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Enquête-Témoignages



Enquête-Témoignages
Avis aux amateurs de casse-tête. Bien malin celui qui trouvera réponse admissible par tous à cette question : l'Algérien est-il propre 'Nous avons voulu en savoir plus et nous sommes allés à la rencontre de nos compatriotes.Certains se réfugient derrière la profession de foi, d'autres se dédouanent en reportant la responsabilité sur autrui : la société, les voisins, les collègues de travail, l'éducation civique”? Une minorité parmi les personnes sondées assument, reconnaissent leur peu d'enthousiasme à prendre part à l'effort de salubrité collective ; quand une minorité encore plus infime dit faire de la question de la propreté une préoccupation permanente, particulièrement dans leur espace vital immédiat. Ecoutons ce qu'en pensent nos concitoyens.Yacine, 35 ans, commercial :«Il faut sensibiliser»Athlétique, Yacine termine son footing hebdomadaire sur l'allée des Sablettes, au moment où les derniers rayons de soleil de ce début de printemps plongent à l'ouest de la baie d'Alger. Pourtant, il va encore rester près d'une heure sur le site. Au rythme où le parking se vide, ce runner du vendredi se transforme, de temps à autre, en volontaire pour ramasser ce qu'il peut dans son petit sachet. Des bouteilles d'eau en plastique, des canettes, des bouts de pain et de pizza, souvent des couches pour bébés. Au début, nous l'avons pris pour un agent de l'office gestionnaire du site. «C'est vrai, dit-il, qu'il y a des agents qui passent nettoyer. Ce n'est pas pour les défendre mais ils ne peuvent pas tout faire. Il y a un minimum de civisme. J'ai même vu des visiteurs arracher le gazon. Par endroit, il ne reste plus que de la terre. Ce qui est le plus désolant, c'est que ce sont des comportements qui émanent de familles entières. Alors moi, quand j'ai le temps, je participe à ramasser ce que je peux. Par contre, il faut qu'il y ait plus de sensibilisation aussi bien de la part des autorités, de l'office gérant et de la société civile. C'est un endroit formidable pour lequel des milliards ont été dépensés, nous n'avons pas le droit de le clochardiser de la sorte.»Salim, 43 ans, fonctionnaire :«je n'attends pas, j'agis»Salim est un fonctionnaire tout juste en mesure de boucler ses fins de mois. Récemment, il a bénéficié d'un logement social-participatif dans une commune bien cotée sur les hauteurs d'Alger. Si les bénéficiaires ont été presque, dans leur majorité, triés sur le volet, il n'en demeure pas que les comportements sociétaux de la vie en collectivité sont pour le moins critiquables. «Je fais exception dans ce nouveau quartier. à‡a arrange beaucoup de monde, mais moi ce qui m'importe c'est de préserver mon cadre de vie et celui de ma famille. C'est d'abord celle-là ma motivation», tient à préciser d'emblée Salim.«En fait, je suis syndic d'immeuble au noir», se définit-il, avant de poursuivre : «J'ai eu le déclic moins de trois mois après avoir emménagé. Je voyais les sacs d'ordures jetés n'importe où et à n'importe quelle heure de la journée, la porte du hall de l'immeuble qui ne fermait plus de jour comme de nuit, des graffitis sur les murs, un parking sauvage avec des braconniers en gourdins, des caves où l'eau stagnait produisant des désagréments dont les moustiques, des appartements loués en sous-main et un voisinage démissionnaire... Bref, une situation qui n'augurait rien de radieux pour l'avenir. Je devais agir. Au début, j'ai essayé de réunir les colocataires.En vain. Sur 24 familles résidentes, j'arrivais au mieux à mobiliser 5 ou 6 personnes. J'ai alors changé de stratégie. J'ai commencé à faire les choses par moi-même en veillant à me rendre visible. Ce n'était pas pour me montrer mais pour créer l'émulation. C'est ainsi qu'aujourd'hui, nous avons des règles d'hygiène presque respectées. Il y a un agent d'entretien qui passe une fois par semaine, les parties communes ont été toutes réhabilitées, un jardinier vient une fois par mois s'occuper de désherber autour de l'immeuble, nous avons installé un interphone, assaini et repeint les caves”'il fallait que quelqu'un agisse et je ne regrette pas de l'avoir fait.»Hamid, 45 ans, commerçant, voisin de Salim :«Je paie, je n'ai pas le temps, je n'attends rien en retour»Malgré le mérite et la témérité qu'il reconnaît à son voisin, Salim n'est pas du genre à s'impliquer. Commerçant dans le prêt-à-porter, Hamid est père de trois enfants. Il ne fait pas partie des bénéficiaires originaux, mais a racheté auprès de l'un d'eux pour la modique somme de 1,3 milliard de centimes et investi plus de 500 autres millions en travaux pour son confort personnel et celui de sa famille. On est loin des montants sociaux de Salim, et pourtant il ne s'intéresse pas beaucoup. «On me dit de payer, je le fais. Mais vous ne me verrez jamais balai ou tuyau d'eau à la main. Je ne dis pas que ce n'est pas une bonne chose de s'organiser comme le fait Salim, mais je trouve cela anormal. Outre les menues charges que nous payons tout à fait au noir, nos factures d'électricité et d'eau regorgent de taxes qui sont, en réalité, collectées par la Seaal et la Sonelgaz pour cela. Nous déboursons une taxe d'habitation, une redevance d'assainissement”'franchement, je ne vois pas la contrepartie !» s'exclame-t-il avant de se faire reprendre par Salim qui nous confie : «Au moins Hamid ne se dérobe pas à débourser sa quote-part des charges collectives que nous nous sommes fixées, quelque chose comme 2 000 à 3000 DA/mois. D'autres se terrent carrément au début du mois.»Djamila, 32 ans, secrétaire de direction : «Nous sommes double»Djamila a rejoint depuis peu le secrétariat d'une grande entreprise publique et elle ne mâche pas ses mots vis-à-vis de ses collègues. «Lorsque vous voyez le train de vie qu'ils mènent, leurs habits dernier cri, les voitures clean et leurs manières de parler, vous vous dites que vous avez affaire à des personnes respectables. Allez-y voir l'état des toilettes et vous aurez une tout autre idée. Dans toutes les entreprises où je suis passée, c'est le drame absolu. Personne ne se sent responsable de fermer les robinets, de signaler les chasses d'eau qui fuient. Et je ne vous dit pas les odeurs”? Pourtant, il y a bien un service d'hygiène dans l'entreprise mais comme le dit notre adage, «lemen teqra zabourek ya Daoud (àqui enseigner vos psaumes David)». Djamila est convaincue : «Il y a un sérieux problème psychologique face à la propreté. En chacun de nous cohabite deux personnages : vous avez l'Algérien propre chez lui dans son espace privé et l'Algérien beylicat dans la collectivité.»
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