Dans un désordre national de plus en plus assumé et érigé en mode de gestion de la société, tous les dépassements sont permis. Et comme le ridicule ne tue pas, on a réussi, en l'espace d'un week-end, à créer une zizanie que les bruits des bottes n'ont pas réussi à semer. Le plus grave est ailleurs. On a réussi, pendant quelques jours, à faire passer, presque sous silence, deux évènements, dont la résonance est certes locale, mais à la symbolique beaucoup plus importante qu'une simple rumeur de jeunes amuseurs sur un réseau social : on veut fermer, à la Madrague, puis à Tichy, ce qui constitue encore les derniers temples de liberté dans ce pays.La Madrague d'abord. Voilà depuis plus d'une semaine que le joli quartier touristique, rebaptisé El-Djamila, occupe les devants de la scène médiatique. Un incident ayant opposé des «vendeurs d'alcool» à des jeunes du quartier a malheureusement coûté la vie à un jeune de la localité. Toute mort est regrettable. Mais les faits qui ont suivi sont trop graves pour être passés sous silence. Surtout que cet incident est devenu une raison pour certains intégristes pour diffuser des slogans aussi rétrogrades que «l'arrêt de la vente d'alcool à la Madrague». Libre à chacun de boire ou pas. Mais de tels comportements, aidés par des fonctionnaires de l'Etat, sont de nature non seulement à dresser une partie de la population contre une autre, mais ils peuvent pourrir une situation déjà peu tenable sur le plan sécuritaire et social. Ce qui est dramatique dans tout cela est que des vendeurs «clandestins» exercent leur «métier» au vu et au su de tout le monde. Dans une quiétude presque insolente.Que reproche-t-on à ses gens qui travaillent dans la légalité ' Rien. Et dans le cas contraire, pourquoi n'intervient-on pas pour interpeller ceux qui sont censés enfreindre la loi ' Ces questions sont très sérieuses pour avoir des réponses claires. On préfère, dans ce genre d'affaires, la fuite en avant et la démagogie au lieu d'apporter de vraies solutions.C'est à peu près la même chose à Tichy, la belle cité balnéaire située à Béjaïa. Là encore, pour calmer les esprits, le wali a décidé de fermer «les boîtes de nuit». La décision est à saluer si cela entre dans le cadre de la mission du rétablissement de l'ordre public. Oui, il faut fermer les établissements qui ne respectent pas la loi. Oui, il faut interpeller les personnes qui ne respectent pas la population. Mais cela doit être valable en tout ; du simple vendeur de jus périmés sur le trottoir jusqu'au receveur de bus qui profère des insultes devant des familles médusées.Les deux cas ont donc un point commun. Pour diverses raisons, dont une islamisation rampante de la société, on rétrécit de plus en plus les rares lieux de liberté encore ouverts. Avant, on justifiait cela par une honteuse histoire de «documents». Maintenant, les objectifs ne sont même pas dissimulés.Une énorme hypocrisie s'est emparée de pans entiers de la population. Comment peut-on se permettre de faire la morale quand des psychotropes se vendent sur la place publique ' Comment interpelle-t-on une jeune fille dans la rue au seul motif qu'elle porte une jupe quand les vols à la tire s'opèrent au grand jour' Pourquoi devient-on si intolérants alors que nous nous offusquons de rejet des autres à notre égard' La question qui mérite de clore ce propos est celle de savoir pourquoi les services de l'Etat sont devenus eux-mêmes inquisiteurs et se permettent d'interdire ce que le droit autorise. C'est celle-là la mère des problèmes.
A. B.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Boukhlef
Source : www.latribune-online.com