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l'impossible relance industrielle



l'impossible relance industrielle
L'ambition industrielle de l'Algérie risque de finir dans un «enterrement républicain».Relance industrielle, privatisations, renationalisations, investissements directs étrangers ou encore partenariat public-privé, autant de concept qui pullulent depuis plusieurs années, dans lesquels l'ambition industrielle de l'Algérie a fini par se perdre en conjectures. Un projet portant politique industrielle a une nouvelle fois été présenté au gouvernement. Elaboré du temps du ministre Cherif Rahmani, le projet en question affichait l'ambition d'impulser une croissance à deux chiffres de l'industrie manufacturière, de limiter le recours systématique à l'importation pour la couverture des besoins internes, d'encourager les exportations hors hydrocarbures, de maîtriser les process technologiques et d'assurer l'équilibre régional.Bref, tout autant de professions de foi maintes fois proclamées sans pour autant conduire à des résultats concrets. C'est surtout que cette ambitieuse entreprise a suivi le même cheminement que celui emprunté par le programme préparé par Temmar, dont on n'a d'ailleurs plus entendu parler depuis la disparition de ce dernier des radars. La stratégie industrielle version Cherif Rahmani risque-t-elle, dans ce cas, de connaître la même destinée, maintenant que celui-ci a laissé les commandes du département de l'Industrie à un nouveau ministre, lequel a hérité du titre pompeux de patron du département du «Développement industriel et de la Promotion des investissements» ' Amara Benyounès, puisque c'est de lui qu'il s'agit, dément avoir toute velléité de rupture et assure une certaine continuité à partir de ce qui a été déjà fait. Pourtant, le boss du portefeuille Industrie risque de voir son mandat si ce n'est écourté, se perdre et se fondre dans l'échéance électorale suprême, la présidentielle d'avril 2014.Des réalisations, mais?Celui-ci a d'ailleurs multiplié ces derniers jours les déclarations d'intention qui partent d'ailleurs dans tous les sens. Entre nécessité d'absorber l'économie souterraine dans des circuits plus formels, simplification des problèmes liés à l'investissement à la seule problématique de l'accès au foncier, celle d'améliorer le climat des affaires et l'installation de divers groupes de travail chargés de se pencher sur à peu près tout et n'importe quoi, on ne sait plus où donner de la tête. En fait, l'ambition industrielle de l'Algérie, comme aimait à la qualifier Cherif Rahmani, risque de finir dans un «enterrement républicain».Au-delà de cet amer constat, certains aiment à présenter quelques lueurs de positivisme dans ce qui a été entrepris. Du côté du ministère de l'Industrie, on se complait à évoquer les projets concrétisés dans divers secteurs comme le textile, la sidérurgie et l'industrie mécanique, le projet le plus abouti étant l'implantation d'une usine de montage Renault en Algérie.La philosophie de la démarche s'appuie sur un postulat : il est difficile d'importer un savoir-faire et garantir un transfert de technologie sans amener le détenteur de ces technologies à investir en Algérie, en partenariat avec des entreprises algériennes. Les pouvoirs publics entendent ainsi s'inspirer des modèles chinois et turc pour amorcer la machine industrielle, d'autant que l'Algérie dispose d'atouts compétitifs certains comme les coûts de l'énergie et du travail.Cependant, la démarche du partenariat commence déjà à enregistrer ses premiers couacs. Les Qataris, pour lesquels on avait un temps déroulé le tapis rouge, font part de leur intention de renoncer à leurs projets dans l'industrie sidérurgique en Algérie. Ce qui laisse pantois quant aux critères des Algériens qui les mènent dans le choix de partenaires dans un domaine stratégique comme celui de l'industrie sidérurgique. Quoi qu'il en soit, quelques projets semblent avancer dans le bon sens et les objectifs des pouvoirs publics sont ambitieux. Mais ils restent tributaires des capacités nationales d'assimilation des nouveaux process industriels et surtout des capacités de sous-traitance nationale.Un défi de taille lorsqu'on sait que l'usine Renault, par exemple, démarre selon un modèle de montage de véhicules en SKD. L'on ambitionne, à travers ce projet, d'atteindre un taux d'intégration de 42% à