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La connaissance historique risque l'effacement



La connaissance historique risque l'effacement
Photo : Sahel
Par Kamel Amghar

A chaque fête nationale, on constate que les jeunes Algériens ne connaissent pas, ou si peu, l'Histoire récente de leur pays. Dans les reportages et les différentes couvertures consacrés à ce type d'événements, journalistes et sondeurs se rendent vite compte que les enfants et les jeunes, et parfois même des adultes, ne savent pas au juste le pourquoi et le comment de ces célébrations. Beaucoup de nos concitoyens ignorent la genèse et la symbolique des dates comme le 1er Novembre, le 19 Mars, le 8 Mai, le 5 Juillet, le 20 Août ou le 17 Octobre. On sait en revanche que ce sont des journées fériées, chômées et payées. Des sigles comme PPA, MTLD, UDMA, CNRA, CCE, OS ou GPRA s'apparentent, aux yeux des jeunes générations, à des énigmes indéchiffrables. D'illustres héros comme Ben M'hidi, Abane, Benboulaïd, Didouche ou Belouizdad restent à ce jour dans la clandestinité. Des légendes comme Hassiba Benbouali, Djamila Bouhired ou Fatma Zohra Drif passent aussi pour des anonymes. Les jeunes connaissent beaucoup mieux les stars du raï et les footballeurs.Ceci pour parler uniquement de la Révolution algérienne, épisode éclatant dans l'Histoire du pays, qui devrait être - en principe - bien connu de tous. La connaissance du citoyen ordinaire sur les circonstances de l'occupation française, le peuplement colonial, la spoliation des terres, l''uvre de déculturation, la dépersonnalisation programmée, est quasiment nulle. Bien avant cette tragédie, le «protectorat» ottoman, la présence espagnole, les monarchies médiévales, l'arrivée de l'Islam, les royaumes amazighs et les guerres puniques sont autant d'époques carrément ignorées du commun des citoyens. Cette lacune est grave, car un homme - et c'est aussi valable pour un peuple - qui ignore son passé ne peut ni comprendre le présent ni tracer des perspectives viables pour l'avenir.Pourtant, le système éducatif insiste beaucoup sur l'enseignement de l'Histoire, ancienne et contemporaine, de l'Algérie. Mais les manuels scolaires, élaborés à cet effet, n'incitent visiblement pas les écoliers à faire connaissance avec leurs ancêtres. Au regard des résultats catastrophiques obtenus, les méthodes pédagogiques employées doivent aussi être revues et mises à jour. Tous les élèves disent la même chose : «les cours d'Histoire sont ennuyeux.» Dans les librairies, on trouve beaucoup de récits et de témoignages des acteurs de la Révolution, mais le lectorat potentiel - faute de temps et de volonté - les trouve insipides.Il est question ici de présenter l''uvre historique sous un angle nouveau pour susciter l'intérêt et créer le besoin d'en savoir plus. L'art a un grand rôle à jouer dans l'éveil de cette curiosité. La BD, par exemple, peut constituer un très bon support pour la vulgarisation de l'Histoire antique. Comme on a vu ailleurs le succès de la série Astérix et Obélix, nos dessinateurs peuvent emprunter la même méthode pour illustrer les guerres puniques. Cela donnerait ensuite des dessins animés et des jeux vidéo. Le théâtre a également une importante contribution à faire à travers le montage de pièces présentant les acteurs et les péripéties des grands événements historiques. Le cinéma, la littérature et la télévision devraient aussi s'intéresser à de grandes productions «romancées» de cette mémoire collective qui tend malheureusement à s'effacer. Mais pour cela, il faut au préalable ouvrir les archives aux créateurs, lever le monopole de l'écriture - jusque-là accordé aux seuls académiciens et chercheurs universitaires -, permettre la critique et les lectures différentes, voire antagoniques, de cette histoire. Il y a une impression de «sacralisation excessive» de la matière historique.En somme, on doit absolument libérer l'enseignement de l'Histoire de son carcan actuel. Il a besoin d'aération pour se revivifier. Avis aux responsables !


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