Ni les mises en garde du président du Comité d'experts chargé du suivi du coronavirus, ni les appels d'un groupe de professeurs en médecine puis ceux d'éminents épidémiologistes n'ont eu d'impact sur la position des pouvoirs publics : le rituel du sacrifice du mouton est maintenu sur la base d'une fetwa, rendant la célébration de l'Aïd el-Kebir plus risquée que jamais. À deux jours de la fête religieuse, l'ultime et unique parade réside dans une plus grande restriction des déplacements puisque la marge de manœuvre des pouvoirs publics se rétrécit.Nawal Imès - Alger (Le Soir) - À mesure qu'approchent la fête de l'Aïd, les appréhensions grandissent. Les risques d'une flambée des contaminations ne sont plus à démontrer. L'épisode de l'Aïd el-Fitr aura été riche en enseignements, mais les leçons sont loin d'être retenues. Et pour cause : les Algériens s'apprêtent à célébrer l'Aïd el-Kebir dans des conditions quasi-similaires à celles imposées au lendemain du Ramadhan avec une plus grande restriction des déplacements durant les deux jours de fête.
Cette mesure avait, quelques jours plus tard, montré ses limites. La courbe des contaminations qui commençait enfin à fléchir est repartie à la hausse et rien ne semble indiquer qu'elle puisse enfin se stabiliser.
Les lendemains de fête risquent d'être porteurs de nouvelles tout aussi mauvaises en raison de la proximité qu'impose le rituel du sacrifice du mouton. Tout le processus est truffé de risques, à commencer par l'achat du mouton qui se fait dans des conditions où la distanciation physique est une notion des plus étranges.
L'abattage, qui, par essence, nécessite de l'entraide, sera, encore une fois, une occasion de violer allégrement toutes les consignes sanitaires.
La commission de la fetwa a certes émis des recommandations pour un abattage «sécurisé», mais il est aisé de parier que leur respect relèvera de l'impossible. De quels leviers disposent les pouvoirs publics pour stopper l'avalanche de nouveaux cas que prédisent les médecins ' De presque aucun ! Et pour cause, en ratant l'occasion de prendre la courageuse décision d'interdire purement et simplement l'abattage du mouton, ils ont perdu d'avance le contrôle de la situation. Il ne sera évidemment pas possible, le jour j, de placer un agent de contrôle derrière chaque citoyen égorgeant un mouton dans l'intimité de son quartier, entouré de ses voisins, sans aucune observation des règles de sécurité.
L'unique parade qui semble plausible à ce stade, c'est l'interdiction de toute circulation des véhicules durant les deux jours de l'Aïd. Cela s'avérera certainement insuffisant pour maîtriser les déplacements qui se feront à pied, qui pour emprunter un couteau, qui pour aller de quartier en quartier pour égorger des moutons.
Le déni dans lequel est installée une grande partie de la population, ajouté à l'attachement aux traditions, s'ils sont à l'origine de comportements souvent irresponsables, aurait pu être tempéré par des décisions fortes. Elles auraient été légitimées non par un comité de fetwas, mais par la position claire et qui ne souffre aucune ambiguïté : celle des experts qui ont été choisis par ces mêmes pouvoirs publics et dont les avis devaient servir de base aux politiques publiques en ces temps de crise sanitaire, même s'ils pouvaient paraître «socialement incorrects».
N. I.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nawal Imès
Source : www.lesoirdalgerie.com