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Fin de la dualité '



Fin de la dualité '
Longtemps, la société algérienne fut d'essence paysanne, vivant pour l'essentiel d'agriculture vivrière dans les plaines et montagnes et d'activités pastorales dans les steppes. Dans la psychologie collective, la campagne était perçue comme un territoire de la pureté, où règne la moralité, et la ville univers assimilé à de la perdition au même titre que l'émigration. L'ancrage de la majorité des Algériens à la terre était fort et explique largement cette dualité. Le répertoire musical des artistes algériens, jusqu'au début des années 80, était composé de chansons apitoyantes sur le sort de l'émigré loin de son pays natal. L'exact contraire de ce qui allait advenir, une dizaine d'années plus tard, la chronique amère des amours espérées ou avortées avec les étrangères ou du désir d'un ailleurs fantasmé. L'histoire livre la clé d'une telle posture. Peu d'Algériens vivaient alors dans les grandes cités urbaines où la population autochtone était cantonnée dans les Casbahs, « les villages nègres », pour reprendre une expression usitée dans l'Oranie. Dans l'histoire mouvementée du pays, la paysannerie fut le fer de lance des mouvements de revendication politique et sociale, notamment durant l'occupation coloniale. Celui qui fut considéré comme l'un des théoriciens de la révolution algérienne, Frantz Fanon, attribue à celle-ci un rôle prépondérant dans les processus de décolonisation. « Il est clair que, dans les pays coloniaux, seule la paysannerie est révolutionnaire. Elle n'a rien à perdre et tout à gagner. Le paysan, le déclassé, l'affamé est l'exploité qui découvre le plus vite que la violence, seule, paie », écrit-il dans « Les damnés de la terre », livre paru à la veille de l'indépendance. Il suffit de revoir quelques films algériens des années 70 pour découvrir l'ampleur et les conséquences désastreuses de la dépossession des paysans. Les méfaits de l'exode rural, traités sur le ton de la dérision, à travers, entre autres, le personnage facétieux de Boubegra, et tantôt sur celui de la gravité, étaient un des grands thèmes qui a structuré la vie politique et culturelle dans l'Algérie post-indépendance.Le prix de la modernisationSommes-nous en train de voir émerger une autre société dont les codes et les espérances seraient différents ' L'Algérie n'obéit, en fait, qu'à une sorte de loi universelle. Sous l'effet de l'évolution, le nombre de citadins dépasse presque partout celui des ruraux. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 1966, le taux de la population urbaine en Algérie était de 31,43 %. En 2008, il atteint 65,94 %. Plus d'un Algérien sur 10 habite désormais une ville ancienne, ou dans celles qui, de simples douars, à la faveur de promotion administrative, lancement et multiplication de projets d'équipements publics, ont surgi aux quatre coins du pays. Cette mutation charrie le bon et le mauvais. Elle est source de déchirements, de doutes décrits par Rachid Mimouni dans « L'honneur de la tribu ». Le village Zitouna est le symbole de ce tiraillement entre tradition et modernité, « le véritable enjeu », écrit Redha Malek, qui a conceptualisé beaucoup de textes doctrinaires du mouvement national. La modernisation de la société algérienne a, sans doute, un prix. Sans le démantèlement des structures tribales, de l'allégement des pesanteurs collectives qui empêchent l'émergence des individualités, il est difficile de concevoir un système démocratique. L'un de ses pivots est l'autonomie et la liberté de pensée des individus. L'envers de la médaille révèle la perte de pans entiers de l'artisanat algérien, du patrimoine immatériel. La dépréciation du travail de la terre est un des aspects les plus visibles de cette mutation. Le ministre de l'Agriculture n'avait pas écarté, récemment, le recours à la main-d'?uvre étrangère. Il est un fait avéré. L'investissement et le retour de certains diplômés vers le domaine agricole se heurtent au dédain par les jeunes des travaux agricoles. Pour certains, c'est une conséquence de l'amélioration des conditions de vie dans les campagnes. Les niveaux d'exigence des jeunes sont montés d'un cran et leurs attentes sont quasi similaires à celles des jeunes de la ville. La dualité ville-campagne, si elle n'est plus aussi vive et tranchante, a pris d'autres visages.


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