Dans certains centres d'examen, des candidats au bac ont, d'une certaine manière, réclamé un «droit» qui est en train de faire florès. Pour un prétexte discutable, à la lecture des sujets de deux épreuves, leur sang n'a fait qu'un tour. Voies de fait contre les surveillants tétanisés devant des grands gaillards de 18-20 ans, saccage du mobilier des salles d'examen et, pour finir, grande opération de «copiage» collectif pour, quel que soit le prix à payer, réussir à arracher ou plutôt obtenir «à l'arraché» un diplôme tellement dévalorisé que, contrairement aux années 1960-1970-1980, il n'est plus reconnu par aucune université européenne.
Ce genre d'incident, pour être compris, ne peut être ramené au seul cadre disciplinaire. Un clou (forcément rouillé) en poussant un autre, les lycéens transformés le temps d'une épreuve en voleurs n'ont fait que suivre l'exemple d'aînés qui n'arrêtent pas de défrayer la chronique. Dans leurs quartiers, ils n'entendent parler que de piston, de passe-droits et de ruée sur les biens et propriétés publics. Quand ils jettent un coup d''il sur la presse, il n'est question que de détournements par centaines de millions de dollars de deniers publics, de corruption et de commissions pharamineuses sur les contrats énergétiques et autres, sans parler des signes extérieurs de richesse et biens mal acquis ostensiblement affichés. Et oui, à chaque temps ses m'urs et ses exemples à suivre. Les lycéens et étudiants de 1956, estimant qu'ils ne feraient pas «de meilleurs cadavres avec des diplômes en plus», ont répondu à l'appel du FLN à rejoindre ses rangs, ignorant les perspectives prometteuses que leur ouvrait la «promotion Lacoste».
L'anomie, cette absence de règles sociales ou leur mépris, quand elles existent, prend de plus en plus la place d'un Etat qui, à coup de renoncements successifs, n'a souvent pas d'autres réponses à apporter que celles, éphémères, du populisme de la rente pétrolière. Alors, dans ces conditions, comment un jeune homme, fut-il de bonne famille, acceptera de ne compter que sur son mérite pour se faire sa place au soleil ' Dans son esprit, l'acte de tricher au bac est tout au plus une entorse vénielle aux usages et aux règlements. Il ne revêt en aucun cas le caractère grave d'une forfaiture morale qui «tue de honte» et désigne à l'opprobre de la société. La preuve qu'il aura raison de se défausser sur l'incurie, la curée et la ruée qui ont pourri le tissu social : le ministère de l'Education nationale et son Office des examens et concours ont tout fait pour minimiser les incidents au lieu de réagir rapidement par l'exemplarité de la sanction. Le leitmotiv est : «Pas de vagues, surtout pas de vagues.» Autrement dit, la règle du jeu est celle du pousse-ballon, toute de tranquillité levantine, et rien ne saurait justifier qu'on y déroge.
Cette règle, les médecins praticiens de la santé publique l'ont parfaitement assimilée. Après un cycle chronique de grèves à répétition de cinq semaines, ils ont fait plier leur ministère de tutelle qui, enfin, a accepté de dialoguer avec leurs représentants syndicaux. Il n'y a pas que les grévistes qui savaient qu'ils allaient obtenir gain de cause. Gageons que les augmentations de salaires seront substantielles et à la hauteur de la nuisance corporatiste. Cinq semaines de grèves qui ont gravement pénalisé les patients et même provoqué, paraît-il, la mort de malades, vont passer au simple bilan des pertes et profits de l'Etat, sans que les responsabilités ne soient situées et encore moins suivies de sanctions, y compris et surtout du côté de la tutelle. Si les grévistes avaient tort, il fallait recourir à la réquisition comme le prévoit la loi, s'ils avaient raison, ceux qui ont refusé de satisfaire leurs revendications devront normalement rendre des comptes. Mais à qui, diriez-vous ' That is the question' la grande Question avec un q majuscule.
A. S.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Samil
Source : www.latribune-online.com