Tout le monde attendait beaucoup de cette édition 1970 et personne ne fut déçu, car le football, qui a subi les années noires du béton, allait retrouver ses lettres de noblesse avec de la technique, de l'offensive ainsi que des exploits individuels. Ce fut la juste et remarquable consécration du Brésil et, surtout de Pelé, plus que jamais Roi, qui a pris une éclatante revanche sur le sort qui l'avait accablé quatre ans auparavant en Angleterre, où il a subi le « football à la tronçonneuse » de ses adversaires, incapables de l'arrêter de façon conforme aux lois du jeu. Traumatisé par le traitement subi en Angleterre, Pelé avait pourtant déclaré qu'il n'irait pas au Mexique. Finalement, il s'est ravisé et ce fut tant mieux pour tout le monde, pour lui, pour le Brésil, pour le spectacle et pour le football. La finale face à l'Italie était souhaitée par les puristes, car elle mettait aux prises deux conceptions de jeu totalement opposées. Du côté italien, c'était toujours le regroupement défensif et les contres, alors que le Brésil a misé logiquement sur l'imagination et la finesse technique de ses éléments. Or, il se trouve qu'à cette époque, étaient réunis sous le maillot auriverde des joueurs d'un niveau exceptionnel au niveau de l'attaque avec Pelé, Tostao, Rivelino, Gerson et Jairzinho. Ils étaient si forts qu'un observateur a lâché l'avis suivant : « Le Brésil a joué avec cinq 10 (numéro du maillot), faisant allusion à la vision et au sens du jeu de ces cinq attaquants même si Gerson, un peu en retrait, tirait les ficelles avec une extraordinaire précision. Ce Brésil-là a survolé aussi bien la phase éliminatoire que la phase finale avec un bilan qui laisse rêver : 12 victoires en autant de matches. Pourtant, il y avait un déséquilibre par rapport à l'attaque, il est vrai hors normes. Dans les bois, Felix n'a pas laissé un grand souvenir, pas plus que ses défenseurs, sauf le capitaine Carlos Alberto. Il faut dire qu'avec l'armada de devant, ces derniers n'ont pas cédé comme l'indiquent les statistiques : 0,58 par match.Affaire Bobby Moore
Second pays africain après l'Egypte, le Maroc n'a glané qu'un seul point. Toutefois, les coéquipiers du gardien Allal ont fait bonne figure face à l'Allemagne, future demi-finaliste. Il se trouve qu'en dépit de joueurs au talent avéré tels Faras, Bamous, Houmane et Ghazouani, l'équipe des Lions de l'Atlas ne marquait pas beaucoup de buts, le milieu et sa défense étant ses points forts. Ainsi, le Yougoslave Vidinic, recruté pour la formation des jeunes, a été installé comme entraîneur. Son bilan est plutôt mitigé et, dès le retour, il retourna à son poste, un technicien espagnol, Barianaga, étant son successeur. On rappellera enfin la cabale dont fut victime le capitaine de l'équipe d'Angleterre, Bobby Moore, accusé d'avoir dérobé un bracelet en or dans une bijouterie lors de l'escale à Bogota. Il a été « dénoncé » par une vendeuse et un marchand ambulant. Le joueur est embarqué, auditionné et gardé à vue pendant 14 heures. Il s'est avéré que c'était bel et bien un coup monté pour démoraliser les joueurs anglais. Les deux « témoins » firent des déclarations contradictoires et, après une enquête poussée, les policiers eurent la surprise de découvrir que le « marchand ambulant » était un des principaux personnages de la maffia des émeraudes, bien connu des services de police colombiens. Mais Bobby Moore a eu chaud !
La fiche
Pays participants : 16
Finale : Brésil 4 - Italie 1
Attaque : Brésil 19 buts
Défense : Brésil 7 buts
Buteur : Gerd Muller (RFA) 10 buts
Echos
Cartons
C'est à partir de cette édition qu'ont été instaurés les cartons jaune et rouge. Est-ce un hasard ou l'effet dissuasif ' Toujours est-il que cette Coupe du monde fut spectaculaire dans l'ensemble et le corps arbitral n'a utilisé qu'un seul carton rouge.
Midi
La télévision prenant de plus en plus d'importance dans l'organisation du football, quelques rencontres se sont déroulées à midi, en pleine chaleur, suscitant la colère des joueurs et des entraîneurs. Pour les calmer, comme « compensation », la FIFA a autorisé deux remplacements.
