
La djellaba en laine, qui était pour les hommes ce qu'étaient le haïk et le voile pour les femmes, est en train de sortir de nos traditions populaires. Jadis, considéré comme le vêtement d'hiver par excellence, il était porté par les grands et petits pendant de longs mois de l'année.Et non seulement il était l'habit le mieux indiqué contre le froid, mais il était chargé d'une grande symbolique aussi ; une symbolique qui englobait tant les référents religieux que les valeurs sociales et humaines. «Celui qui ne portait pas de djellaba en laine était assimilé à un roumi. Et la femme qui ne savait pas travailler sur le métier à tisser était étiquetée comme une incompétente. Le tissage des vêtements était une compétence que les femmes apprenaient tôt», se rappelle encore Aâmi Ahmed, du haut de ses quatre-vingts ans.En effet, héritage ancestral, la djellaba en laine était portée par les moudjahidine dans les maquis en lieu et place de la tenue de combat. Après l'indépendance, c'était le vêtement le plus présent dans les lieux publics. Il remplaçait à lui seul tous les vêtements et linges de corps que pourrait porter un homme. Et pas seulement. «La capuche, très ample d'habitude, servait de panier le jour du marché ; on y mettait toutes ses emplettes.Quand on achetait de la viande par exemple, on la dissimulait sous la djellaba pour ne pas exciter l'envie des voisins.»Faite essentiellement de laine de mouton, la djellaba était confectionnée à la maison par les mères et les grands-mères. «Quand la laine est cardée et filée, le tissage proprement dit d'une djellaba pour adulte ne me prenait jamais plus de dix à douze jours», se rappelle encore Lala Cherifa qui a tissé de nombreuses djellabas sa vie durant.Pour les anciens, la djellaba en laine brune ou ocre était surtout portée par les gens aisés, celle tissée de laine blanche par les personnes ordinaires. «La laine de couleur est plus rare, donc plus chère ; la laine blanche est moins chère compte tenu de sa disponibilité en quantité», nous explique-t-on.Bref, qu'elle soit brune ou blanche, la djellaba représentait, autrefois, la virilité et était porteuse de nombreuses connotations sociales et culturelles. Aujourd'hui, ce vêtement périclite et n'est porté que par de rares nostalgiques. Sa valeur sociale et culturelle n'a plus cours en ces temps de mutations tous azimuts.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel B
Source : www.elwatan.com