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Kiosque arabe



Kiosque arabe
Par Ahmed Halli[email protected]/* */Quand on ne peut pas nier un crime, on essaie d'en atténuer la gravité et de minimiser la responsabilité des auteurs du crime, et c'est le rôle des avocats dans les sociétés dites modernes. L'Égypte, comme tous les pays arabes, est un État moderne, le plus ancien État moderne, à en croire l'existence d'institutions propres à ce type d'États, notamment la police et la justice. Existence purement formelle au regard de celle d'institutions et de centres d'influence qui tirent l'attelage vers l'arrière, au nom de valeurs religieuses et non morales contestables. On emprunte à l'Occident honni des pratiques et même des accoutrements d'avocats en l'occurrence, pour donner une image de modernité, battue en brèche par la sombre réalité. Le cas récent de la septuagénaire copte Souad Thabet, agressée dans son village d'El-Karam, un nom trop lourd à porter pour une communauté qui a vendu honneur et noblesse à l'encan. Ce vendredi 27 mai 2016, des dizaines de villageois, qu'il me semble inutile de nommer musulmans, convaincus de la justesse de leur cause et de la prééminence de leur foi, ont attaqué leurs voisins coptes. Le prétexte, souvent récurrent, se rapporte au sexe, une obsession contre laquelle les Arabes seraient vaccinés, dès la naissance, à en croire les spécialistes.Mais dans ce village d'El-Karam, gouvernorat de Minieh, la seule obsession des foules sans âge était de venger l'honneur bafoué par une supposée liaison adultère entre une femelle musulmane et un mâle copte. Si le fait pour un musulman de séduire une Copte et de la convertir de gré ou de force à l'Islam est considéré comme une bénédiction, l'inverse est inimaginable et donc intolérable. Il y aurait, en effet, de quoi faire frémir les ossements, ou ce qu'il en reste, du roublard conquérant de l'Égypte, Amr Ibn Al'aas qui voyait déjà en l'Égyptienne copte un objet de plaisirs. Il n'est pas sûr que les Égyptiens, coptes convertis depuis à l'Islam, aient fait quoi que ce soit pour changer ce regard et s'efforcer d'en changer la perspective. C'est donc sur la base d'une rumeur faisant état d'une idylle entre le fils de Souad Thabet et l'épouse d'un voisin musulman que les coreligionnaires du mari soi-disant bafoué ont agi. Des dizaines d'entre eux ont fait irruption ce vendredi-là dans la maison où habitaient Souad Thabet et son mari, ont molesté le couple, et dénudé la septuagénaire avant de la livrer aux regards. Auparavant, ils avaient incendié la maison des Thabet, ainsi que celles de plusieurs autres villageois coptes, dont plusieurs n'ont échappé au lynchage qu'en se réfugiant chez un voisin musulman.Les actes de violence contre les coptes étant désormais banalisés et assurés de l'impunité, restait à les minimiser davantage en les réduisant à de simples voies de fait et en mettant en doute les dires de la victime. C'est le rôle des avocats qui, dès les premiers instants, ont œuvré à jeter la suspicion sur les déclarations de Souad Thabet qui n'ont pas varié d'un iota. Comme s'il s'agissait d'effacer toutes les autres traces du crime, en éliminant son côté le plus dramatique, l'humiliation publique imposée à une femme. En pure perte puisque tous les médias arabes et internationaux se sont saisis du cas Souad Thabet, pour dénoncer le sort des femmes d'Égypte et des minorités chrétiennes en général. Mayar Mohamed Moussa, elle, n'appartient qu'à la seule minorité qui survit encore en pays d'Islam, et plus qu'ailleurs en Égypte, celle des excisées. Mayar, jeune lycéenne de 17 ans, a succombé dimanche 1er juin à une hémorragie, provoquée par une opération d'excision pratiquée dans une clinique privée de Suez. Après le drame, la clinique a été fermée et la chirurgienne qui a pratiqué la mortelle opération a été arrêtée, selon les informations diffusées par la presse cairote qui fait état d'une large indignation populaire. L'excision est assimilée à un crime, passible de poursuites pénales en Égypte, depuis 2008, mais sa pratique persiste encore.La survivance d'une tradition qui n'a rien à voir avec l'Islam, mais que les islamistes tolèrent quand ils ne l'encouragent pas, est d'autant plus dramatique qu'elle implique de plus en plus le corps médical. Des médecins égyptiens s'adonnent à l'excision, par conviction ou par vénalité, et selon les statistiques officielles plus de 80% des excisions se font en milieu hospitalier et par des médecins. Quant à l'attitude des parents, elle est encore plus sujette à étonnement, sinon à scandale, puisque la maman de Mayar, infirmière de profession, aurait tenté de cacher la cause du décès. Selon le médecin contrôleur de la région de Suez, la maman qui avait fait exciser le même jour la sœur jumelle de la victime a déclaré que cette dernière avait été opérée d'un kyste sébacé. Or, l'examen du corps de la défunte a montré qu'elle n'avait aucune atteinte de ce genre, alors qu'elle présentait des traces évidentes d'amputation des organes génitaux apparents. Outre les tentatives de la mère des deux adolescentes de le circonvenir, le médecin contrôleur a affirmé avoir subi également d'énormes pressions afin qu'il ne porte pas l'affaire devant la justice.Selon un cadre de la santé égyptien, l'excision se pratique le plus souvent avec des instruments non stérilisés aux normes, même dans les hôpitaux, ce qui provoque des infections graves. Outre les risques d'hémorragies mortelles consécutives à l'opération d'ablation du clitoris et de son pourtour, l'excision laisse aussi de graves séquelles physiologiques et psychologiques. Ceci, d'autant plus que l'opération se déroule alors que les fillettes ou adolescentes subissant l'excision sont éveillées, a-t-il ajouté. Aux dernières nouvelles, la maman imprudente, sans doute victime elle aussi de la même pratique, a été mise sous contrôle judiciaire. Mais sur un cas, comme celui de la petite Mayar, révélé, combien d'autres sont passés sous silence ou simplement enfouis sous des milliers de dossiers, attendant les archéologues ' Dans le cas des mauvais traitements infligés aux Coptes, comme dans celui des excisions criminelles, le poids des traditions religieuses, conjugué à l'inertie des autorités, suffit à maintenir le tombeau scellé. «État moderne» inerte, traditions actives, voire meurtrières, lequel des deux avance, selon vous '
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