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Le Brésil à l'heure du foot



Le Brésil à l'heure du foot
Le «Soir Corruption» se met exceptionnellement aujourd'hui à l'heure du Brésil, Mondial de foot oblige, mais une seule fois uniquement, en espérant que la fête qui enchante des milliards de gens ne soit pas gâchée par la triche et la fraude.On ne se fait pas trop d'illusions, le foot, ce jeu d'enfants, est devenu un jeu... d'argent ! Est-ce trop tard pour y remédier et est-ce irréversible ' Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Et le Brésil dans tout ça, un continent dans le continent, un géant aux pieds d'argile mais qui avance, un pays vivant, qui bouge, avec un peuple sorti vainqueur d'une longue nuit imposée par la dictature militaire, un peuple qui conteste, se rebelle et veut profiter de la redistribution des richesses.C'est aussi un pays qui essaye de se sortir du piège de la corruption qui rime avec pouvoir”'le Brésil a construit ou rénové douze stades pour accueillir la Coupe du monde. Le budget de ces travaux s'avère particulièrement élevé si on le compare à celui de chantiers similaires dans le reste du monde.Les efforts, trop rares, réalisés en matière de transparence ne suffisent pas à lever les soupçons de corruption. Le Brésil a pourtant adopté l'an dernier une loi punissant sévèrement les entreprises se livrant à ce type de pratiques (voir article ci-contre). Le stade Mané-Garrincha (du nom du célèbre goal) à Brasilia figure parmi les plus chers de l'histoire du football. Son coût frôle les 2 milliards de reals (900 millions de dollars). Un chiffre supérieur de 200 % (!!!!) aux prévisions.«Ils vont voler. Et beaucoup»«Ils vont voler. Et beaucoup.» C'est en ces termes que Romàrio, l'ancien attaquant international du Brésil, décrivait, dès 2012, l'attitude des organisateurs de la Coupe du monde. Elu en 2010 député fédéral sous les couleurs du Parti socialiste brésilien de l'Etat de Rio, le footballeur vedette est l'un des critiques les plus féroces de la préparation du tournoi. «80% des chantiers liés à la Coupe du monde ont connu des retards. Il s'agissait justement d'entrer dans cet état d'urgence, qui permet de se passer soit de mise en concurrence soit de la fausser.» Et au passage, de se servir. Les faits ne lui donnent pas tort. Le Brésil a construit ou rénové douze stades pour un budget de 8 milliards de reals (3,5 milliards de dollars). Un chiffre supérieur aux prévisions de 48%. Leur coût, par siège, est 15% supérieur aux 66 stades construits dans le monde entre 2004 et 2014, selon le cabinet brésilien Pluri, spécialisé dans le sport.«Comment expliquer que les stades de la Coupe du monde 2014 soient plus chers que ceux d'Allemagne (2006), du Japon (2002) ou des Etats-Unis (1994), pays où le coût de la main d'œuvre est beaucoup plus élevé'» s'interroge Christopher Gaffney, géographe spécialiste des stades d'Amérique du Sud et professeur à l'université fédérale Fluminense. Les soupçons de corruption sont nombreux. Rénové pour la Coupe du monde des clubs (2000), puis à l'occasion des Jeux panaméricains (2007), le stade Maracanã l'a été une troisième fois pour la Coupe du monde afin de répondre aux normes de la Fifa. Coût total des travaux ' 1,3 milliard de reais (600 millions de dollars). Soit le double du budget initial. «L'appel d'offres international a duré deux semaines, rendant impossible la moindre concurrence», témoigne un observateur.«Les projets n'étaient pas mûrs”?»La complexité des technologies utilisées dans la construction des stades ou l'importation des matériaux — exemptés pour l'occasion des prohibitives taxes douanières brésiliennes — expliquent aussi les surcoûts constatés. Mais en partie seulement. Le mensuel économique Exame a passé en revue la liste des équipements du stade Itaquerão de São Paulo, qui accueillera le match d'ouverture du tournoi. L'écran géant de sa face Est, le plus grand du monde, sera livré après la Coupe. L'herbe de la pelouse, d'origine européenne, ne supporte pas le chaud climat brésilien. Un réseau de canalisations d'eau de 43 km la refroidira pour un coût de 8 millions de reais. La puissance des 350 projecteurs installés est deux fois supérieure à celle de l'Allianz Arena (Munich), qui a accueilli le match d'ouverture de la Coupe de 2006. Enfin, importées du Japon, les cuvettes des 53 toilettes du stade supportent un poids de 500 kilos, et auront coûté deux millions de reais de plus que prévu. Mais d'autres organismes officiels avancent une autre thèse pour expliquer la hausse des coûts. Parmi elles, l'équivalent brésilien de la Cour des comptes.«Les projets n'étaient pas mûrs à l'époque où furent faites les prévisions budgétaires. Il n'y a pas de dérive», assure Augusto Nardes, le président du Tribunal des comptes de l'Union.En traquant les coûts superflus, son institution aura tout de même permis de réduire de 700 millions de reais (350 millions de dollars) la facture des travaux, dont 97 millions de reais pour le seul Maracanã, 65 millions pour le stade de Manaus. Dans un grand nombre de pays — c'est malheureusement le cas en Algérie —, chaque grande occasion pour organiser une manifestation de cette dimension et avec de telles infrastructures est prise en otage par les réseaux de la corruption et les décisionnaires indélicats, mais la Fifa y est certainement pour beaucoup. De toutes les manières, la société civile brésilienne extrêmement dynamique ne se laissera pas faire : l'heure des comptes sonnera après ce mondial. En attendant, que la fête soit belle et que le beau jeu prenne le dessus !


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