Situé dans une zone sensible du Moyen-Orient et vu son emplacement stratégique et ses richesses naturelles importantes notamment l'or noir, l'Irak a été souvent sujet de convoitise et de complots des lobbies occidentaux. Si l'Irak est aujourd'hui libre et a réussi à avoir son autonomie, il n'est guère facile d'imaginer son épanouissement politique et économique dans une région de turbulences. L'ambassadeur de la République d'Irak en Algérie, Ouday Al-Khairallah, nous a reçu jeudi dernier dans son bureau et nous a accordé cette interview dans laquelle il nous parle de l'Irak, de son vécu et de la situation critique que traverse la région en ces moments.
La Nouvelle République : L'Irak est passé par des moments difficiles : l'embargo en 1991, la chute de Saddam Hussein en 2003 puis la présence des forces de la coalition occidentale sur ses terres. Comment évaluez-vous la situation actuelle du pays ' Auday Al-Khairallah : Le changement qu'a connu l'Irak, très important, nécessite du temps pour acquérir une entière stabilité. Cas observé non pas qu'en Irak mais dans chaque changement que ce soit dans l'histoire ancienne ou l'histoire moderne. Dans l'histoire ancienne par exemple, nous pouvons lire et constater que beaucoup de changements étaient accompagnés de guerres civiles comme cela était le cas en Amérique durant 150 ans. Aussi, beaucoup de pays qui ont vécu un changement ont pris beaucoup de temps pour se stabiliser surtout quand il s'agit d'un changement comportant un renversement de pouvoir et non un changement graduel. Je veux dire par cela, d'une dictature extrême à une démocratie, une liberté et un Etat fédéral où on trouve une diversité d'opinions et de leaders. Tout cela nécessite du temps et nous en avons besoin pour comprendre ce qu'est la démocratie et voir la manière dont on doit l'appliquer. Est-ce que cela veut dire que l'Irak est stable ' Tous les pays arabes ne sont pas stables totalement depuis de nombreuses années. La question de la stabilité ou l'instabilité est relative. Dire que l'Irak est instable est faux, et dire que l'Irak dans son nouveau système a assimilé complètement ce dernier, ceci est aussi faux. Cela a besoin de temps. Mais dans la majorité des cas, lorsque on prend le bon chemin et on fait le bon pas, on arrivera à atteindre notre but. En Irak, nous nous sommes débarrassé d'un grand tyran, d'une dictature extrême, de beaucoup de guerres avec nos voisins et des ingérences dans les affaires d'autrui. Aujourd'hui, le pays est géré par le peuple. Nous avons des élections libres qui sont très importantes, nous avons un système parlementaire et de ce fait, la volonté du peuple est exercée pleinement. Par ailleurs, nous avons adopté le libéralisme économique consacrant une grande importance au secteur privé. Nous avons élaboré une Constitution et nous la respectons. Nous avons un tribunal fédéral très libre, des pouvoirs qui exercent leurs tâches indépendamment; les pouvoirs législatifs exercent leurs fonctions législatives et de supervision ; les pouvoirs exécutifs exercent leur rôle à travers le Conseil des ministres et le gouvernement et enfin les pouvoirs juridiques qui accomplissent leur rôle en dépit du statut de la personne jugée. L'Irak regorge de ressources naturelles inépuisables tel le pétrole, richesse tant convoitée par les pays occidentaux. Comment votre pays tire avantage de cette ressource, au profit du développement du tissu économique ' Il y a des éléments considérés comme fondamentaux pour l'Etat comme le pétrole et donc relèvent des prérogatives du gouvernement. Nous avons des sociétés qui effectuent des forages mais seulement après un accord avec le gouvernement. Cependant, pour les autres étapes de taille minime, elles sont accomplies par des investisseurs et la gouvernance en Irak ne fait pas de différence entre l'investisseur irakien, arabe ou étranger. Tout le monde bénéficie d'avantages très importants tels que la location des terrains à des prix symboliques, le transfert sans conditions de marchandises, l'exonération douanière et sur les impôts