
De son contact pendant trois ans avec des migrants, Olivier Favier * a réuni des entretiens, des reportages, des portraits, des photos et des analyses dans un livre à paraître en mai, intitulé Chroniques d'exil et d'hospitalité. Vies de migrants, ici et ailleurs, aux éditions Le passager clandestin.Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la question des migrants 'Mon grand-père est italien, arrivé en France à l'âge de 13 ans, pour des raisons que je n'ai pas réussi à connaître de façon précise. En partie pour des raisons économiques et bien sûr politiques, liées au fascisme.Je me souviens lorsqu'il soupirait «ah, si j'avais pu raconter mon histoire !» J'en parle dans mon livre. De la même manière je voulais raconter l'histoire des gens qui arrivent aujourd'hui, notamment de ceux à travers lesquels on a des messages à faire passer, je pense notamment aux jeunes. On leur donne peu la parole. L'autre raison qui m'a poussé à le faire, c'est le naufrage en Méditerranée en 2013.Je travaillais pas mal sur la Corne de l'Afrique. Je suis traducteur d'italien, au départ. Je m'étais intéressé à ce qui se passait dans cette zone, et notamment à l'histoire de cette ancienne colonie italienne. C'étaient des Somaliens et des Erythréens qui avaient transité par la Libye et s'étaient noyés au large de Lampedusa. J'y ai vu comme un retour du refoulé, de ces anciens colonisés qui viennent mourir dans les eaux italiennes, même s'il n'y pas de lien direct avec l'histoire coloniale.Quel a été votre sentiment lorsque l'Union européenne a décidé de renvoyer vers la Turquie les migrants arrivés par la Grèce 'De l'incompréhension, de la colère. On sent une inertie, quelque chose qui ne bouge pas face à l'urgence. Un sentiment d'impuissance, car c'est difficile de mobiliser l'opinion en ce domaine. C'est étrange. On parle de mondialisation? Elle est là aussi dans ces migrations, cela ne sert à rien de la rejeter ou de faire semblant de ne rien voir. La mondialisation économique est à l'?uvre, là, dans les phénomènes migratoires, et on fait comme si cela n'existait pas.Comprenez-vous celles et ceux qui craignent ces migrations 'Il y a des régions où il y a peu d'immigration. Il y a un travail de pédagogie à faire pour remettre les choses en perspective, expliquer que les flux n'ont pas augmenté particulièrement. Par contre, quand on parle des politiques ou des partis qui instrumentalisent ces arrivées, là on est dans quelque chose de différent : utiliser cela à des fins éhontées. Il y a une part d'ignorance, y compris dans le personnel politique et surtout une incapacité à considérer cette migration comme une chance.Les migrants sont assimilés aux miséreux du monde. Vous les avez côtoyés ces migrants, qu'avez-vous appris d'eux et que vous ont-ils appris 'J'ai appris le courage. Dans toutes mes rencontres, ce qui m'a impressionné, ce sont les individus exceptionnels. Je me suis rendu compte qu'à chaque discussion c'est comme si j'ouvrais un livre et que j'entendais des histoires proches de la grande tragédie rapportée dans les textes comme l'Iliade et l'Odyssée, le théâtre de Shakespeare ou Brecht. Je me sentais proche de l'essentiel, où toutes les grandes questions étaient posées. La vie, la mort, la trahison, le dépassement de soi? Arrivant ici, ces gens ont une force mentale impressionnante.Les jeunes, surtout, ont une envie sans détour de s'intégrer. Ils sont extraordinaires, mais comment pourrait-il en être autrement quand on a franchi avec tant de difficultés des milliers de kilomètres pour avoir une vie meilleure 'Le pape François s'est rendu récemment à Lesbos, île grecque, pour soutenir les migrants. Il en est revenu avec des migrants musulmans ' Qu'en avez-vous pensé 'La démarche est salutaire et présente l'avantage d'être un peu à contre-courant, même si cela ne va pas loin. Cela va dans le bon sens. Par rapport à la communauté chrétienne qui est mobilisée sur ces questions depuis longtemps. Moi, je ne suis pas croyant mais j'ai été agréablement surpris par l'engagement que j'ai vu. Un travail de fond sans prosélytisme. Le voyage du pape va dans cette direction sincère. J'ai trouvé très bien que les familles accueillies soient tirées au sort parmi tous les réfugiés, et donc pour finir musulmanes.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Mebarek
Source : www.elwatan.com