
Les arrêts de travail répétés des personnels, la sous-qualification d'une bonne partie d'entre ces catégories, des équipements obsolètes, à l'exception des CHU et quelques hôpitaux de grandes villes, le manque de moyens et plus particulièrement de petits matériels, la surcharge des salles, une anarchie quasi-totale de l'organisation interne dénotent on ne peut mieux l'état de délabrement du secteur de la santé.Les déclarations tonitruantes d'un ministre,multipliant des annonces aussi spectaculaires les unes que les autres, déclamant des chiffres mirobolants consacrés à des projets dont la concrétisation a posteriori est des plusimprobables, ou encore des prises de décisions renversantes ne peuvent en aucun cas être des indicateurs de vitalité. Il peut en être donné comme preuve la très grande solitude des personnes atteintes de pathologies lourdes comme le cancer, sinon le grand désarroi de leurs proches. Ceci à telle enseigne que sont pratiquement ravalées au stade de bobos des maladies autrement plus inquiétantes et handicapantes, comme celles touchant le c?ur, le systèmenerveux, le diabète et, plus préoccupant, les atteintes congénitales condamnant précocement ceux qui en sont atteints dès leur plus jeune âge, autrement dit à partir de leur naissance et tout au long de leur existence, des milliers d'individus. Ceci étant, «la santé est un concept flou». En Algérie s'entend et la paternité de ce constat est à mettre sur le compte du Pr. Farid Chaoui, lors d'un entretien avec un confrère. Et le spécialiste de rappeler alors que celle-ci s'inscrit dans l'ensemble de l'environnement immédiat des individus et de ce qui fait leurs préoccupations essentielles : le travail, le logement, un cadre de vie où ne se poserait pas quotidiennement un problème d'eau potable, d'évacuation d'eaux usées. Ce que l'Organisation mondiale de la santé ramasse en une acception multisectorielle. Or, il n'en sera jamais assez dit, mais le secteur de la santé depuis que l'actuel ministre en est à la tête est beaucoup plus présent dans les esprits par les fracassantes déclarations médiatiques que par une efficacité de ses hommes et femmes sur le terrain. Et si les débrayages des personnels sont moins fréquents, c'est sans nul doute «parce qu'il y a une réalité que beaucoup de médecins, des paramédicaux ont vite assimilé, c'est celle qui consiste à se dire ?'pourquoi s'exposer et sans doute se faire ficher'' en faisant la grève alors qu'il n'y a même pas de quoi nous occuper», soulignera une dentiste proche de la retraite, alors qu'un professeur de l'un des plus importants services de pédiatrie de l'est du pays nous dira au téléphone : «Vous savez, je ne constate pratiquement dans le service laprésence que la moitié des personnels. Je ne pourrais jamais vous dire les raisons de l'absence des autres d'autant plus qu'à chaque fois que, excédé, j'ai voulu y mettre de l'ordre, c'est moi qui en ai subi les conséquences etprofessionnelles et personnelles, voire familiales. La hiérarchie, si tant est que peut être ainsi qualifié une poignée de personnes qui détiennent de bas en haut (i.e. à partir de la wilaya pour arriver jusqu'à la tutelle elle-même. Ndlr) entre leurs mains tout le devenir du secteur, a donc tous les moyens de réduire à sa plus stricte notion toute entreprise professionnelle de nature à promouvoir un monde auquel ne devrait avoir logiquement accès que les compétences, les vraies et où la formation permanente obligerait chacun de nous à préserver un bien commun. Il y a une année, et votre journal s'en est fait à satiété l'écho, j'ai été victime d'un complot dans lequel ont versé des confrères qui ont manipulé des étudiants dont je trouvais le niveau exécrable et dont je refusais de valider l'année en raison justement des grèves répétées et de l'impact de celles-ci sur leurs études.» En fait, où que l'on puisse fourrer son nez dans le secteur de la santé tout sent le souffre. De la petite unité de proximité à la plus grande structure qui puisse exister à hauteur d'un CHU (blocs opératoires, CAC, urgences) tout n'est que factice et si la réunion de toutes ces vérités ne se traduit pas par un drame d'égale dimension, c'est tout simplement parce que les Algériens usent d'autres moyens pour se soigner, tel le recours aux cabinets médicaux privés pour un banal acte de médecin et les cliniques pour y subir des interventions. Pour ceux qui n'ont pas les moyens pour cette deuxième solution, la mort reste évidemment le seul exutoire. A. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Lemili
Source : www.latribune-online.com