
Younès Grar, expert dans les technologies de l'information, titulaire d'un magistère en cybernétique du Centre de développement des technologies avancées (CDTA), évoque, dans cet entretien, l'introduction prochaine en Algérie de la téléphonie mobile de 4e génération (4G). Mais aussi de la stratégie du gouvernement en matière des Ptic et le rôle de l'Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT).Liberté : On parle ces derniers jours de l'introduction de la 4G mobile. Est-ce le bon moment 'Younès Grar : Evidemment que c'est le bon moment. Je dirai que nous sommes déjà en retard par rapport à d'autres pays du continent africain. Quand on sait que le Togo, le Congo, l'Ouganda et le Mozambique bénéficient déjà de cette technologie, je dirai qu'il était grand temps que l'Algérie se mette au diapason. C'est une évolution naturelle après le passage à la 3G et l'engouement qu'a suscité cette technologie auprès des abonnés notamment les jeunes. Pensez-vous qu'avec la 4G, nous allons connaître le même engouement qu'avec la 3G 'Je ne le pense pas. Pour la 3G, nous avons vécu une véritable effervescence car sa mise en place a mis énormément de temps et les citoyens l'attendaient avec beaucoup d'impatience et surtout de curiosité. Désormais, les nouvelles technologies sont devenues quasiment banales dans notre pays et c'est tant mieux. Certes, les premiers temps nous connaîtrons un certain engouement, mais qui s'estompera avec le temps. Une chose est certaine, nous serons loin des seize millions d'abonnés en 3G, ce qui est en soit un chiffre phénoménal. À quel prix sera proposée la 4G 'Il faudra attendre que les opérateurs présentent leurs offres commerciales. Néanmoins, un opérateur a indiqué que les prix de la 4G seront similaires à ceux de la 3G. Cependant, il y a fort à parier que cette technologie ne sera pas accessible à tout le monde.Pourquoi ne le sera-t-elle pas ' La raison est simple, la consommation de data avec les volumes actuels offerts par les opérateurs seront très insuffisants. Un abonné qui avait l'habitude de consommer un forfait de 3 giga-octets par mois avec la 3G, le consommera, en passant à la 4G, en une dizaine de jours. Ce qu'il faut savoir, c'est que le 4G a une vitesse de transmission 5 à10 fois plus rapide que la 3G, donc les forfaits fondent comme neige au soleil. Actuellement, un abonné moyen, qui consomme 1Go de data/mois, peut naviguer sur Internet, aller sur les réseaux sociaux, consulter ses mails et regarder des vidéos sur Youtube, le tout avec une connexion acceptable. Avec la 4G, toutes ces opérations vont être plus rapides, mais consommeront un flux de data très important. Donc le 1Go va s'épuiser au bout de quelques jours seulement.Mais alors, à qui profitera cette technologie ' Elle profitera essentiellement aux entreprises et aux administrations. Ainsi, les administrations qui offrent des services électroniques, comme le ministère de l'Intérieur et celui de la Justice qui se sont aventurés dans le commerce électronique. Ce service profitera aux professionnels qui utilisent Internet pour être en contact avec leurs fournisseurs. Pour les chefs d'entreprise qui ont besoin de consulter leurs messages parfois volumineux ou d'envoyer de gros fichiers en temps réel. De plus, il est important de savoir que les principales offres des opérateurs vont être la destination des clients business.Selon vous, quelle va être la qualité de la 4G qui sera proposée aux abonnés 'Tout dépend de l'emplacement des antennes relais et de leur proximité. Théoriquement, la 4G/4G+ a une vitesse de transmission qui peut atteindre les 100 à 150 Mbps. Néanmoins, cette vitesse peut varier selon plusieurs paramètres. Les fréquences les plus basses ont la particularité de traverser avec plus de facilité les obstacles, assurant ainsi une meilleure couverture à l'intérieur des immeubles. Elles peuvent également se propager sur une plus grande superficie. Ainsi, il faudra installer moins d'antennes 800 MHz pour couvrir une même zone. Pourtant, cet avantage s'avère certes intéressant pour la couverture des zones rurales, mais plus contraignant pour les zones urbaines. En effet, couvrir une zone de population dense suppose un nombre de connexions élevé, ce qui provoquerait, sans nul doute, la saturation permanente de l'antenne. C'est pourquoi la bande de fréquence 2 600 MHz est la plus appropriée. En tout cas, c'est le rôle de l'ARPT de déterminer ces détails techniques.Justement, pensez-vous que l'ARPT est pleinement impliquée dans son rôle de "gendarme" des télécommunications 'Non ! J'ai l'impression que cette autorité manque, justement, d'autorité vis-à-vis des opérateurs. Vous avez déjà vu un arbitraire qui ne distribue jamais de carton jaune ou le moindre avertissement verbal ' À mon sens, l'ARPT caresse un peu trop les opérateurs dans le sens du poil, et ce, au détriment des consommateurs. Selon moi, l'ARPT devrait se fixer comme seul et unique objectif l'intérêt des consommateurs et actuellement, c'est loin d'être le cas.Qu'est-ce qui vous fait dire cela ' L'exemple des offres commerciales proposées par les trois opérateurs mobiles. Selon moi, elles n'encouragent nullement la compétitivité entre les opérateurs et encore moins l'intérêt des consommateurs. Je remarque qu'il existe une certaine entente pour ne pas dire une connivence entre les opérateurs qui proposent le même produit au même prix et, par conséquent, n'offrent pas un véritable choix au consommateur. Ce dernier, afin de bénéficier des meilleurs avantages, est contraint de s'abonner chez les trois. Je trouve que c'est grotesque. L'ARPT a le droit et l'obligation en tant que gendarme des télécommunications de privilégier l'intérêt des abonnés et de mettre en place une dynamique concurrentielle. La stratégie du gouvernement en matière des TIC est-elle adéquate 'Le gouvernement a une vision administrative et non technique des choses. Il élabore des lois incomplètes comme ce fut le cas pour la loi 2000-03 ou celle de 2013, ayant trait au secteur des postes et des télécommunications. Preuve en est, le découpage des zones couvertes par le réseau 4G. C'est un découpage purement administratif, alors que le gouvernement n'a pas à imposer aux opérateurs des régions prioritaires. Cette tâche doit revenir aux opérateurs et l'Etat ne devrait pas s'impliquer.C'est également le cas pour la portabilité des numéros. Seize ans après l'élaboration de la loi 2000-03, on s'est retrouvé pris au piège d'un carcan administratif, lequel a été créé par des bureaucrates. En somme, le gouvernement devrait être, à mon avis, le garant d'une stratégie éclairée et non juge et partie.Entretien réalisé par : RAMDANE BOURAHLA
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ramdane Bourahla
Source : www.liberte-algerie.com