sont pas les annonces et les mesures qui ont manqué tout au long de ces dernières années dans ce cadre. Il y a eu à titre illustratif la création en 2010 de l'Algérienne des viandes rouges, avec pour mission la contribution à la régulation du marché des viandes rouges ovines et bovines à travers la modernisation des abattoirs existants et la construction d'autres structures. C'est ainsi que trois projets de construction d'abattoirs ont été lancés. Deux d'entre eux ont été réceptionnés, alors que le troisième est bloqué, selon une source qui a déjà eu à travailler sur ce dossier.Des annonces en sérieL'abattoir de Hassi Bahbah, dans la wilaya de Djelfa, d'une capacité de 160 000 tonnes/ an a été réceptionné il y a trois ans, celui de Aïn M'lila à Oum El Bouaghi n'est pas encore achevé, alors que celui de Bougotb, à El Bayadh, est à l'arrêt. «Finalement, on s'est contentés des annonces en grande pompe. Certes, celui de Hassi Bahbah est opérationnel, mais juste occasionnellement, par exemple à l'approche du Ramadhan. Sinon, pour le reste de l'année, il est loin d'être rentable», nous dira notre source. Pour le deuxième complexe, celui de Aïn M'lila, «l'entreprise de construction choisie à cet effet est en train de faire la pluie et le beau temps», toujours selon notre source, qui précisera : «A Bougtob, les ouvriers sont en grève depuis cinq mois pour non-paiement.» Mais du côté de l'entreprise espagnole Taesa chargée de la réalisation, l'on atteste que tout va bien. C'est du moins ce que nous certifiera le directeur technique, Toufik Bergheul, pour qui les deux autres projets avancement normalement. Les Espagnols sont même intéressés par d'autres projets similaires. Ils ont d'ailleurs présenté leur savoir-faire lors de la dernière édition du Salon international de l'industrie agroalimentaire, affichant leur disponibilité à accompagner la réalisation d'abattoirs modernes. «Et ce, d'autant que beaucoup est à faire dans ce domaine en Algérie», estime M. Bergheul.A titre indicatif, la capacité prévisionnelle des trois complexes intégrés de viande rouge est de 40 000 tonnes/an. Chaque complexe sera doté d'une chaîne d'abattage mixte ovine-bovine, d'entrepôts frigorifiques, de tunnels de congélation,d' ateliers de transformation et d'aires de stabulation. Ils auront à traiter au total 1,5 million ovins et 60 000 bovins/an. Mais vu le retard accusé dans ces projets, ces résultats sont encore au stade de prévision. Difficile donc d'atteindre l'objectif de 0% de viande importée d'ici à 2019 comme arrêté par le gouvernement.En effet, l'Algérie, gros importateur de viandes rouges, notamment bovines, avec près de 48 000 tonnes/an ambitionne, selon les différentes déclarations faites à ce sujet, d'en finir avec les importations de viandes dans deux ans. Et ce, via des mesures d'accompagnement qui misent sur la promotion de l'élevage en s'appuyant sur les concessions de terres accordées dans le cadre de la mise en valeur des terres dans les Hauts-Plateaux et au Sud pour créer des centres d'élevage et d'engraissement. Mais sur le terrain, ces projets patinent comme le montre le retard à Bougtob. Et dire que les trois complexes devaient être réceptionnés en 2014. Trois ans après, ils ne sont pas totalement fonctionnels. Ce qui constitue un frein à l'organisation de la filière des viandes rouges et la persistance de l'informel.S. I.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samira Imadalou
Source : www.elwatan.com