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Fronton : le paradoxe de l'entonnoir Arts et lettres : les autres articles



Fronton : le paradoxe de l'entonnoir Arts et lettres : les autres articles
Cela fait vraiment de la peine de voir des films algériens être honorés dans les compétitions internationales. Oui, de la peine. Car, bardés de distinctions prestigieuses, ils n'auront pas la chance d'être vus par ceux pour lesquels ils sont censés avoir été réalisés. Ou alors si peu. Et, plus ils ont de succès et plus la peine est grande.
Tenez, Yema de Djamila Sahraoui, a déjà été sélectionné dans une quarantaine de festivals internationaux sur tous les continents, à l'exception de l'Océanie. Il a déjà glané une dizaine de prix sans achever son tour du monde. Combien de fois est-il passé dans son propre pays ' Sans doute moins qu'ailleurs. Combien d'Algériens l'ont vu ' Moins que les autres. La question vaudrait pour le beau Garagouz d'Abdenour Zahzah qui a fait une razzia de prix internationaux mais n'a été vu que de manière confidentielle ici.
Tombant récemment sur une enquête que j'avais réalisée au début des années 80 à Algérie-Actualité, j'ai constaté qu'on pourrait la resservir aujourd'hui en la passant simplement au micro-ondes. Elle s'intitulait : «Salles de cinéma : le coma». La terrible question de la distribution se pose toujours, et ce, en dépit d'efforts remarqués, mais non remarquables, car la population, la jeunesse et les besoins se sont considérablement accrus. Aussi, chaque prix obtenu par un film algérien à l'étranger vient creuser la plaie.
Vous me direz que cette douleur-là de voir des 'uvres algériennes n'être justement pas vues, concerne d'autres disciplines. Les écrivains se plaignent de n'être pas assez lus, les gens de théâtre de ne pas se produire suffisamment, les musiciens autant, etc. L'activité culturelle ressemble de plus en plus à un entonnoir pris dans un paradoxe géométrique. Plus le cône s'élargit et plus le tube devient étroit sans changer de diamètre ou de longueur. Ces dix dernières années ' et personne ne saurait le nier ' la vie culturelle s'est considérablement accrue et diversifiée.
Le désir de créer et de montrer ce que l'on a créé s'est trouvé naturellement encouragé chez les artistes, tandis qu'apparaissent de nouvelles générations de créateurs qui piaffent d'impatience. Cette indéniable avancée, c'est le cône. Mais le tube, lui ' soit les espaces, les lieux, réseaux et autres supports d'accueil et de diffusion ' ne s'élargit qu'à un rythme trop lent pour le débit suscité par un tel regain.
Il existe un ambitieux programme d'équipements culturels. Mais utilise-t-on toutes les possibilités alternatives ' Celles des chapiteaux itinérants, des places publiques et de l'art urbain, des salles de spectacle disponibles dans certains lycées ou entreprises ' avec entrées indépendantes ', de la récupération des centres ou espaces culturels occupés par des institutions, de la réhabilitation de friches industrielles, etc. ' Jamais on n'arrivera au bout de la demande sans aller chercher d'autres tubes à ce problématique entonnoir. La distribution et la diffusion sont les nouvelles batailles !
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