La place du sacré dans la culture contemporaine
Au final, le sacré est un système équilibré et harmonieux oùÂ la foi, l’intelligence, le sentiment et le comportement coexistent et s’interpénètrent pour donner à la vie un goût et une raison d’être, établir un mode de comportement individuel et interactionnel et croire en l’espoir que représentent l’avenir et les générations futures.Par ailleurs, l’histoire ancienne et moderne montre que le sacré a toujours eu une forte présence aussi bien en cas de prédominance qu’en cas de subordination à quelque autre force visant à le dominer, voire à l’instrumentaliser à des fins purement machiavéliques étant donnée son importance et son grand ascendant. Et c’est là la source des crises qui ont souvent emporté la chose sacrée et l’ont, parfois, discréditée.
Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces crises de foi ne sont pas toujours dues à un déni total du sacré ni à une absolue mécréance. Car si tel était le cas, les esprits religieusement indécis n’existeraient pas. Le fait est que ces esprits-là sont en proie à des idées qui parasitent leur foi ; mais la confusion qui les déroute finit tôt ou tard par disparaître. Ceci montre qu’à des degrés plus ou moins importants, le germe de la foi existe chez eux ou chez la plupart d’entre eux. En revanche, ce problème ne se pose pas pour les croyants qui ne souffrent guère de cette angoisse intérieure.
Quiconque s’intéresse à l’histoire des religions et des cultures remarquera sans peine que le phénomène que nous venons de décrire existe dans toutes les religions quand bien même leur modèle civilisationnel et leur mode culturel soient différents et en dépit des divergences de points de vue et de sentiments, à commencer par la manière de se voir et de percevoir. Ceci est aussi vrai pour la culture arabe qui a été fortement marquée par l’islam que pour la culture occidentale qui participe autant du christianisme que de l’héritage grec et qui a développé des méthodes de réflexion et de recherche. De fait, le développement du monde occidental trace plus ou moins une ligne de démarcation entre la science et la foi. D’où la grande bataille qui a opposé les philosophes au clergé durant la Renaissance et, de manière beaucoup plus hargneuse, au Dix-huitième siècle. Or, la culture islamique a connu, à son apogée, ce même genre -ou du moins un genre similaire- de lutte entre les philosophes, les docteurs en religion et les mystiques qui ont longuement débattu de la problématique de la raison et de la référence servile aux textes sacrés.
On remarque ainsi que les luttes intellectuelles que les cultures occidentales et arabo-islamiques ont connues ont été déclenchées par des personnes qui se fondaient sur la foi, convaincus qu’ils étaient du lien organique qui existe entre la vie et la religion et de la nécessité qu’elle représente. Mais toujours est-il que les personnes qui participaient au débat examinaient la question sous un point de vue indépendant, sauf les athées et les irréligieux primaires.
De là, la nécessité de faire la distinction entre le sacré (dans son sens large, notamment la religion) et l’interprétation de ceux qui l’appréhendent selon leurs propres points de vue. Or, ce qui est sacré c’est bien la religion et aucunement leur intelligence ni leur interprétation : la religion est divine et transcendantale alors que l’intelligence est humaine et dépend de la mentalité de l’individu et du degré de sa perception cognitive et de la nature de son environnement culturel.
A suivre...
Dr Abbas Jirari
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com