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L'entretien de la semaine



L'entretien de la semaine
Les spécialistes dressent un état des lieux sombre de l'école algérienne et ses conséquences sur les élèves et leurs parents. Ces derniers sont stressés, car hantés par les résultats scolaires de leurs enfants, un stress permanent qu'ils transmettent à leur progéniture. S. Amel, psychologue clinicienne du secteur public, spécialisée dans le milieu éducatif, a décortiqué ce phénomène en répondant à nos questions.Soirmagazine : Le stress est-il un «phénomène» nouveau 'S. Amel : Pas forcément, parce que l'école depuis les temps les plus éloignés a été toujours source de pathologies d'ordre psychologique, notamment pour les élèves et les parents qui se rendent mutuellement la vie infernale.Il est question de changement de comportements. Crispation, énervement, insomnie sont les signes les plus fréquemment décrits dans ce genre de problèmes. Mais finalement, le stress des uns provoque l'angoisse et le stress des autres, il s'agit vraisemblablement d'un interminable circuit infernal. Donc, le stress lié à l'école à toujours existé. Et il a été aussi la cause de plusieurs problèmes et de conflits sociaux. Mais je dirais qu'aujourd'hui la situation a relativement pris de l'ampleur. Les temps ont changé.On a comme l'impression que les parents d'aujourd'hui sont différents de ceux d'il y a 30 ans...Exactement, comme je viens de le dire, les temps ont changé et la qualité de l'enseignement ne semble plus être importante pour les familles d'aujourd'hui. Avant, les parents étaient préoccupés par la réussite et l'accomplissement d'un cursus scolaire de qualité, ils incitaient donc leur progéniture à travailler avec assiduité, à bûcher et à suivre régulièrement leurs cours.A cette époque, c'était la seule recette de la réussite. Aujourd'hui, on a affaire à des parents inquiets et stressés. Ils mettent une pression intense sur leurs enfants. Ils utilisent tous les moyens possibles pour garantir leur réussite : les cours de soutien, les moyens les plus sophistiqués, les distractions onéreuses... au détriment du niveau et de la confiance en soi. On dit souvent : à chaque temps ses mœurs.Et les enfants ont-ils changé 'Cela va de soi, effectivement nous assistons à un grand changement de comportement chez les jeunes, aussi bien à l'école que dans la rue. Tant que notre système éducatif ne prend pas en considération tous ces facteurs, l'on se demande jusqu'où peuvent aller nos enfants scolarisés. Tout porte à croire que pour bon nombre de jeunes, l'école n'est plus un lieu où règne la discipline pour pouvoir y acquérir le savoir et apprendre les bonnes conduites. Pour eux, l'école est synonyme de la bonne note et rien que la bonne note pour satisfaire leurs parents. Et pour cela, tous les moyens sont bons. Copier sur un camarade, ou faire passer des bouts de papier n'est plus à la mode. Ces jeunes font preuve de beaucoup plus d'imagination, ils sont communément appelés «les connectés». A mon avis, ces comportements démontrent l'intensité de la pression exercée par les parents sur leurs enfants scolarisés. Il s'agit d'une situation préoccupante, qui se répercute sur le niveau de la génération de demain. Quand il s'agit de s'adonner à la concurrence déloyale pour avoir les bonnes notes, il semble qu'il n'y a plus de limites chez les élèves. C'est ce que nous confirment certains professeurs. Ces derniers se disent choqués par ce que peuvent faire les élèves pendant la composition. Par exemple, une enseignante du moyen nous a raconté qu'un jour elle a surpris son élève en train de tricher avec son téléphone portable en plein examen. Ce dernier lui aurait tout simplement lancé qu'il est obligé de faire ça, car il a peur d'annoncer à sa mère une mauvaise note. Finalement c'est l'esprit de concurrence qui fait subir les effets de stress aux parents et aux enfants. Ces comportements auraient atteint leur paroxysme et ceci serait le résultat de certaines défaillances dans notre système éducatif.Comme si l'esprit d'émulation, de concurrence a atteint celui des parents. Quelle est votre analyse 'Ces dernières années, notre système éducatif est devenu, par la force des choses, un système envahi par une concurrence qui est le plus souvent déloyale. Les parents sont hantés par le culte des bonnes notes.Une situation qui les rend intolérables avec leurs enfants. Cela explique la forte dose de pression exercée par ces derniers sur les enfants scolarisés. Une pression qui atteint son paroxysme à l'approche des examens.Finalement les parents cherchent l'idéal et l'excellent, à tout prix, en imposant à leurs enfants des méthodes de travail, des cours de soutien et malheureusement, certains franchissent le Rubicond en les incitant même à tricher, quitte à dépenser des sommes faramineuses pour l'acquisition des moyens les plus sophistiqués, utilisés pour ces méthodes frauduleuses. Durant mon parcours professionnel, j'ai recueilli plusieurs témoignages, comme par exemple, une mère qui dit n'avoir pas fermé l'œil toute la nuit, par peur que sa fille échoue, ou ce père de famille qui voulait absolument que son fils obtienne une bonne moyenne pour suivre des études de médecine. C'est en quelque sorte une forme d'égoïsme qui domine l'esprit de bon nombre de nos familles.La course derrière les bonnes notes est devenue une obsession chez les parents au détriment du savoir. Comment en est-on arrivé lïJe sais que c'est très lourd de sens de dire qu'aujourd'hui, les enfants sont devenus un outil entre les mains des parents. Mais cela pour prouver que depuis plusieurs années une véritable course aux bonnes notes a été engagée par les tuteurs, d'une façon permanente, dans le but de garantir à leurs enfants des études supérieures dans des spécialités prestigieuses, du moins c'est ce qui se trame dans leur esprit. Mais malheureusement aucun intérêt n'est accordé à la qualité de l'enseignement. C'est une concurrence déplorable, qui perturbe fortement la mission de l'école, notamment celle de préparer nos jeunes à la vie estudiantine mais surtout à affronter, plus tard, le monde professionnel.Ces attitudes seraient quelques-uns des maux et dysfonctionnements de notre système éducatif, qui est devenu aujourd'hui source de stress et d'angoisse pour tous. La sonnette d'alarme est donc tirée pour réhabiliter l'école algérienne, supposée être la source de tous les progrès et du savoir.Quels conseils donneriez-vous aux parents pour une vie plus harmonieuse et moins stressante 'C'est tout à fait normal de voir des parents qui s'inquiètent de l'avenir de leur progéniture et qui s'investissent à fond pour la réussite d'un bon cursus scolaire. Surtout que les jeunes ont incontestablement besoin d'un soutien moral, notamment celui des parents. Mais je tiens à les mettre en garde contre certains comportements : éviter de prendre certaines décisions à la place de leurs enfants, ne jamais leur imposer des conduites particulières, donc se tenir un peu à l'écart.Mais je tiens aussi à attirer l'attention des parents sur certaines attitudes, comme par exemple revivre leurs propres expériences et revenir sur certaines situations similaires, qu'ils ont vécues à un certain moment.Aussi il faut faire des efforts considérables pour ne pas subir le stress de leurs propres enfants, surtout à la veille d'un examen, cela les perturbe énormément, en aggravant leur angoisse. Mais je reste très pessimiste, car la situation est plus compliquée qu'on ne l'imagine, et je reconnais donc qu'il est très difficile de remédier rapidement à ce problème, du fait que ces derniers temps, de tels comportements sont si fortement ancrés dans notre société.Comme dit notre proverbe : il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre... Toutefois, l'espoir est permis, à condition d'engager un processus où toutes les parties concernées doivent s'impliquer dans un dialogue fructueux.


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