Mila - Revue de Presse

La longue marche des Ouïghours vers la liberté



La longue marche des Ouïghours vers la liberté
« Ouïghours ». Ces deux petites syllabes font trembler le mastodonte chinois depuis bientôt dix jours. Qui est donc ce peuple sorti dans la rue avec des barres de fer, des couteaux et des bâtons pour affronter l'armée chinoise et défendre son identité ' Les Ouïghours ' littéralement « unité » d'après l'encyclopédie ' sont un peuple turcophone et musulman sunnite habitant la région autonome ouïghour du Turkestan oriental aujourd'hui rebaptisé Xinjiang par la Chine. Ils représentent une des 56 nationalités reconnues officiellement par la République populaire de Chine. Le Xinjiang, vaste région montagneuse et désertique du nord-ouest de la Chine, compte plus de 8 millions de Ouïghours. A plus de 3000 km au nord-ouest de Pékin, sur l'ancienne route de la Soie, cette région de 1,66 million de kilomètres carrés, soit le sixième de la superficie de la Chine. Les Ouïghours sont une minorité ethnique qui a subi tous les avatars de l'histoire, en passant notamment d'un petit royaume à une République islamique du Turkestan oriental. Ils furent annexés et « assimilés » de force en 1949 suite au triomphe de la Révolution chinoise. Le leader des indépendantistes ouïghours, Aysa Beg, s'est réfugié en Turquie. Depuis, l'histoire des Ouïghours est jalonnée de tentatives, souvent infructueuses, de sortir de l'emprise chinoise.De 1949 à 2009, le mouvement d'émancipation du peuple ouïghour n'a jamais faibli malgré la répression féroce des autorités chinoises. Que ce soit à l'intérieur de leur région autonome ou à l'étranger, les Ouïghours ne renoncent pas à leur volonté de secouer le joug chinois qui les enserre depuis plus de 60 ans. Leur lutte suscite l'admiration du monde entier. Mais pas uniquement. Le Mouvement islamique du Turkestan oriental a été mis, en 2002, sur la liste des organisations terroristes par le gouvernement américain et par l'ONU, accusé d'être à l'origine d'une série d'attentats à Xinjiang.Un gouvernement d'exilPeuple nomade à l'origine éparpillé dans toute l'Asie, les Ouïghours connaissent aujourd'hui, ironie du sort, la même situation. On les retrouve en Turquie, en Suisse, au Kazakhstan, en Allemagne et même aux Etats-Unis. Une diaspora qui est presque équivalente en nombre aux Ouïghours qui vivent encore sous la domination chinoise au Xinjiang. Faute de pouvoir arracher leur indépendance sur leurs terres, les Ouïghours ont fondé symboliquement le « gouvernement en exil du Turkestan oriental », le 19 septembre 2004, à Washington. Anwar Yusuf a été désigné Premier ministre et une République parlementaire a été proclamée par une Constitution d'exil traduite en turc, en anglais, en chinois et en japonais pour toucher toute la diaspora. Ce n'est pas fortuit que la dissidente en exil aux Etats-Unis, Rebiya Kadeer, qui dirige, depuis Washington, le Congrès mondial ouïghour, soit l'épouvantail du régime chinois depuis le début des émeutes à Urqumi il y a dix jours. Pourquoi Xinjiang flambe 'Pour tous les observateurs de l'évolution des minorités ethniques en Chine, les scènes de violences, de matraquages et de tueries en cours à Urumqi, depuis le 5 juillet dernier, ne sont pas sans rappeler le spectacle de Lhassa au Tibet en mars 2008. Comme les Tibétains bouddhistes, les Ouïghours musulmans turcophones s'en prennent eux aussi à des Hans qui représentent à leurs yeux une politique de « sinisation ». Une sorte de guerre de survie pour deux ethnies très attachées à leurs identités respectives et qui refusent obstinément de fondre dans le moule chinois. Dans sa volonté de « noyer » les Ouïghours même dans leur espace naturel, le régime chinois a envoyé des bataillons de Hans ' l'ethnie majoritaire en Chine ' dans la province de Xinjiang. Résultat de ce rush : les Hans représentent 75% de la population d'Urumqi, la capitale des Ouïghours ! Ce transfert des populations a eu l'effet de bouleverser les équilibres démographiques et a rendu les Ouïghours étrangers dans leur propre région' De 6% de la population au départ, les Hans sont pratiquement à parité égale avec les Ouïghours autochtones.Mais au-delà de cette « invasion » culturelle et identitaire et des ressentiments historiques, le régime chinois est accusé de pratiquer la discrimination même à l'embauche. Les entreprises chinoises favorisent le recrutement des travailleurs hans et quand un Ouïghour décroche un poste, il n'a pas forcément le même salaire que son collègue hans. « Je gagne environ 1100 yuans par mois (120 euros), mais les Hans ont entre 3000 et 4000 yuans pour le même travail », révèle à l'AFP Abdullah, employé dans une aciérie d'État. Dans un récent rapport intitulé L'identité ethnique ouïghoure menacée, Amnesty International confirme cet état de fait. Il y est dénoncé, en effet, « l'inaction de l'Etat face à la discrimination ». « L'État chinois ne protège pas les Ouïghours contre la discrimination à l'embauche, ce qui a engendré des taux de chômage particulièrement élevés chez les Ouïghours du Xinjiang et alimenté le mécontentement. » L'organisation ajoute : « Même les diplômés universitaires, parlant couramment le chinois, ont des difficultés à trouver un emploi. » Pour les Ouïghours eux-mêmes tout comme pour Amnesty, les émeutes traduisent une discrimination « ethnique et religieuse ».Selon Amnesty International, les autorités exercent un « contrôle strict sur les mosquées et les religieux », les fonctionnaires « risquent de perdre leur emploi s'ils s'engagent dans une activité religieuse » et « les enfants de moins de 18 ans ne sont pas autorisés à entrer dans les mosquées ni à recevoir une quelconque forme d'éducation religieuse ». Depuis quelques jours, les mosquées sont fermées d'autorité aux fidèles. Pour cause, elles sont considérées comme des hauts lieux de « séparatisme ». Voilà donc le maître mot du régime chinois qui n'a pas hésité d'ailleurs à accuser la diaspora ouïghour, notamment Mme Kadeer, d'avoir fomenté les émeutes de l'étranger pour briser « l'harmonie ethnique ». On est donc à la croisée des chemins entre le régime chinois qui vante son « harmonie ethnique » et les ouïghours qui dénoncent une sorte de « purification » par l'entremise des Hans.L'odeur du gaz et du pétroleA Xinjiang, il n'y a pas que des Ouïghours pour qui le Chinois porte bien son nom. Il y a aussi l'odeur du gaz et du pétrole qui chatouille les narines des responsables chinois. Cette région est, en effet, riche en ressources minérales naturelles capitales pour la Chine. Il suffit de noter qu'elle recèle en particulier les plus importantes réserves de pétrole, de gaz naturel, de charbon et d'uranium de Chine. Les Ouïghours soutiennent ainsi que les richesses de leurs sol et sous-sol ne leur profitent pas. Ce sont par contre les « conquérants » hans qui en tirent profit. Cela expliquerait, d'après les spécialistes, les vives tensions communautaires qui éclatent cycliquement dans cette province. Particularisme ethnico-religieux couplé à une volonté de prendre leur destin en main et mettre la main sur les richesses de leur région s'apparentent à des « chinoiseries » de mauvais goût pour Pékin. C'est pourquoi la Chine a toujours pointé du doigt cette communauté musulmane érigée en « menace potentielle sur la sécurité nationale ». On comprend mieux pourquoi le président chinois Hu Jin-Tao a « zappé » le dernier sommet du G8 à L'Aquila, pour retourner précipitamment à Pékin où la révolte des Ouïghours prenait de l'ampleur.
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