«Le footballeur américain grandit dans un pays dominé par le baseball, le basket et le football américain.»
«Le Barça représente peut-être ce qui se fait de mieux en football.»
Installé depuis 13 ans dans le sud de la Californie, Klinsmann évoque volontiers la 'relation affective" qu'il entretient avec les Etats-Unis. C'est au nom de cette passion qu'il espère faire évoluer les choses. Tactique, responsabilité individuelle, technique, nutrition, forme physique, philosophie : tout mérite selon lui d'être repensé. "Il n'y a pas de titulaires indiscutables dans mon équipe", prévient-il, bien décidé à marquer les esprits.
Quel bilan tirez-vous de vos six premiers mois à la tête de l'équipe des Etats-Unis '
Nous traversons une période de transition. Nous abandonnons progressivement un style basé sur la réaction pour adopter un état d'esprit plus entreprenant. Nous voulons nous mettre au niveau des meilleurs. L'objectif, c'est de battre les grandes nations de football à leur propre jeu. Cela nécessite de revoir totalement la façon dont nous travaillons. Tous les secteurs sont concernés : le physique, la technique, l'endurance et la tactique. Nous devons nous améliorer dans tous les domaines mais cela ne peut pas se faire du jour au lendemain.
Comment les joueurs ont-ils réagi face à cette nouvelle approche '
Je crois qu'ils ont saisi le message. Ils ont fini par se faire à l'idée de doubler les séances d'entraînement. Je suis très exigeant sur tout ce qui concerne la tactique, la nutrition et l'hygiène de vie. Il est important de leur montrer qu'ils doivent toujours aller plus loin. Il leur appartient de trouver en eux la motivation nécessaire pour repousser sans cesse leurs limites.
Deux victoires, un nul et deux défaites : quel regard portez-vous sur les résultats proprement dits '
C'est vrai, les résultats ne sont pas fabuleux mais les changements que nous mettons en place demandent beaucoup de temps. Nous avons parfois manqué de réussite mais ça ne me tracasse pas. Cela fait partie du processus de transition. Je tiens également à dire que nous avons livré quelques performances très encourageantes. Je crois sincèrement que nous sommes sur la bonne voie.
Vous avez remplacé Bob Bradley, dont l'approche était sensiblement différente de la vôtre. Comment faire bouger les choses en équipe nationale '
L'essentiel, c'est de travailler et de s'entraîner comme on joue. Les choses se passent sur le terrain, pas pendant la causerie ou devant un tableau noir. Il faut travailler les transitions rapides, le replacement défensif quand le ballon est perdu' Tous ces éléments doivent devenir une seconde nature chez les joueurs.
Quelle philosophie se cache derrière votre méthode de travail '
Ma vision du jeu ne sort pas de nulle part. Je ne me suis pas contenté de dresser une liste de tout ce que j'aime dans le football. Mes conceptions s'inspirent directement des évolutions du football mondial et de ce qui se fait dans les plus grandes équipes européennes. L'Espagne est un bon exemple à suivre. Le FC Barcelone représente peut-être ce qui se fait de mieux en la matière. Dans une certaine mesure, l'Allemagne et les Pays-Bas sont dans la même optique. Toutes ces équipes contribuent à l'évolution du football moderne. Je me suis rendu au Brésil récemment et j'ai été surpris de constater que ce grand pays avait peut-être un train de retard par rapport à ce qui se fait actuellement en Espagne. Nous parlons tout de même d'une équipe qui a remporté cinq fois la Coupe du Monde. Aujourd'hui, les tendances se dessinent en Europe et en Ligue des champions. Notre rôle consiste à les analyser pour nous hisser à ce niveau.
Vous ne voulez donc pas vous contenter de défendre en attendant une erreur de l'adversaire mais plutôt prendre le jeu à votre compte '
Si vous défendez en nombre contre l'Espagne ou Barcelone, vous gagnerez peut-être une fois sur dix. Vous obtiendrez sans doute un nul de temps en temps mais sept ou huit fois sur dix, vous serez battu sur un score sans appel. L'équipe adverse peut toujours être dans un jour sans mais c'est ce que je veux dire quand j'explique que les Etats-Unis ne doivent plus se contenter de réagir. Je veux montrer aux joueurs que pour rivaliser avec de telles équipes, nous devons progresser dans tous les domaines.
Votre meilleur résultat à ce jour reste un succès 3:2 obtenu en Slovénie, au mois de novembre. Votre équipe a-t-elle répondu à vos attentes lors de cette rencontre '
Je ne peux pas me contenter d'une bonne mi-temps, comme ce fut le cas contre les Slovènes. Nous devons être plus vigilants sur le plan tactique. J'exige une concentration maximale de la première à la dernière minute. Nous ne pouvons pas tolérer la moindre erreur à ce niveau. Nous en avons fait l'expérience contre l'Equateur (défaite 0:1).
Comment empêcher les joueurs de commettre des erreurs '
Nous devons progresser partout. Quand les joueurs s'améliorent, l'équipe s'améliore. La compétition devient plus féroce. Certains ne parviendront pas à s'adapter. Quand j'étais joueur, j'ai croisé de véritables surdoués, qui réussissaient tout ce qu'ils voulaient à l'entraînement. Mais je savais qu'ils ne perceraient pas, car ils n'avaient pas le bon état d'esprit.
