Mila - A la une

«Je voulais aborder au présent l'humain et l'Algérie»



Son film «Djamila Fi Zamane El Hirak» (Djamila au temps du Hirak) vient d'être couronné du Prix du meilleur court-métrage à Annaba. Auparavant il a été projeté à Saïda dans le cadre du festival de la littérature et du cinéma féminins,là ou nous l'avons rencontré. Ici,le jeune réalisateur nous dit tout sur son film documentaire et ses coulisses, depuis son désir de faire des films,à sa rencontre avec la valeureuse Djamila..L'Expression: Vous avez réalisé un très beau documentaire qui s'apelle «Djamila au temps du Hirak». Comment vous est venue l'idée de ce film'
Abderrahmane Harrath: Tout d'abord je me présente, je m'appelle Abderrahmane Haarrath, je suis réalisateur. J'ai 27 ans. J'ai en ma possession, un court métrage et un long métrage. Je possède trois diplômes. Un comme infirmier dans la santé publique, le second est une licence en communication. Je suis actuellement le responsable audiovisuel du CHU d'Annaba, j'ai suivi par la suite des ateliers et miniformation en cinéma dont un stage avec Lakhdar Hamina sur son film «Le crépuscule des ombres». «Djamila au temps du Hirak» est mon deuxième court métrage. Je me souviens que j'étais en France, dans le but de poursuivre mes études dans le cinéma, Djazira Documentaire avait fait un appel à candidature dans une certaine compétition internationale. Mes amis sur les réseaux sociaux m'incitaient à participer. Quand je suis rentré au pays, cela avait coïncidé avec l'avènement de la crise sanitaire. Je me suis décidé à faire un film, mais pour moi, il me fallait y insuffler l'identité algérienne et parler du présent. À ce moment là, nous étions en plein Hirak. Le film a été tourné à l'orée de 2020. C'était l'actualité contemporaine de l'Algérie. Je voulais aussi aborder une situation humanitaire. J'étais sur le point de proposer un projet documentaire sur un SDF pour le compte des appels à candidature de l'Institut français d'Alger, je me suis donné environ quinze jours afin de penser au sujet que j'allais traiter. J'ai décidé d'employer le terme «au temps du corona» après avoir découvert, sur facebook, le fameux livre de «l'amour au temps du choléra» et j'ai pensé à Djamila car je la connaissais. J'habite dans le quartier ou traîne justement Djamila. J'habite à Annaba au niveau de la place d'Armes. Je la connais depuis que j'étais enfant. J'ai été la voir et lui ai proposé l'idée. J'étais confiant dans l'idée que mon film allait être accepté dans la compétition officielle internationale d'El Djazira. J'ai essayé de la convaincre en lui faisant remarquer que cette chaîne a plus de deux millions d'abonnés et que son histoire allait être entendue. Elle a refusé. Une demi-heure après, elle est revenue en me demandant s'il elle allait être payée. J'ai répondu que oui.
Comment avez-vous conçu votre film'
J'ai pris une semaine pour construire la structure du film avant de le tourner. La version visionnée ici est destinée au monde arabe et elle dure sept minutes. L'autre version, destinée à l'international fait treize minutes. Je ne peux pas la diffuser chez nous en raison de certaines vulgarités dans le langage que l'on entend dans le film. Mais cela peut passer à l'aise, notamment aux festivals d'Oran, d'Annaba ou le festival du film engagé par exemple. Donc, j'ai revu Djamila quelques jours après. J'ai réalisé quelques interviews avec elle tout en la provoquant pour qu'elle me donne ce dont je voulais comme réponses. D'ailleurs, pour info, j'ai tourné pendant quinze jours. J'ai beaucoup de rushs qui, au final, n'ont pas servi au montage. J'ai appris énormément de choses pendant le tournage.
Vous ne connaissiez pas, vraiment, son histoire auparavant'
Non. Je ne savais pas qu'elle chantait pendant la décennie noire. Une fois, nous étions dehors, à trois heures du matin, je me suis mis à chanter et elle s'est mise à faire pareil. Elle avait une belle voix. Je lui ai fait la remarque. Là, elle s'est mise à me raconter son parcours et son passé de chanteuse...Je lui ai demandé de chanter et je l'ai enregistrée. Puis on est parti dans sa cabane où elle dort, j'ai allumé la caméra et posé un tas de questions en rapport avec cette partie de sa vie que j'ignorai totalement... J'ai envoyé le film à cette époque-là à Said Ould Khelifa qui était commissaire du festival du film méditerranéen d'Annaba. Il l'a vu. Le film lui a plus, mais il m'a proposé de refaire un peu le montage. J'ai écouté ses conseils, refait le montage et j'ai envoyé mon film pour le concours d'El Djaziza et il a fini par être sélectionné dans la compétition internationale, aux côtés de 487 films issus de 30 pays du monde. Avec la Covid, le festival n'a pas eu lieu au Quatar. Il a été décidé de faire 40% «vote» et 60% «jury». Le vote a été lancé et j'ai été sélectionné à la quatrième place. L'histoire de Djamila a été médiatisée encore plus. J'ai été soutenu par pas mal de monde sur les réseaux sociaux et, notamment par les influenceurs. Deux mois après, le résultat final est sorti. J'étais hospitalisé,malade de Covid et là, je reçois un appel en provenance du Qatar, me demandant de rentrer sur le site du festival. À ce moment-là, je découvre mon nom à la première place. J'étais choqué! J'ai mis quatre heures avant de réaliser et poster la nouvelle. À partir de ce moment-là, l'histoire de Djamila a fait un boom! Des associations sont venues la voir. On s'est mis à l'appeler Djamila la star..Ensuite, j'ai obtenu le prix Ali Maâchi, du président de la République, s'ensuivra le Prix du jury au festival d'Alexandrie. J'ai aussi obtenu récemment le Prix du meilleur documentaire, à Constantine...
Quelle est aujourd'hui la situation de Djamila'
Elle a obtenu un logement social, mais en attendant qu'on lui délivre les clés, quelqu'un lui a offert un toit. Elle y est restée environ huit mois. Cependant, ces deux derniers mois, je l'ai revue à nouveau dehors et elle dors parfois dans le quartier, alors qu'elle a une maison..Je lui ai fait la remarque, mais elle se sent comme avec sa famille dans la rue..Elle y rencontre des gens qui la connaissent. Elle se sent entourée. Elle s'est habituée à ce genre de vie dans la rue. Sincèrement, quand on m'a appelé pour venir à Saïda, elle était prête à venir avec moi. Mais cela n'a pas été possible...
Quels sont vos projets maintenant'
Je prépare un long métrage et un court métrage. Le premier abordera les essais nucléaires de Reggane et le second la circoncision chez l'homme.
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