
Jumia fait partie du groupe allemand AIG. Présent dans 12 pays, il a investi le marché algérien du commerce en ligne en 2015.Pourquoi avoir choisi d'investir en Algérie où la culture du commerce en ligne est quasi absente et le taux de bancarisation faible 'Au départ, nous avions commencé au Nigeria et nous nous sommes installés dans 12 pays. L'Algérie étant le dernier en date. Nous y avons investi car nous y croyons. C'est un marché qui a beaucoup de potentiel. Nous voulions commencer il y a trois ans, mais à l'époque on considérait que le marché n'était pas encore prêt. La 3G n'existait pas donc la pénétration internet était encore faible. Depuis, les choses ont changé. Nous avons plus de 8 millions d'utilisateurs aujourd'hui, ce qui rend le marché plus intéressant pour nous. Et avec le déploiement d'internet et des smartphones, l'Algérie est l'un des marchés au plus fort potentiel en Afrique.Si la 3G n'avait pas été lancée, auriez-vous quand même lancé le projet en 2015 'Je ne pense pas qu'on l'aurait lancé s'il n'y avait pas autant d'utilisateurs internet. Or ce qui a déclenché le boom d'internet en Algérie, c'est justement la 3G. Avant, il n'y avait qu'une petite proportion de personnes qui auraient pu se permettre d'acheter en ligne. Pour nous ce n'était pas intéressant car c'est un business de volume où il y a beaucoup de coûts fixes et, pour faire du volume, il faut avoir beaucoup de clients. A-t-il été facile de convaincre les marques 'Nous travaillons avec plus d'une centaine d'entreprises algériennes et étrangères. Avec certaines marques cela va très vite. C'était le cas avec Samsung, car c'est une marque internationale, qu'ils sont convaincus de cela et qu'ils aiment bien innover. C'est plutôt avec les entreprises algériennes que cela prend plus de temps. Elles n'y croient pas vraiment, elles ne sont pas dans l'innovation. Pour les convaincre on s'appuie sur notre visibilité, et notre couverture du marché puisqu'on peut livrer dans 41 wilayas. C'est un canal de vente supplémentaire qui ne nécessite pas d'investissement ni de frais d'entrée. Nous sommes dans un système de commissions qui varient entre 5% (pour la téléphonie) et 25% (sur le prêt à porter) sur les ventes.Après un an d'activité, pouvez-vous déjà donner un bilan du nombre de transactions, de la fréquentation sur le site 'Même si la concurrence n'est pas forte, on préfère ne pas divulguer ce genre d'informations stratégiques. Je peux vous dire que sur un an, nous avons beaucoup progressé. On a commencé en faisant 10 000 à 30 000 visites par mois, on en est à 350 000. Nous avons débuté avec 1200 produits référencés, on en est à plus de 8000. Au démarrage, on faisait une dizaine de ventes par jour, aujourd'hui, on en fait beaucoup plus. Mais ce n'est que la première année. On ne pèse pas encore dans l'économie.Où vous situez-vous par rapport à la concurrence 'Il y avait des sociétés algériennes qui existaient avant nous. D'autres sont venues au même moment que nous. Certaines ont beaucoup de mal à avancer, pour d'autres cela ne marche pas trop mal. Aujourd'hui, ce n'est pas encore un marché concurrentiel. En Egypte, on avait comme concurrent Souk.com, une entreprise basée à Dubaï où elle est leader. Elle était en Egypte bien avant nous et c'est un très gros concurrent, à tel point que chacun regarde ce que fait l'autre et essaye de contrer, notamment sur les prix. Ici, en Algérie, je ne regarde pas ce que font les autres ou alors rarement.L'absence du payement en ligne est-il un frein à votre développement 'Pour moi, ce n'est pas du tout un frein. C'est vrai que cela n'existe pas encore, mais il ne faut se mentir, si demain il sera autorisé, cela ne changera pas grand-chose pour nous, parce qu'en Algérie les gens sont très peu bancarisés. Le nombre de cartes en circulation est minime et celui des cartes actives ne doit pas dépasser