
Situé dans la commune d’Aïn Mellouk, à environ 30 km au sud du chef-lieu de la wilaya de Mila, le site archéologique de Kassiria constitue l’un des témoins les plus discrets mais significatifs de l’occupation antique dans les hautes plaines de l’Est algérien. Encore peu valorisé sur le plan touristique, il offre pourtant un éclairage précieux sur la vie rurale durant les périodes romaine et byzantine en Afrique du Nord.
Durant l’Antiquité, la région de Mila correspond à l’ancienne cité de Milev (Milevum), intégrée au puissant ensemble administratif et économique de la Confédération cirtéenne, autour de Cirta (actuelle Constantine). Cette confédération, connue sous le nom de Respublica IV Coloniarum Cirtensium, regroupait plusieurs colonies stratégiques de l’Afrique romaine.
Dans ce contexte, Kassiria apparaît comme un établissement rural structuré, probablement lié au réseau économique de Milev. Contrairement aux grandes cités monumentales comme Timgad ou Tipaza, Kassiria ne présente pas l’urbanisme spectaculaire d’une colonie romaine planifiée. Il s’agirait plutôt d’un centre agricole prospère, peut-être une agglomération secondaire ou un ensemble de domaines (villae) organisés autour de la production oléicole.
L’un des éléments les plus marquants du site réside dans la présence de vestiges d’huileries antiques. Les fouilles et observations de surface ont permis d’identifier :
Des bases de pressoirs.
Des cuves de décantation.
Des éléments en pierre liés au broyage et au pressage des olives.
Ces structures confirment l’importance de la culture de l’olivier dans la région dès l’époque romaine. L’Afrique du Nord était alors l’un des principaux greniers et producteurs d’huile d’olive de l’Empire romain. La production locale alimentait non seulement les marchés régionaux, mais participait également aux circuits commerciaux méditerranéens.
Kassiria s’inscrivait donc dans une économie agricole spécialisée, où l’oléiculture constituait une richesse majeure.
Outre son rôle agricole, Kassiria présente des traces d’architecture défensive : murs d’enceinte, structures fortifiées et réaménagements tardifs. Ces éléments sont caractéristiques de la période byzantine (VIe siècle), marquée par un contexte d’instabilité et de menaces dans les campagnes nord-africaines.
Après la reconquête byzantine sous l’empereur Justinien Ier, de nombreuses installations rurales furent fortifiées afin de protéger les populations et les ressources agricoles. Kassiria semble avoir fait partie de ce système défensif destiné à sécuriser les axes secondaires et les zones productives.
Des inscriptions lapidaires en latin ont été signalées sur le site et dans ses environs. Bien que fragmentaires pour certaines, elles constituent une source essentielle pour comprendre :
Les noms des familles locales.
Les statuts sociaux.
L’organisation des domaines ruraux.
Ces inscriptions témoignent de l’intégration culturelle et administrative de la région dans le monde romain, ainsi que de l’existence d’élites locales romanisées.
Le site de Kassiria illustre parfaitement la superposition des civilisations dans l’Est algérien : substrat numide, organisation romaine, fortifications byzantines. Il représente un maillon essentiel du réseau économique et défensif de l’ancienne Milev.
Aujourd’hui, Kassiria demeure peu aménagé et relativement vulnérable. Comme de nombreux sites secondaires, il subit :
L’érosion naturelle.
L’extension des activités agricoles.
L’absence de signalisation et de mise en valeur structurée.
Pourtant, son potentiel scientifique est considérable. L’étude approfondie de tels sites permet de mieux comprendre la vie rurale antique, souvent éclipsée par les grandes cités monumentales.
Kassiria n’est pas un site spectaculaire au sens monumental du terme. Il est plus précieux encore : il raconte la vie quotidienne, le travail de la terre, la production d’huile, les stratégies de défense et l’adaptation des communautés rurales aux bouleversements politiques.
Dans la wilaya de Mila, il demeure un trésor archéologique discret, dont la préservation et la valorisation pourraient enrichir la connaissance du patrimoine antique algérien et renforcer l’ancrage historique des hautes plaines de l’Est.
Posté par : patrimoinealgerie