Mila - Revue de Presse

Extraits



Mohamed Harbi, historien spécialiste de l?Algérie  « (...) Les élites politiques reçoivent normalement les impulsions d?en bas, or là nous assistons, et depuis le début, à un phénomène descendant et à un phénomène de stérilisation politique des capacités de la société. L?envers de la personnalisation des relations politiques, c?est l?échec de l?institutionnalisation et l?inaboutissement du processus d?étatisation car on est tout le temps confronté à des forces centrifuges qui paralysent l?Etat et rendent son autorité sur la société extrêmement fragile. Aussi, nous constatons l?absence de la transparence dans la sélection des élites : on ne sait pas où s?opère exactement cette sélection et à partir de quels critères. Et là, on peut deviner que dans la mesure où il y a une privatisation de l?Etat, c?est celui qui règle la marche de l?Etat qui est l?acteur de la sélection et s?il ne l?est pas directement, il l?est par délégation.  (...) Depuis 1988, la continuité des forces et des acteurs politiques l?emporte largement sur les renouvellement ou le bouleversement des conceptions du Pouvoir. Le mode d?exercice de la domination demeure la coercition, l?autoritarisme, la privatisation de l?Etat et l?absence de séparation entre le public et le privé (...) ».  « En conclusion, je reprendrai quelques mots de mon ami Yadh Ben Achour sur l?esprit civique dans le monde arabe : on a une conception de l?autorité politique qui dérive de l?autorité patriarcale ; une conception intégriste des rapports entre la communauté de l?Etat et l?individu, un refus du conflit comme manière de réguler la vie politique. En définitive, un esprit manichéen qui divise le monde des valeurs en deux moitiés : celle de la vérité (el haq) et l?erreur (el batel), du bien et du mal, de la justice et de l?injustice et ne conçoit pas le monde comme il est : un ensemble de vérités et de plusieurs erreurs qui cohabitent dans notre composante majoritaire qu?il s?agisse de la rue, de l?école, de la presse. Et c?est cet esprit qui prévaut. » Nacer Djabi, sociologue, chercheur au Cread  « (...) Nous sommes en présence d?une élite politique ordinaire, en phase avec ses origines sociales. Elle est le produit de transformations et mouvements qui ont traversé la société algérienne depuis les années 1920/1930. Les élites politiques ne débordent pas le cadre normatif et sont assimilables, sur plusieurs aspects, aux élites d?autres pays, comme la Tunisie, le Maroc ou l?Egypte, alors que ceux-ci sont beaucoup moins bouleversés par les transformations sociales. »  « (...) L?élite politique est essentiellement représentée par les catégories sociales aisées, possédant (grands et moyens propriétaires) un haut niveau d?instruction. Les couches populaires sont, par contre, très très faiblement représentées (...) »  « On a observé dans de nombreux cas que les personnalités politiques préfèrent briguer des mandats électifs dans la province ou le douar d?origine, plutôt que les grandes villes. Cela dénote du rapport d?inimitié que l?élite politique entretient avec son environnement. »  « (...) La trajectoire que prennent certains ex-ministres et d?anciens chefs du gouvernement, ces dix dernières années, introduit une nouvelle donne dans la pratique politique en Algérie. La période post-gouvernement est pour beaucoup d?entre eux synonyme de rupture avec la fonction. Cela peut s?interpréter également comme une tentative d?innovation, d?affranchissement (...). »  « Pour l?élite politique, la difficulté est d?arriver à imposer sa logique normative à un régime politique réputé anormal. »
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