
Comment se prend une décision économique ' Qui fait quoi ' Dans quel intérêt ' Quelle place pour la transparence, le suivi et la rigueur dans l'application des différentes décisions ' Ce sont-là des questions parmi tant d'autres qui reviennent régulièrement sur la scène économique. Une scène dominée ces dernières années par la prolifération des comportements rentiers au détriment de la production et de la performance.Mais aussi par les tergiversations concernant des dossiers de grande importance pour l'économie nationale. Une situation qu'expliquent les experts par l'ingérence des politiques dans l'économique. Accointances et connivences politiques sont en effet, de l'avis de nombreux observateurs, à l'origine de cette dispersion des centres de décision économique en Algérie. En d'autres termes, d'un niveau à un autre, des changements et des modifications sont apportés dans l'application des mesures clairement arrêtées et détaillées.De nombreuses lois élaborées pour encadrer bon nombre de secteurs sont par la suite ignorées par l'administration qui remet leur mise en ?uvre aux calendes grecques. Des projets de grande envergure sont annoncés sans qu'ils voient le jour. A chaque fois des raisons divergent à ce sujet. «Il y a toujours un intérêt particulier à défendre quelque part en se basant sur la rente», relève-t-on du côté des opérateurs privés qui essayent de faire dans l'innovation et dans le développement de la production, mais qui font face à d'innombrables blocages et lenteurs administratifs.Il y a, en parallèle, l'intérêt du pouvoir en place qui, à travers la politique sociale pourtant décriée de part et d'autre, tente de se maintenir en évitant coûte que coûte la colère des populations. Mais ce n'est pas toujours évident. En témoignent les épisodes de mouvements de protestation à travers le pays ces quatre dernières années, précisément depuis les émeutes de l'huile et du sucre. En plus du maintien de la politique des subventions, une série de décisions a été arrêtée pour contenir cette colère citoyenne sans pour autant être mise en ?uvre faute d'un processus de suivi.C'est le cas aussi pour tout ce qui a trait au développement de l'outil de production nationale. Que de dispositifs annoncés lors de réunions tripartites, notamment celle de mai 2011 consacrée pour rappel exclusivement au monde de l'entreprise. Mais point d'application. Et pourtant ce ne sont pas les groupes de travail installés pour suivre toutes ces mesures qui manquent. Ce ne sont pas également les instructions qui font défaut, à l'exemple de celle d'août 2013 adressée aux ministres par le chef du gouvernement, Abdelmalek Sellal, dans le but de promouvoir la production nationale.L'APN, prolongement direct de l'étatEn fait, dans les discours on ne cesse de parler de la nécessité de trouver les voies et moyens pour le renforcement du soutien à l'entreprise et le confortement de l'environnement de l'investissement. Mais, en réalité, le retard est flagrant en raison de cette multitude de centres décisionnels observés en Algérie. D'où la persistance de dysfonctionnements et de zones d'ombre dans la sphère décisionnelle économique algérienne. Différentes études le montrent.En 2004 déjà, l'association française des anthropologues écrivait dans une étude sur les transformations économiques en Algérie : «Nous soutenons l'idée que la dispersion des centres de décision est un signe de l'affaiblissement de l'Etat algérien, de l'accaparement des ressources par une ??bande'' qui contrôle l'Etat et aussi les techniques de prédation de celui?ci». Plus loin, l'étude en question ajoute : «La spécificité du cas algérien réside dans l'absence de pouvoir central identifié et capable d'imposer ses règles aux autres.S'il est aisé de situer des lieux ou des cercles de pouvoir reconnus, il est presque impossible d'identifier clairement qui fait quoi». Et c'est réellement le cas en cette période de transition économique. Ce qui fait qu'aujourd'hui le poids de ceux qui sont censés participer à la décision économique est loin de peser devant ceux qui essayent d'imposer leur diktat, à l'exemple des barons de l'import proches du pouvoir et de certains groupes d'influence.A titre illustratif, l'Assemblée populaire nationale (APN), censée être le centre de décision législatif, ne joue pas réellement le jeu. Les députés donnent leur