Mila - A la une

Hommage à l'artiste Djamila



La 11e édition du festival local de la culture et de la chanson kabyles s'est ouverte jeudi après-midi au Théâtre régional de Béjaïa par un hommage en musique à feu Djamila, ravie à la vie en octobre dernier après une carrière flamboyante, durant laquelle elle a alterné talents d'auteure, interprète, et comédienne, et même d'animatrice radio.Les témoignages rapportés par ses pairs, qui ont narré autant ses aptitudes et ses goûts mais que sa générosité et sa profondeur d'âme, ont ému à plus d'un titre, d'autant que l'artiste a connu de grandes épreuves dans son existence, notamment un mariage précoce, un divorce, une vie sans enfants, l'exil... «J'ai les larmes aux yeux», raconte, ostensiblement bouleversée, la chanteuse Malika Domrane, venue expressément de France pour honorer sa mémoire et dérouler, certes, sa vie de femme mais surtout sa vie d'artiste, ses passions, sa ténacité et son audace.
Djamila, en pratiquant son art en tant qu'auteure et interprète, dès les années 1930, n'en a pas laissé un patrimoine et un héritage mais a ouvert la voie à d'autres artistes féminines, venues lui emboîter le pas et prendre exemple sur sa démarche artistique à un moment où la pratique de la musique n'était pas tolérée, y compris pour les hommes. Mais Djamila a «dépassé sa condition et brisé des tabous en faisant montre d'un talent insolent», a expliqué Malika Domrane, déplorant qu'elle soit partie, certes avec la reconnaissance, mais dans un quasi- dénuement et obligée sur le plan matériel de prendre précocement sa retraite.
La relayant au micro, l'Djida Tamejtouht, une autre voix sublime de la chanson kabyle, issue de la génération d'après, n'en pense pas moins, expliquant l'impact du passage de l'artiste disparue à la radio dans l'émission «Thamaghra el khalath» (fête de femmes), contribuant à l'éclosion d'une myriade de voix féminines, quelques-unes s'étant faite un nom et une réputation, l'essentiel néanmoins s'étant contenté d'animer dans leur localité ou leur région les fêtes de mariage ou de circoncision.
Na l'Djida n'a pas eu l'occasion de rebondir sur son parcours de comédienne soulignant notamment sa participation au film de Lakhdar Hamina, Chronique des années de braise. Mais la chanson, dira-t-elle, est restée sa grande passion. Certains titres restent toujours d'actualité et sont d'un grand succès à l'instar de Wallagh ifaroudjène (j'ai vu des étoiles), chantée en hommage au club de football de la JSK, Arnouyas amane a khali ou encore Yfrari ouas (le soleil s'est levée).
Pour illustrer la puissance de sa voix et de ses textes, na l'Djida a dû gratifier le public d'une merveilleuse reprise de Djamila, A sidi l'wali, chantée a capella sous forme d'achawik (chanson mélancolique) et qui n'a pas manqué d'ajouter à cette séance inaugurale une poigne d'émotion.
En fait, trois heures durant, l'hommage a été rythmé par cette indicible émotion. Outre les témoignages, tout le plateau concocté à l'occasion a été une dédicace à la mémoire de cette grande dame et une reconnaissance de son talent. Ainsi, tour à tour, les nouvelles étoiles montantes de la chanson kabyle, notamment Rahima Khalfaoui, Drifa, Mounia Aït Meddour, se sont relayées pour interpréter des morceaux de son immense répertoire, laissant la vedette cependant à Nadia Rayhan et na l'Djida qui ont fait des tours de chant d'une dizaine de chansons. Après cette entrée en la matière et le lever de rideau du festival, place, en soirée, à un récital en compagnie des chanteuses Cylia, Mounia Aït Meddour et l'orchestre féminin du conservatoire de la ville de Béjaïa.
Avant la séance inaugurale, des troupes de chants et de danses folkloriques ont animé les alentours du siège du théâtre, attirant un public venu en force.
Etalé sur cinq jours, le festival, qualifiant au prochain Festival national de la chanson amazighe de Tamanrasset, va réunir 38 artistes femmes sur un ensemble de 46 participants répartis sur six plateaux.
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