
La tragédie qui a frappé la petite Nihal a soulevé une onde de choc qui n'en finit pas de secouer la société. Un véritable malaise s'est emparé des familles algériennes prises entre la terreur d'être confrontées à un drame similaire et des interrogations sans fin sur les raisons de ces kidnappings et les moyens de s'en prévenir.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Mercredi 10 août, aire de jeux de Dely-Brahim. Un groupe de parents commente une toute récente information : une jeune fille de 22 ans, enlevée quelques heures plus tèt, vient d'être retrouvée séquestrée dans une cabane à Bouchaoui. Les chaînes de télévision privées passent la nouvelle en boucle sans donner de détails.Ce nouveau kidnapping intervient 24h seulement après l'enlèvement d'un homme de 55 ans à Dely-Brahim. Comme pour la jeune fille de 22 ans, il a pu être repéré et sauvé grâce à son téléphone portable. Les deux événements sont la goutte qui fait déborder le vase. Ils viennent ancrer plus profondément l'effroi qui s'est emparé des Algériens après l'enlèvement de Nihal.«Dieu merci, ils ont été sauvés, mais ces histoires confirment que les victimes les plus exposées sont les enfants, ils n'ont pas les moyens de réagir. Personnellement, je vis très mal tous ces récents événements. Je les gère mais intérieurement je les vis très mal.» L'homme est père de deux filles qui viennent régulièrement jouer ici. Il y a encore quelques jours, les deux filles avaient la permission de venir s'amuser ici sous la surveillance de la mère qui les guette de la fenêtre. Mais, aujourd'hui, il n'en est plus question. «Elles n'ont plus l'autorisation de sortir seules. Elles attendent que je revienne du travail ou parfois même les week-ends pour aller jouer.»Ce père de famille refuse de laisser ses filles, y compris sous la garde de leur maman, à l'extérieur. «J'ai peur qu'elle ne puisse pas les surveiller comme il faut, mes filles sont turbulentes.» Le sujet passionne, inquiète.Tous les parents que nous approchons acceptent volontiers de s'exprimer comme dans un désir inconscient de pouvoir participer à gérer la situation. «Il est vrai que nous sommes beaucoup plus vigilants actuellement. Nous avons décidé de ne plus aller dans les endroits très fréquentés pour les besoins de la surveillance. Depuis l'affaire Nihal, nous ne sommes plus allés à la mer par exemple, il y a trop de monde, on a peur de les perdre.» Bizarrement, ce père refuse de laisser ses trois enfants sous la garde exclusive de son épouse. «Je refuse même de la laisser les emmener aux fêtes de mariages, c'est de cette façon que Nihal a été enlevée. Je préfère les garder avec moi. La situation est très floue, on ne comprend pas ce qui se passe.»A l'aire de jeux de Dely-Brahim, à la forêt qui fait face au 5-Juillet, comme dans les lieux de jeux de Bouzaréah et ses environs, tous les parents accostés utilisent les mêmes termes : «Peur et vigilance». Peur de l'inconnu surtout. Chacun y va de son explication. «Il y a beaucoup de drogués dans notre pays. Avez-vous vu ces quantités de drogue que les Marocains nous déversent. Les jeunes sont désœuvrés, l'échec scolaire est total, ils s'adonnent aux narcotiques et après, ils ne savent plus ce qu'ils font. L'Algérie a produit des détraqués et une masse de personnes sans repères. Nous ne sommes qu'au début d'une situation ingérable.» Son fils de 17 ans l'accompagne à la nouvelle forêt de Ben-Aknoun. «Le jour de l'enterrement de Nihal, ma mère a été malade, elle avait très mal à la tête, le choc a été trop fort.» Le jeune homme est révolté.«Tout est de la faute des parents qui laissent leurs enfants sortir seuls. Il faut une loi qui punit les personnes qui laissent leurs gosses dehors toute la journée.» L'idée est développée par bien des personnes interrogées. Pour beaucoup, «la solution aux kidnappings d'enfants ne peut passer que par une vigilance accrue des familles. Or, beaucoup de personnes restent inconscientes ; on voit encore plein d'enfants jouer seuls dans la rue, après on demande la peine de mort. La peine capitale n'a pas été abolie aux Etats-Unis, pourtant les crimes horribles se poursuivent. C'est la prévention qu'il faut».Beaucoup de parents interrogés en veulent aux médias d'avoir fait glisser le débat vers la peine de mort. Selon eux, la priorité est d'abord de comprendre l'origine du problème pour mieux agir.Trois raisons principales sont évoquées : la drogue, les règlements de compte et la pédophilie. Mais personne n'en est vraiment convaincu. «Tout le monde sait qu'il y a des groupes maffieux dans notre pays, certains veulent faire passer des lois, d'autres sont en conflits d'intérêts, la situation politique est très floue dans notre pays, c'est ce qui favorise l'apparition de tels phénomènes. Quelles que soient leurs origines, ces kidnappings ont réussi à instaurer un véritable climat de peur».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A ”ˆC
Source : www.lesoirdalgerie.com