aval à tous les projets qui atterrissent à l'Assemblée. Dans certains cas, ils ont essayé de bloquer certains articles qui ne vont dans le sens des intérêts des importateurs, comme l'interdiction de l'importation des vêtements usagés (friperie). Pour l'heure, il n'y a pas eu de propositions de lois. «Nous essayons de jouer notre rôle, notamment en cette période de chute des prix du pétrole.Nous tentons de trouver des solutions pour le développement économique. De même que nous interrogeons les ministres sur plusieurs dossiers», nous dira à ce sujet le député Toufik Torche, avant de poursuivre : «Pour ce qui est de notre groupe, nous abondons dans le même sens que le gouvernement. Pour le reste, c'est aux partis de l'opposition de le faire». C'est ainsi que ce parlementaire résume le rôle des députés. Ce qui montre encore une fois que ces derniers sont loin de jouer le rôle pour lequel ils ont été élus. Ce que relève d'ailleurs Abdelaziz Rahabi, ancien ministre. «L'APN, c'est comme la société civile actuelle.C'est le prolongement direct de l'Etat. Elle n'apporte aucun regard critique sur le gouvernement», nous dira M. Rahabi qui dressera les mêmes critiques à l'égard du patronat, notamment le Forum des chefs d'entreprises (FCE) dont la démarche adoptée ces derniers temps semble, selon notre interlocuteur, illusoire. «Déjà qu'habituellement le processus de prise de décision est complexe et bureaucratisé», ajoutera-t-il avant de poursuivre : «Le FCE est en train d'interpeller et de donner des leçons aux ministres».La démarche du FCE différemment appréciéePour d'autres observateurs, c'est une manière pour l'organisation de Ali Haddad de rappeler les efforts financiers consentis pour la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika pour le quatrième mandat et d'essayer d'avoir une contrepartie «en dictant aux ministres» ce qu'il y a lieu de faire alors que bien d'autres acteurs peuvent apporter un plus au débat actuel.Interrogé sur cette question, Moussa Touati, président du Front national algérien (FNA) dira : «Nous n'avons pas de patronat. C'est un patronat qui importe et qui n'investit pas dans la production et la ressource humaine», qualifiant dans ce sillage les patrons et les pouvoirs publics d'«associés» dans une économie de «bazar» où le système de gouvernance reste encore à clarifier selon le président du FNA. Ce dernier n'a pas manqué de fustiger les rencontres de concertation qui se tiennent soit dans le cadre des tripartites (qu'il ne reconnaît pas), ou comme c'est le cas actuellement à travers les réunions entre le Forum des chefs d'entreprises et les ministres.Si certains trouvent légitime la démarche de Ali Haddad via le FCE, d'autres s'interrogent sur les visées de cette stratégie. Ces réunions ont d'ailleurs suscité moult questionnements de part et d'autre, d'autant qu'elles regroupent une association patronale avec des membres du gouvernement et qu'elles abordent des questions sensibles sur l'avenir économique du pays en l'absence d'autres intervenants.Et ce, au moment où les attentes sont focalisées sur le contenu du programme quinquennal 2015-2019. C'est en cette période que le FCE a initié une série de rencontres avec les représentants du gouvernement. Ces réunions qui se sont succédé depuis le début de l'année en cours ont permis au FCE d'émettre une série de propositions et de mesures sur plusieurs dossiers. De la santé aux finances, en passant par les transports. Tous les secteurs ont été passés au crible lors de ces rendez-vous assimilés par certains à des mini-tripartites.La démarche du FCE est différemment appréciée. Si pour certains il s'agit pour l'organisation patronale dirigée par Ali Haddad d'imposer sa vision sur le plan économique, pour d'autres c'est une manière de participer au débat économique national. «Nous sommes dans une période de transition où le marché est représenté par l'entreprise et où l'Etat devrait assurer la régulation. C'est légitime de voir des entrepreneurs s'inquiéter pour l'avenir économique du pays, surtout que le plan quinquennal 2015-2019 n'est pas encore arrêté», nous dira à ce sujet l'économiste Ahmed Mokaddem. Pour ce dernier, ces réunions pourraient être un outil d'aide à la prise de décision économique.Samira Imadalou
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samira Imadalou
Source : www.elwatan.com