réaliser essentiellement dans l'emboutissage. De source proche du dossier, nous apprenons que Renault a déjà signé quatre conventions avec des opérateurs privés. Le constructeur a également distribué des cahiers des charges à plusieurs PME aux fins de faire des propositions de sous-traitance dans un délai de trois ans. Encore faut-il, nous confie-t-on, être à la hauteur des objectifs assignés. Il en est de même pour l'ensemble des projets en partenariat dans le secteur de l'industrie mécanique, qui a vu l'aboutissement de diverses négociations lancées depuis plusieurs années et qui s'éternisaient d'ailleurs.Quelle place pour le privé 'Le privé a, certes, un rôle à jouer, d'où les discours sur la mise à niveau des PME, le développement de la sous-traitance et l'amélioration du climat des affaires. Des intentions affichées depuis années par les différents gouvernements, néanmoins parasitées par la cooptation politique des agents économiques et par la bataille dogmatique entre les ardents défenseurs du tout-public et les laudateurs du libéralisme à outrance. Les renationalisations opérées grâce à l'instauration du droit de préemption sont d'ailleurs la parfaite illustration de la forte tentation du tout-public.Au-delà du climat des affaires jugé exécrable par les investisseurs, notamment les opérateurs privés nationaux, la tentation du tout-public transparaît dans la vision même du partenariat développée dans le projet de stratégie industrielle, assise sur un appel à projets dans 18 filières industrielles différentes, à savoir à fort potentiel de développement, parmi lesquelles figurent textiles et habillement, cuirs et produits dérivés, bois et industrie du meuble, produits sidérurgiques et métallurgiques, électroménager et équipements électroniques, produits pharmaceutiques et parapharmaceutiques, aéronautique, mécanique et automobile, industrie numérique, technologies avancées, construction et réparation navales?Assis sur un matelas financier qu'il croit confortable, le gouvernement disperse ainsi ses efforts pour investir des fonds publics dans tout ce qui se présente, avec pour objectif de substituer la production nationale aux importations. Cependant, si l'objectif est louable, la démarche gouvernementale reflète surtout l'incapacité des tenant du département de l'Industrie d'identifier de manière claire les filières où l'Algérie peut faire la différence. Celles où elle pourrait être compétitive, faire jouer ses différences et ses atouts qu'ils soient géographiques, énergétiques, humains, en ressources naturelles, pour se projeter dans le marché si ce n'est mondial, du moins régional.L'armée, opérateur économique !En attendant l'émergence d'entreprises économiques susceptibles de faire jouer le potentiel industriel algérien, c'est un opérateur de nature assez inattendue qui semble faire avancer le projet industrie. Il s'agit de l'Armée nationale populaire, qui est en passe de se substituer aux plus grands groupes industriels algériens. L'ANP dispose de quatre entreprises : l'Etablissement de développement de l'industrie du véhicule (EDIV/Tiaret), le Groupement de promotion de l'industrie mécanique (GPIM Constantine), l'Etablissement d'habillement et couchage (EHC Alger) ainsi que l'Entreprise de réalisations industrielles (ERI Seriana).Les objectifs sont assignés en matière d'emploi, les partenariats se multiplient, le plus médiatisé étant celui signé avec l'allemand Daimler Mercedes Benz dans l'industrie mécanique. Autant que les prises de participation dans des entreprises industrielles, l'exemple le plus édifiant étant celui de la reprise de 60% des actions des sept entreprises publiques du textile qui étaient sur le point de fermer. Des faits qui n'étonnent pas dans la mesure où l'ANP dispose déjà de certaines structures industrielles qu'elle souhaite utiliser pour couvrir ses besoins, et qu'elle dispose d'un plan de charge susceptible de donner du grain à moudre aux entreprises nationales.Cela étant, au-delà de la couverture des besoins de l'armée, les nouvelles capacités sont destinées à couvrir également les besoins du marché national, ce qui inclut le civil et, pourquoi pas, exporter. Un fait inédit ! Plus encore que le symptôme de l'échec des opérateurs économiques dont c'est la vocation d'opérer la mue, l'éveil de l'industrie algérienne.


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