Lors d'une conférence de presse, vous avez évoqué la possibilité de découvrir de nouveaux talents. Comment comptez-vous vous y prendre '
Nous avons encore beaucoup à apprendre dans le domaine de la détection. C'est pourtant un aspect capital. Les enfants évoluent énormément entre 6 et 12 ans et nous ne sommes pas présents sur cette tranche d'âge. Nous devons encourager les plus jeunes à jouer au football tous les jours, dans un environnement agréable, comme cela se fait en Europe et en Amérique du Sud.
En dehors des gardiens de but, on trouve peu de footballeurs américains dans les grands clubs européens. Est-ce une situation que vous aimeriez voir changer '
Oui. Il y a une dizaine d'années, plusieurs joueurs américains évoluaient à l'étranger, le plus souvent dans de petits clubs où ils n'avaient pas de temps de jeu. Ils étaient toujours sur le banc ! Aujourd'hui, 80 % de mes internationaux évoluent à l'étranger et ils jouent. Il nous reste encore à relier les points. Nous devons trouver des joueurs issus d'autres milieux, par exemple en prospectant dans les nombreuses communautés d'immigrés. Je veux une équipe des Etats-Unis qui représente le pays dans son ensemble, un pays de mélanges et d'influences variées. Mon travail consiste à définir un style de jeu, à proposer un football attractif qui incarne ce pays et ses valeurs, et à l'associer aux méthodes utilisées par les meilleures équipes du monde. À nous de trouver le juste équilibre.
Les footballeurs américains sont-ils très différents de ceux que l'on trouve dans le reste du monde '
Le footballeur américain grandit dans un pays dominé par le baseball, le basket et le football américain. Le football n'est pas un facteur de lien social, comme cela peut être le cas dans les autres pays. C'est un élément important à prendre en considération. Si vous faites un mauvais match en MLS, personne ne va venir vous ennuyer le lendemain, pendant que vous faites vos courses au supermarché. Ça arrive régulièrement en Europe, surtout en Italie et en Allemagne. Je sais de quoi je parle. Ce genre d'expérience vous donne un sentiment de responsabilité. Je veux que mes joueurs apprennent à connaître ce sentiment.
Avez-vous l'impression que certains joueurs ne se sentent pas suffisamment en danger en sélection '
Je crois qu'il est essentiel pour un international de sentir ce poids, cette responsabilité. En tant qu'international, vous devez donner l'exemple en club et travailler plus dur que n'importe qui. Il faut arriver une demi-heure plus tôt à l'entraînement. J'encourage mes joueurs à adopter cette attitude. Dans ce sport, ce qui s'est passé hier n'a pas d'importance. Ce qui compte, c'est ce qui se produit aujourd'hui ou ce qui arrivera demain. Tous mes joueurs doivent se battre pour leur place. Il n'y a pas de titulaires indiscutables dans mon équipe.
Comment vos joueurs ont-ils pris la chose '
Ils sont intrigués par cette nouvelle approche. Cela représente beaucoup de travail et beaucoup de changements pour eux. Mais je crois qu'ils commencent à se rendre compte qu'ils se sentent de mieux en mieux, au fil des entraînements. Leurs corps doivent apprendre à travailler dur et ils doivent apprendre à se nourrir correctement. Pour le nutritionniste, il n'y a pas de pire ennemi que le fast-food. Si vous conduisiez une Ferrari, il ne vous viendrait pas à l'idée de faire le plein au diesel.
Quelle est la prochaine étape pour les meilleurs footballeurs américains '
Je veux qu'ils franchissent un nouveau palier, qu'ils se hissent au plus haut niveau. C'est en Ligue des champions que tout se passe. Je veux que mes joueurs la découvrent, qu'ils s'y acclimatent et qu'ils deviennent des habitués. Il faut qu'ils rejoignent de grands clubs et qu'ils disputent la Ligue des champions. Je leur dis qu'ils ont le talent et les capacités pour cela. Maintenant, tout dépend d'eux et de leur envie. Aucun entraîneur ne peut vous inculquer ça. Personne ne m'a jamais appris ça. Pour rejoindre un club comme l'Inter, j'ai dû trouver en moi la motivation de me surpasser. Cela demande beaucoup de travail. Il faut courir plus, marquer plus, lutter plus et faire preuve de plus de régularité.
Son parcours
1981-1984 : Stuttgarter Kickers (41 matches, 22 buts)
1984-1989 : VfB Stuttgart (156 matches, 79 buts)
1989-1992 : Inter Milan (95 matches, 34 buts)
1992-1994 : AS Monaco (65 matches, 39 buts)
1994-1995 : Tottenham Hotspur (41 matches, 21 buts)
1995-1997 : Bayern de Munich (65 matches, 31 buts)
1997-Déc 1997 :UC Sampdoria Gênes (8 matches, 2 buts)
Déc 1997-1998 :Tottenham Hotspur (15 matches, 9 buts)
2003-2004 : Orange County Blue Star (USA) (8 matches, 5 buts)
Sélections en équipe nationale
1987-1998 :Allemagne (108 matches, 47 buts)
Equipes entraînées
2004-2006 : Sélection d'Allemagne
2008-2009 : Bayern Munich
Depuis 2010 : Etats-Unis
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : In fifa com
Source : www.lebuteur.com