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Kiosque arabe



Kiosque arabe
[email protected]/* */Deux nouvelles, quasi simultanées, qui nous viennent d'Égypte, et qui ne plairont pas nécessairement aux deux communautés concitoyennes mais antagoniques, à savoir les musulmans et les chrétiens. La première nous vient du ministère égyptien des Affaires religieuses qui annonce que des prêcheuses vont désormais exercer leurs bons offices dans les mosquées. à partir du mois de mars prochain, est-il précisé, ces prêcheuses formées dans des instituts, officiellement indemnes de toute influence intégriste, porteront la bonne parole, mais aux femmes uniquement. Car, si les autorités en charge des âmes veulent bien réformer le discours religieux, comme le demande le Président Sissi, il n'est pas encore question de mixité sur les bords du Nil. Les nouvelles recrues auront toutefois la possibilité de diriger la prière dans les parties réservées aux femmes, ce qui nous vaudra de belles cacophonies, si elles s'avisent de recourir aux hauts-parleurs. Comme l'expliquent doctement les responsables religieux du pays, ces prêcheuses se chargeront de répondre aux questions que les femmes n'osent pas poser aux hommes. Elles auront donc reçu une formation complète et adéquate, pour leur permettre d'inculquer à leurs coreligionnaires de même sexe les enseignements d'un Islam modéré.Quand on sait ce que l'Islam modéré, dit au masculin, a déjà fait aux hommes et aux femmes de l'Égypte et alentour, on peut se montrer sceptique sur les résultats d'une démarche aussi tardive que sexiste. Tardive, parce qu'elle ne va pas concurrencer sérieusement les milliers de prêcheuses formées par les organisations et partis islamistes et qui sont à l'œuvre depuis des décennies. Des centres de formation de prêcheuses, véhiculant le discours intégriste, terroriste, continuent, en effet, de fonctionner, au vu et au su des autorités égyptiennes, qui les ont pourtant interdits depuis 2015. C'est dire le retard qui reste à combler face au courant du wahhabisme que les Égyptiens, tout comme nous, montrent du doigt, mais bordent chaque soir dans son lit. Au demeurant, s'accrocher à l'idée fixe selon laquelle seule l'institution Al-Azhar peut se réformer (1) et réformer, c'est croire qu'un mauvais berger peut faire de bons troupeaux. En dehors de quelques lueurs, issues de ses rangs ou de sa périphérie et vite étouffées par des cheikhs éteignoirs majoritaires, Al-Azhar s'est rarement distinguée par son esprit d'ouverture. Bien au contraire, l'histoire a retenu essentiellement ses procès d'intention et ses tribunaux d'exception, dont ont été victimes de nombreux penseurs, tels Kassem Amine (2), ou Islam Buhaà'ri (3) plus récemment.Démarche sexiste et qui n'a rien de révolutionnaire puisqu'il s'agit encore une fois d'autoriser des femmes à régler les questions religieuses concernant leur sexe, à la lumière des codes masculins uniquement. Et lorsqu'on voit les sujets dont débattent les télé-prêcheurs des deux sexes, on peut subodorer qu'il sera fortement question de la suprématie de l'homme et de la soumission à son égard. à ce jeu, il serait vain de croire qu'un discours religieux d'une telle teneur, même plus élaboré et élagué, pourra concurrencer la parole intégriste forcément plus ancrée et plus convaincante. D'où la seconde nouvelle qui pourra peut-être flatter l'ego surdimensionné des musulmans narcissiques, mais ne servira pas à améliorer les relations avec les Coptes. En 2010, une fatwa d'Al-Azhar avait accrédité et validé une annonce de la tradition prophétique selon laquelle le Prophôte de l'Islam, Mohamed, épouserait la vierge Marie au paradis. Un éminent «douktour» azhari vient de remettre sur le tapis la question, en affirmant que le Prophôte épousera non seulement Marie, mère de Jésus-Aà'ssa, mais aussi Assia, fille de Tethmosis et femme de Pharaon, et Keltoum, la sœur de Moussa-Moà'se. Le D. Salem Abdeldjalil, c'est son nom, a mis en avant le verset 5, de la sourate 66 «L'Interdiction» (4) pour étayer son propos.Il a expliqué que la mariée à laquelle renvoie le verset est Assia, la femme de Pharaon, et la vierge n'est autre que Marie, fille d'Omrane, et mère d'Aà'ssa. Des propos qui ont immédiatement suscité la réprobation et la colère des jeunes Coptes qui ont demandé des excuses à Al-Azhar. «Nous chrétiens, ne connaissons et ne croyons qu'en la sainteté, la pureté, et la virginité dans la vie terrestre de Marie, et ces qualités lui restent attachées dans sa vie éternelle», a affirmé le responsable d'une organisation copte. Déjà, lors de la promulgation d'une fatwa similaire, l'Église copte l'avait rejetée avec les mêmes arguments, mais les «savants» d'Al-Azhar ne se laissent pas arrêter par si peu. Au reste, chrétiens et musulmans ne se font pas la même idée de la voie éternelle : les premiers se voient en anges asexués, les seconds, aspirant à jouir de tous les plaisirs qu'ils n'ont pas eus ici-bas. Aussi, la dernière sortie de Salem Abdeldjalil, est-elle d'autant plus malvenue qu'elle situe Marie dans une relation de polygamie. Une provocation insupportable qui ne servira qu'à creuser davantage le fossé entre concitoyens, astreints aux mêmes devoirs, mais inégaux en droits.A. H.(1) Il y a quelques semaines, Al-Azhar a rejeté une décision du ministère des Affaires religieuses imposant un sermon écrit pour les prières du vendredi, afin de contrecarrer la virulence des prêches.(2) Kassem Amine (1863-1908) s'est mis à dos l'establishment politico-religieux, avec son livre «Libération de la femme», paru en 1899, et qui constituait un brûlot à son époque, comme il l'est encore.Il préconisait notamment de donner à la femme le libre accès à l'enseignement et de la débarrasser des carcans vestimentaires (voile et burqa) qui lui étaient imposés. De nos jours, il n'aurait aucune chance de mourir dans son lit.(3) Animateur d'un show télévisé «Avec Islam» (référence à son prénom et à la religion) qui remettait en cause beaucoup d'idées reçues sur l'Islam, et notamment les hadiths rassemblés et validés notamment par des théologiens incontestés comme Boukhari et Muslim.(4) «S'Il vous répudie, il se peut que son Seigneur lui donne en échange des épouses meilleures que vous, musulmanes, croyantes, obéissantes, repentantes, adoratrices, jeûneuses, déjà mariées ou vierges.» (V.05 S66).
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