les 100 000 à 200 000. Après, il faut que les gens aient confiance pour pouvoir les utiliser en ligne. Au final, c'est un problème de confiance. Je sais que si demain, le payement en ligne sera autorisé, il représentera moins de 1% des transactions.Au Nigeria et en Egypte, qui sont à peu près similaires en termes de développement, les gens sont bancarisés et beaucoup d'entre eux ont des cartes avec lesquelles ils peuvent payer dans n'importe quel commerce. Pourtant, le nombre de transactions sur notre site, par carte, représente moins de 10%, voire moins de 5%, parce qu'il y a un vrai problème de confiance. Donc, vous êtes obligé de proposer le payement cash à la livraison, même si cela ajoute de la complexité parce qu'il faut aussi gérer le cash. En termes de cash-flow, ce n'est pas très avantageux parce que le temps que l'argent remonte à la banque, cela prend un peu de temps. Les clients peuvent aussi commander et se rétracter à tout moment, ce qui fait que les marchandises sortent et reviennent. Tout cela crée de la complexité.Est-ce que les gens commandent et se rétractent souvent 'Une personne sur cinq. C'est une perte de temps et d'argent. On est obligé de filtrer énormément. A chaque fois que quelqu'un va passer une commande, on va l'appeler pour confirmer. Là, on va éliminer 30% des commandes car sur 100 commandes qui sont passées sur le site, il y en a 30 qui ne sont pas validées. Quand on les appelle, ils disent qu'ils ont commandé juste pour voir, qu'ils n'étaient même pas sûrs que c'était vrai. Il faut que les gens s'habituent. En parallèle, il y a les clients qui reviennent et qui sont plus sérieux. Plus cela va et plus la part de cette clientèle augmente et on a des clients de plus en plus fidèles.Comment voyez-vous l'évolution de ce marché et celle de Jumia Algérie 'Je suis extrêmement optimiste. Nous avons fait le plus dur, c'est-à-dire s'implanter, se créer une réputation auprès des marques, avoir de plus en plus de partenaires. Nous avons des projets qui vont nous permettre d'avancer plus vite en termes de visibilité et de communication. Nous avons de plus en plus de produits disponibles sur le site. On arrive à être plus compétitifs sur les prix et avoir un choix de plus en plus pertinent. On commence surtout à être de plus en plus crédibles auprès des entreprises.Avant c'était plus difficile d'aller frapper à la porte de Samsung et de lui demander de venir vendre ses produits. Aujourd'hui, nous avons de plus en plus de leader sur leur marché qui sont présents sur notre site. Les autres suivent et donc c'est plus simple pour nous. Nous avons une croissance mensuelle à deux chiffres. Les taux de croissance annuels sont même à trois chiffres. C'est un marché qui est à l'état embryonnaire, cela ne peut qu'exploser. Aujourd'hui, 40% des personnes dans le monde ont déjà effectué au moins un achat en ligne. En Algérie, je pense qu'on n'est même pas à 1%. Pensez-vous qu'il faille privilégier le m-payement sur le e-payement, comme le suggère la ministre de la Poste et des TIC 'Je suis en partie d'accord. Car pour moi, il ne s'agit pas d'abandonner mais de proposer les deux. Je pense qu'il serait absurde de dire qu'on va sauter une étape et qu'on ne va pas passer par le payement électronique. Le mobile money est quelque chose à laquelle je crois beaucoup.Au Kenya par exemple, c'est un moyen de payement qui est extrêmement populaire et ce sont 25% des transactions du pays. Je pense qu'en Algérie, s'il est bien fait, ce sera un moyen plus populaire que la carte de crédit parce que beaucoup de gens n'ont pas de cartes, en revanche, ils sont plus nombreux à avoir un téléphone ou un smartphone. C'est un moyen de payement beaucoup plus pertinent, mais il faut proposer les deux car ils sont complémentaires.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Safia Berkouk
Source : www.elwatan.com