
«On est toujours le folklore de quelqu'un d'autre.» Michel TremblayLe climat d'intolérance et les conflits sanglants qu' a connus l'Europe sont un cadeau pour l'Amérique. Ce sont d'abord les réfugiés puis les investisseurs de toutes sortes qui ont impulsé à ce pays le dynamisme qu'on lui connaît. Et c'est en regardant la prolifique production audio-visuelle que diffusent toutes les chaînes du monde entier, qu'on comprend que le gendarme du monde a su imposer son modèle non seulement manu miltari, mais aussi par le fait qu'il a su intégrer dans sa propre culture tous les éléments appartenant aux groupes immigrants après les avoir assimilés. Et si cette civilisation s'est construite sur un génocide, beaucoup d'éléments appartenant aux indigènes amérindiens finissent par affleurer dans les produits artistiques américains. Ce sont évidemment les cinéastes d'origine anglo-saxonne qui formeront le gros du bataillon des cinéastes émigrés, puis viennent les immigrés de culture germanique fuyant la terreur nazie et ensuite les cinéastes de culture latine qui s'adapteront ou se dissoudront dans le grand magma de la production hollywoodienne. Si Charlie Chaplin, Billy Wilder, Jules Dassin, Fritz Lang, Jacques Tourneur, Hitchcock et Renoir termineront comme des cinéastes américains qui ont adopté les thèmes et les modèles du cinéma américain, d'autres comme René Clair garderont leur personnalité. Cette traversée de l'Atlantique qui va produire un homme nouveau, sauf ses racines, est admirablement illustrée par le chef-d'oeuvre de René Clair, Fantôme à vendre (1935), diffusé dernièrement par Ciné-Classics, lequel est une admirable parabole. Le scénario est fort simple et astucieux à plusieurs égards: Donald, descendant ruiné d'une noble famille, parvient à vendre le château écossais de Maretin à un négociant américain. C'est en pièces détachées que le bâtiment est transporté en Floride. Petit hic: le château en question est hanté par le fantôme d'un ancêtre de Donald, Murdoch et ce dernier font le voyage en même temps que les pierres. Les luttes claniques opposant jadis les Ecossais entre eux forment la trame de ce scénario. Parce qu'il courtisait une jolie bergère au lieu de livrer bataille au clan ennemi, la famille MacLaggan, Murdoch Glourie est condamné le jour de sa mort à errer dans le château familial. Deux cents ans plus tard, le dernier descendant des Glourie, Donald, vend le château à un extravagant milliardaire américain qui le fait transporter pierre par pierre en Californie. Murdoch le fantôme, suit le transport et se fait passer pour Donald auprès de la jolie Peggy, fille du milliardaire. À partir de là, deux intrigues se croisent, avec des quiproquos résultant de la ressemblance entre Donald et Murdoch le fantôme... Cela n'est pas sans rappeler la magnifique comédie musicale réalisée par l'illustre Vincente Minelli, Brigadoon (1954) où vont s'illustrer deux immortels acteurs de comédies musicales: Gene Kelly et Cyd Charisse. À Brigadoon, en Ecosse, deux Américains découvrent un village, frappé d'une malédiction (un «miracle», pour ses habitants) qui le fait n'exister qu'un jour par siècle. Les habitants du village vivent donc au milieu du XVIIIe siècle. L'un des deux voyageurs, Tommy (Gene Kelly), s'éprend d'une jeune habitante de ce village, Fiona (Cyd Charisse). Celle-ci ne peut quitter le village pour l'accompagner à New-York où il vit: si un seul habitant du village s'éloigne, Brigadoon restera à jamais dans les ténèbres. De retour à New York, Tommy se rend compte que Brigadoon lui manque; il repart aussitôt. Sur place, le village a disparu. Un miracle a lieu: Brigadoon émerge des brumes. Tommy retrouve Fiona et partagera le destin des habitants de Brigadoon. Tout le film baignera dans un merveilleux folklore écossais. Ce thème, de village maudit, aura tant de succès qu'il sera adapté dans bien de séries fantastiques.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amira SOLTANE
Source : www.lexpressiondz.com