ainsi que d'autres facilitations mises en place pour encourager l'investissement en Irak. D'ailleurs, beaucoup de pays commencent à investir en Irak spécialement les pays européens et les pays de l'Asie de l'Est. Une partie des pays arabes a commencé elle aussi à s'intéresser à notre marché. Jusqu'à quel point l'économie de l'Irak dépend de la rente des hydrocarbures ' Notre économie est presque totalement basée sur les hydrocarbures. On a un peu d'agriculture et quelques industries mais ça reste peu pour le potentiel du pays. Cependant, en plus des hydrocarbures, l'avenir de l'Irak reposera sur l'agriculture. Nous avons toute une stratégie globale afin de garantir une autosuffisance dans ce secteur. Objectif nécessitant du temps et des investissements. Aussi l'Irak bénéficie d'un autre secteur aussi prometteur peut-être plus que les hydrocarbures ; celui du tourisme. Sachant que notre pays dispose de sites religieux, naturels et historiques assez riche. L'Irak redeviendra ainsi une destination touristique incontournable et enregistrera par ce fait des revenus importants. Son emplacement géographique, pourra entre autres garantir des revenus très conséquents. L'Iraq pourrait servir de transit entre l'Est et l'Ouest. D'ailleurs on l'appelle le canal sec. Quand est-ce que ces projets seront concrétisés ' On a commencé par rénover quelques ports tels que le port «Qasr» ainsi que la construction d'un autre plus grand, «le port de Fioul». Nous avons activé les petits ports qui sont du côté de la côte arabe au niveau d'Al Basrah et autres. Il y a des projets de chemin de fer et autres. En ce qui concerne le tourisme, ce secteur, en général, nécessite des divertissements et donc a besoin d'atmosphères et d'aménagement touristique. Pour ce qui est du tourisme religieux, il existe toujours, même dans les situations difficiles. C'est le cas à Karbala et Najaf où nous avons un très grand nombre d'hôtels et d'infrastructures initiés par le privé. Nous améliorons également nos aéroports. Nous en avons un dans la région du centre qui dessert les régions de Karbala, Najaf et Hilla. Au Sud aussi, nous avons un aéroport militaire à Nassiriya dont une partie est actuellement transformée en partie civile. Il y a beaucoup d'aéroports qui sont en construction. Toutes ces infrastructures existent. Par ailleurs, le secteur de logement comporte aussi beaucoup de projets d'autant plus que c'est un facteur important pour l'économie. Vous n'entendez peut-être pas d'échos sur ces projets mais uniquement les attentats ou les différentes politiques. Il y a une propagande contre l'Irak dans le but de nuire à son image. Cela veut-il peut-être dire que vous démentez ce que les médias racontent sur l'Irak ' Je ne démens pas, mais je dis que c'est le seul sujet des médias. Pourquoi il n'y a pas un équilibre' Même dans ces attentats, il y a beaucoup d'armes saisies dans des affaires sécuritaires mais qui restent non médiatisés. De même, lorsque nous mettons la main sur un groupe d'Al-Qaïda. Donc, le travail sécuritaire se poursuit toujours ' Il y a toujours des enquêtes et des arrestations des groupes responsables qui sont jugés et emprisonnés. Les affaires sécuritaires continuent. Mais cela ne veut pas dire que les explosions s'arrêteront d'un jour au lendemain. Il y a des sources diverses, même de l'extérieur, qui aident Al-Qaïda. Et donc il y a une guerre entre eux et entre l'Irak pour que ce dernier se stabilise. La question qui se pose ici : «Quels effets ont toutes ces explosions '» Elles ne limitent pas le pouvoir et ne changeront en rien l'Irak. Ces attentats ne font que ralentir le pays et causer la mort à des innocents. Et la réalité est que l'Irak subit l'ingérence et cette dernière vient même des pays limitrophes et également ceux des Nations unies. Et s'ils ne se sont pas mêlés des affaires internes de l'Irak, nous aurions été plus avancés. C'est vrai qu'ils peuvent nous ralentir, mais ils ne peuvent pas nous arrêter. (à suivre)
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassiba Abdallah
Source : www.lnr-dz.com