Dans une conférence animée hier à l'université de Béjaïa, l'écrivain et photographe,Armand Vial, est revenu sur le parcours de l'ethnologue et l'importance de ces centres.Armand Vial était l'invité, hier, du Collectif des enseignants et des ATS de l'université de Béjaïa, qui organise des portes ouvertes sur la révolution en marche. Le conférencier, né à Constantine et vivant depuis huit ans en Algérie, plus précisément à Béjaïa, a intitulé sa communication : "Germaine Tillion et les centres sociaux en Algérie." Mais le public n'était pas au rendez-vous de cette conférence tenue à l'auditorium de Targa Ouzemour.
Après avoir rappelé, brièvement s'entend, la vie et l'?uvre de l'ethnologue et résistante Germaine Tillion, qui a mené de 1935 à février 1937, sa recherche dans la tribu semi-nomade des Ath-Abderrahman dont elle partage la vie et suit les déplacements avec une interruption de fin octobre 1935 à mi-février 1936. Un travail, qui lui a été demandé par un centre de recherche américain. Et depuis février 1937 à 1940, Germaine Tillion retourne à Paris. Elle y fréquentera les cours de Marcel Mauss, considéré comme le père de l'ethnologie moderne, et de Jean Marx, puis de Louis Massignon. Elle perfectionne sa connaissance de la langue berbère à l'Ecole des langues orientales avec Emile Destaing. C'est à Paris qu'elle fera la connaissance de Jacques Soustelle, ethnologue de formation et homme politique. "Il sera dans les services spéciaux et créera les services d'administrations spéciales (SAS), qui sont des appendices de l'armée." Germaine Tillion, qui l'avait connu en tant qu'"intellectuel pacifiste d'avant-guerre", le retrouvera à Alger, après un second séjour académique d'un mois pour le compte du CNRS. C'est lors de cette rencontre qu'elle soumettra au Gouverneur spécial de l'Algérie d'alors, l'idée des centres spéciaux éducatifs. Car après son retour dans les Aurès, elle avait constaté, avec regret, que la situation sociale des habitants s'était dégradée de manière inquiétante. Ce qui avait provoqué un exode rural, qui s'est poursuivi après l'indépendance, déplorera le conférencier, ainsi que la formation de bidonvilles autour des grands centres urbains. "On ignore s'il l'avait fait par calcul, avec une arrière-pensée. L'essentiel, c'est qu'il a accepté cette proposition de Germaine Tillion."
Pour Germaine Tillion, créer ces centres sociaux éducatifs, c'était apporter un minimum d'éducation, à travers des cours d'alphabétisation aux enfants et aux adultes, des formations professionnelles pour les plus jeunes (maçonnerie, plomberie, mécanique, etc.) et des actions dans le domaine de la santé. Selon Armand Vial, 80% du personnel de ces centres sociaux étaient des Algériens ; "le reste, ce sont des Français de tous horizons". Parmi eux, un grand nombre d'instituteurs, d'enseignants de la formation professionnelle et d'infirmiers. Occasion pour lui de rappeler avec insistance que le défunt Mouloud Feraoun était inspecteur dans ces centres sociaux. Et il estime que l'on ne parle quasiment jamais de cette autre vie de l'auteur du Fils du pauvre. Il a expliqué, en outre, qu'en dépit de la guerre de libération, ces centres sociaux étaient plutôt épargnés bien qu'ils aient été la cible aussi bien de l'OAS, qui a plastiqué certains d'entre eux, que de l'ALN, à travers des écrits sur des tableaux, en témoigne un négatif, pris par le père du conférencier, qui était directeur de l'un des centres sociaux ainsi que sa mère. D'où son coup de gueule à la fin de son intervention en raison du sort réservé à ces centres sociaux à l'Indépendance.
"C'étaient des butins de guerre. Ils ont été rayés de la carte par Abdelaziz Bouteflika, qui était alors ministre de la Jeunesse et des Sports. Pour quelle raison idéologique, a-t-on détruit ces centres sociaux '" Le 4 juillet de cette année 1955, Germaine Tillion rencontre les résistants de la capitale, tels que Yacef Saadi, Ali La Pointe, Zohra Drif et Djamila Bouhired. Elle a même sauvé la tête de certains d'entre eux, a affirmé Armand Vial après avoir dit à Yacef Saadi : "La seule chose à faire est la discussion, la négociation."
M. Ouyougoute
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : OUYOUGOUTE Moussa
Source : www.liberte-algerie.com