Double
Le stade Azteca de Mexico construit pour cette Coupe du monde est un joyau avec ses 110.000 places assises et confortables.
Son architecture a soulevé l'enthousiasme général. Un journal français a trouvé que le stade Azteca ressemblait au Parc des Princes de Paris, la différence étant que sa contenance est double.
Chahut
Pour des raisons évidentes, les supporters du Brésil se sont regroupés sous les fenêtres de l'hôtel hébergeant l'équipe d'Angleterre, en chantant toute la nuit afin de troubler le sommeil des joueurs. Des fans mexicains sont même venus leur prêter main-forte en se solidarisant avec eux. Cette « opération » s'est répétée à plusieurs reprises.
Havelange
Président de la FIFA, le Brésilien Joao Havelange, superstitieux comme ses compatriotes, n'en menait pas large avant le coup d'envoi. Il a dit texto : « J'étais absent en Suède et au Chili, le Brésil fut champion du monde. J'étais présent en Angleterre, nos joueurs ont été éliminés ». Ses craintes n'étaient pas fondées et le Brésil fut couronné pour la troisième fois de son histoire.
Buts
C'est un exploit « à l'italienne » qu'a réussi l'équipe de la Squadra Azura. En effet, elle s'est classée première du groupe 2 avec un seul but marqué, et encore à la suite d'une bévue du gardien suédois Hellstrôm. Ce succès a poussé le coach italien à ne pas faire jouer ensemble Rivera et Mazzola, prétendant que ces joueurs avaient des styles incompatibles. Quant à l'attaquant Gigi Riva du champion d'Italie Cagliari, il a affiché des prétentions excessives, en déclarant qu'il est venu pour battre le record de Just Fontaine (13). Il a dû se contenter de trois buts.
Geste
Peu avant le coup d'envoi de la Coupe du monde, un séisme a fait des milliers de victimes au Pérou. Alors, les joueurs péruviens ont décidé d'offrir leurs primes aux sinistrés. Un beau geste qui les honore. Comble de malchance, en leur absence, leurs chambres ont reçu des « visiteurs » qui ont tout raflé et même éventré les matelas pour s'assurer que rien n'y était dissimulé.
Ossatures
L'équipe d'Italie était composée par deux ossatures. Il y avait cinq joueurs de l'Inter Milan et cinq de Cagliari, champion en exercice. Deux autres capés, Rivera (Milan AC) et De Sisti (Fiorentina), ont fait partie de cette équipe solide en défense mais parcimonieuse en attaque. Elle fut punie en finale par le Brésil.
Parade du siècle
Après tant d'années, tous ceux qui ont vu le match Brésil-Angleterre en parlent encore. Le gardien anglais Gordon Bank, à la suite d'une puissante reprise de la tête de Pelé, tout le monde voyait le ballon au fond des filets. Mais non, à la suite d'une parade inouïe, Bank a dévié le cuir. C'était la parade du siècle. Même Pelé n'en croyait pas ses yeux et l'évoque toujours lors de ses entretiens avec les journalistes.
Suffisance
Avant le match de quarts de finale RFA-Angleterre, l'entraîneur anglais, Alf Ramsey, a fait preuve d'une suffisance qu'il regrettera par la suite. Avant le coup d'envoi, il a fait la déclaration suivante : « Pourquoi l'Allemagne nous battrait-elle à Léon puisqu'elle ne l'a pas fait sur le terrain en 69 ans, ni en trois guerres que se sont livrées nos deux pays ' Battu 3 à 2, le coach anglais avait perdu une bonne occasion de se taire.
Clavicule
Blessé à la clavicule, l'Allemand Beckenbauer, le bras en écharpe, a joué tout le match, car les deux remplacements autorisés avaient été déjà effectués.
Tout le monde a loué le courage de celui qui allait devenir « l'empereur Frantz » et qui a donné ses lettres de noblesse au poste de libéro.
Triple
Le Belge Raymond Goethals, qui a entraîné, entre autres, l'O. Marseille durant de nombreuses saisons, avait en charge l'équipe nationale belge qui fut éliminée dès le premier tour, se classant troisième derrière le Mexique et l'URSS. Après la défaite amère face au Mexique, il a déclaré : « Je suis dégoûté par l'arbitrage, dégoûté par l'attitude du public et dégoûté par la prestation de mes joueurs ».
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Adjal Lahouari
Source : www.lequotidien-oran.com