
Paradoxalement, il semble qu'il existe bien une «vision claire» suivie par une action «cohérente» de la part de la tutelle de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, malgré les déconvenues effarantes de ses politiques «au niveau national».Critiquant l'aspect opaque et le manque de cohérence qui semblent imprégner la gestion de la recherche scientifique et la réforme de l'enseignement supérieur (LMD) en Algérie, certains accusent les gouvernements successifs d'incompétence et de manque de vision. D'aucuns, plus fin observateurs, ne partagent pas cet avis et même s'ils s'accordent sur l'incompétence, ils y décèlent des stratégies procédant de politiques ordonnées et bien affirmées. Ainsi, pour tenter de démêler l'écheveau de la politique de l'enseignement supérieur et de la recherche algérienne, il faut précisément prendre du recul ?historique ? et considérer les politiques menées dans la continuité dès le début des années 2000 sous l'angle géopolitique international.La signature, avant-hier mardi 23 mars 2015, de la Déclaration de Madrid par le ministre algérien de l'Enseignement supérieur Mohamed Mebarki, également paraphée par ses homologues des 5+5, s'inscrit, de toute évidence, en droite ligne de la stratégie du processus de Barcelone (1995). Il s'agit en fait du dernier acte de la coalition des alliés de l'Euromed ? appellation diplomatiquement correcte des signataires du pacte dit «Processus de Barcelone», institué en 1995. Rappelons que dans le domaine des systèmes d'enseignement supérieur, le Processus de Barcelone avait initié une série d'initiatives politiques internationales, dont notamment le fameux «Processus de Bologne» 1998 (réforme européenne, LMD), suivi de la déclaration de Catania 2006 (paraphé par Haroubia), suivie de la déclaration du Caire 2007, et enfin celle de Rabat en 2013 où s'est tenue la première conférence des ministres de l'Enseignement supérieur des 5+5, la seconde édition s'est tenue avant-hier à Madrid en présence d'une forte délégation algérienne.Mais, il semble que quinze ans après, on peine à impulser l'autre nerf de guerre : investir la science, ou plutôt rattraper la «méscience» des alliés du partenariat Euromed. L'échec avéré, près de deux décennies après, de la politique du tout-économique a forcé les Européens à revoir leur feuille de route. Pour revoir ainsi les carences manifestes dans le partenariat culturel et éducatif et par accroissement le palier supérieur et la recherche scientifique. Les Européens se sont rendu donc compte que le sous-développement patent dans le domaine de l'éducation qui sévit dans les pays de la rive sud était l'un des freins majeurs à la dynamique de leur intégration dans la nouvelle entité géopolitique ? comme exprimé dans la déclaration de Catania ? pour y remédier. Réunis à Tampere, en Finlande, les ministres des Affaires étrangères du bassin euro-méditerranéen ont convenu de la création d'un nouvel ordre fédérateur incluant les ministres du Sud. C'est ainsi que la conférence universitaire des 5+5 a vu le jour.Dès la première édition du Caire tenue en 2007, les conférenciers, outre leur insistance sur le rôle de l'éducation dans le développement économique et la bonne tenue des réformes politiques dans les pays du sud méditerranéen, ont agréé officiellement l'intégration des entités d'enseignement supérieur et de recherche sudistes dans l'effort de la région européenne de recherche (ERA). Toutefois, si la mobilité des étudiants et des chercheurs avait effectivement été stimulée, d'aucuns assimilaient cet effort à une entreprise de fuite des cerveaux contrôlée sans aucun impact sur les développements locaux. La survenue des révolutions arabes a apparemment induit d'autres remises en cause en 2011.Les programmes «Erasmus» et «Leonardo da Vinci» version euro-méditerranéenne ont été proposés en urgence par des eurodéputés qui avaient saisi le Parlement européen par pétition sur l'urgence d'accompagner les pays arabes «sur le chemin de la démocratie en proposant des initiatives plus fortes, qui répondent aux besoins concrets de ces pays». Toutefois, certains constatent que le moindre développement scientifique significatif n'a pas été noté dans les pays de la rive sud. L'Europe, qui s'illustre depuis les deux dernières décennies en bonne place sur les échelles des classements mondiaux, semble par contre avoir bien profité des réseaux de mobilité mis à la disposition des chercheurs arabes et maghrébins en particulier.Dans leur démarche de soutien à l'effort de guerre ? mondiale scientifique ? que se livrent l'Europe et les Etats-Unis, et extrêmement vigilants à l'égard de l'accession d'autres belligérants de taille pour ne pas nommer, la Chine et l'Inde, les think tanks européens très à l'affut du moindre sursaut dans les classements internationaux des pays et de l'université en matière de recherche et d'innovation ? en se basant notamment sur le nombre de publications ? à l'image des classements de Scimago, un laboratoire espagnol de l'Université de Grenade ? s'avèrent être en fait les véritables faiseurs des politiques éducatives dans l'ensemble du bassin méditerranéen.En effet, que ce soit en termes de qualité que de quantité ? publications et développement ? les Etats-Unis d'Amérique gardent nettement leur position de première nation scientifique dans monde depuis les deux dernières décennies, pour ne considérer que l'évolution de l'histoire récente. Les pays de l'Union européenne ne pourront côtoyer les Américains qu'en faisant front sous une seule entité, armés évidemment d'une politique ? cohérente ? commune. Il faut honnêtement convenir que la politique de recherche et de financement de l'Europe, malgré le contexte international rudement compétitif, apparaît à tout point de vue, sinon efficace, du moins ambitieux pour faire le saut quantitatif nécessaire afin de rester compétitif devant les USA et avec l'avènement patent de la Chine et de l'Inde, entre autres. Mais il n'en demeure pas moins vrai que ces «petits» alliés de la rive sud risquent d'être doublement lésés au niveau national.Car, d'une part, les orientations et les champs de recherche les plus investis dans la région de recherche européenne (European Research Area (ERA) et par extension ceux impulsés dans l'espace de l'Union pour la Méditerranée (UPM), ne seront certainement pas les plus proches des nécessités locales, mais bien évidemment ? prioritairement ? celles relatives aux besoins du Vieux Continent. Pour rappel, la 2e conférence ministérielle sur l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation, Euro-Med 5+5, tenue avant-hier à Madrid, a été organisée conjointement par le ministère de Compétitivité espagnol et l'Union pour la Méditerranée (UPM).
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohamed Staifi
Source : www.elwatan.com