
«Tout va bien, hélas!» Abderrahmane LounèsIl est évident et tout à fait normal que quand on tient une chronique quotidienne, il faut toujours faire des acrobaties avec ses synapses pour explorer l'aride contrée d'une imagination tarie par cet exercice quotidien. Les sujets qui puissent attirer l'attention d'un lecteur plus préoccupé par les préparatifs de l'après-Aïd (c'est une expression qui commence à être usitée à cause du porte-monnaie mis en déroute par un mois d'agapes...) sont nombreux et peuvent être péchés dans une actualité brûlante dans tous les sens du terme... N'étant ni un reportage, ni un récit de fiction ou anecdote amusante, la chronique se propose d'être, non pas une réflexion profonde (ce serait présomptueux!) mais une simple expression d'humeur passagère, un reflet instantané d'une impression qui peut être fugitive ou tenace.Le lecteur peut sourire, froncer le sourcil, se taper sur les cuisses, vriller son doigt contre sa tempe ou froisser le journal d'un air rageur en se disant qu'il aurait mieux fait d'investir ses quinze dinars ailleurs que dans la lecture de banalités ou de généralités qui jonchent les mémoires de nos hommes politiques ou les journaux intimes des midinettes...Comme ce sont toujours les mêmes problèmes et les mêmes situations qui taraudent et indignent le lecteur moyen, un énoncé de gros titres suffirait à renvoyer le lecteur vers les sujets traités depuis le fameux coup d'Etat. Mais le chroniqueur doit faire fi du déjà-dit et du déjà-vu, et doit recommencer à rouler son rocher vers le haut de la montagne.La première qualité d'une chronique est de ne pas plaire à tout le monde. Elle ne doit, avant tout, pas laisser indifférent. Elle devra sans cesse interpeller tout le monde, du correcteur jusqu'au lecteur en passant par le censeur tapi dans un luxueux et confortable bureau climatisé où il passe le plus clair de son temps à faire des études de textes, à cocher les mots douteux, à suivre les chiures des mouches, d'une syntaxe mal maîtrisée et à produire des propos similaires à ceux d'une célèbre émission française, expression passée dans une célèbre publicité: «Celui-là, je l'aurai un jour! je l'aurai!». Tout cela pour illustrer le propos et l'ambiance dans laquelle vit le chroniqueur qui veut attirer l'attention sans s'attirer les foudres de toute une échelle d'intervenants qui pourrissent la vie du plumitif.Cela va du collègue qui vous jette un sarcasme, jusqu'au responsable qui vous convoque et, amicalement, la main sur l'épaule, vous dira: «J'aime bien ce que vous faites, mais évitez tel sujet, car vous ne le maîtrisez pas, et dans le doute, il vaut mieux s'abstenir.» C'est vrai, les sujets sont légion mais ils sont sans cesse rabâchés par les collègues au point qu'on a toujours l'impression d'avoir lu cela quelque part.Tenez, on ne peut pas parler des kidnappings en Kabylie sans qu'on vous jette à la figure le problème du M'zab ou de la sécurisation de la zone qui va de Dar El Beïda à Zéralda... Mon ami Hassan qui est un nationaliste obtus, ne cesse de critiquer mon caractère de râleur. Il me reproche de n'être jamais content des réalisations effectuées à ce jour...Bien sûr que je suis content que l'Aadl et le LPP existent pour résoudre l'insoluble problème du logement, mais dois-je pour autant me taire sur les délais jamais respectés, les promesses non tenues et toutes les situations anormales qui découlent de ce qui devait être une panacée. Dois-je me taire ou fermer les yeux sur les échos qui me parviennent du secteur de la santé' De l'industrie moribonde...Par contre, je ne peux que constater l'amélioration de l'accueil des assurés sociaux dans les services de la Cnas en soulignant, bien sûr, que si les remboursements sont effectués illico, le taux de remboursement, lui, laisse à désirer surtout en ce qui concerne les honoraires des praticiens...Dois-je parler du énième massacre des Palestiniens et de la passivité des institutions chargées de gérer et d'éviter ces tragédies à répétition' Je ne peux parler que des sujets qui fâchent ou dérangent, quant aux choses qui vont bien, il y a assez de place pour ceux qui, depuis 52 ans, ne cessent de seriner que tout va bien dans le meilleur des mondes.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com