Mila - A la une

Entretien avec Me Khaled Bourayou à propos du procès de Nessma TV



Liberté : Vous venez de prendre part à la défense du procès de Nabil Karoui, le patron de Nessma TV, quelle appréciation en faites-vous '
Me Khaled Bourayou : C'est un non-procès ! Mais il vient tout de même d'avoir lieu !
Vous savez,dans les délits de presse, l'intention coupable est un élément important. Il n'y a pas d'intention coupable dès lors que le film a eu un visa cinématographique qui lui permet d'être diffusé en toute licéité. Le visa de la commission prévu par l'article 6 de la loi 115 permet de dire que les questions d'ordre public demeurent, donc comment on peut le poursuivre sur une base juridique qui est valable.
S'il n'y avait pas cette décision on aurait pu considérer qu'il y avait une mauvaise intention, mais dès qu'il y a l'avis de la commission du ministère de la Culture, il peut être exploité en toute légalité.
Ceci d'un point de vue juridique, mais ce procès ne cache-t-il pas un côté politique qui pèse de tout son poids dans cette affaire '
Moi je crois que le mouvement Ennahda a exploité ce procès pour engager un débat sur la charia dans la rue.
Parce qu'il n'a pas pu le faire avant pour des raisons de stratégie, mais ce procès lui a permis de présenter la charia comme une victime.
Aussi je pense que dans ce procès il y a une exploitation politique d'abord. Sur le plan juridique, il ne tient pas du tout.
S'agit-il d'une façon de préparer l'intégration de la charia dans la future Constitution tunisienne '
Quel que soit le parti qui se prétend islamiste modéré, s'il n'arrive pas à se séparer de la charia, il restera toujours un parti qui veut appliquer la charia.
Et là il n'y a plus de différence entre un salafiste et un modéré ; parce que la question fondamentale est l'application de la charia et celle-ci va remettre en question aujourd'hui la laïcité dans le pays.
Ce qui peut donc d'après vous avoir des répercussions sur l'avenir de la Tunisie '
Moi je pense que ce qui se passe en Tunisie risque, s'il n'y a pas un réveil et un combat de la société civile, de basculer dans de sombres horizons et dont on ne sait pas comment cela va se terminer.
Mais j'espère que la Tunisie exploitera au maximum ce qui s'est passé en Algérie pour qu'elle puisse rester en dehors de toute forme de violence et de menace.
Donc le procès Karoui peut-il influer sur le cours des choses '
Non ! Moi je pense que c'est deux choses différentes. Le procès Karoui a été un catalyseur pour se présenter comme une victime, or dans le procès, il n'y avait pas une infraction tant qu'il y a eu une décision de la commission.
D'ailleurs vous avez remarqué que la défense de la partie civile a dit qu'elle voulait poursuivre en justice même celui qui a donné l'autorisation. Ben Ali est parti mais il faut respecter les institutions de l'Etat tunisien. On ne peut pas remettre en cause l'Etat tunisien. Si on remet en cause une autorisation délivrée par l'Etat tunisien c'est qu'on remet en cause l'existence de l'Etat tunisien.
Les menaces qui pèsent sur les libertés en Tunisie sont-elles similaires à celles déjà connues en Algérie '
ll Rappelez-vous de ce qui s'était passé en Algérie. Le climat était fait de tension et de menaces sur la liberté d'expression, et à l'avènement du terrorisme, ils disaient nous sommes les détenteurs de la vérité absolue et vous, soit vous nous rejoignez soit vous êtes contre nous, et la dimension politique donnée au procès d'aujourd'hui par les plaignants n'est pas loin de cette logique. Je crois qu'Ennahda veut se présenter comme la victime de la liberté d'expression en Tunisie avec comme objectif d'inscrire dans le débat national la charia.
Est-ce que vous pensez que le fait que le verdict dans ce procès soit fixé au 3 mai, soit la journée internationale de la presse, est de bon augure '
ll C'est un bon et mauvais présage ! Le bon s'il y a relaxe et le mauvais c'est qu'on aura condamné même la symbolique de la liberté d'expression.
S. L.


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