Mila - A la une

Des mères courage et de la détermination à revendre



Six films documentaires, faits par et avec des femmes, étaient au programme de la deuxième journée des Rencontres cinématographiques de Béjaïa, qui se tiennent depuis le 21 et jusqu'au 26 septembre à la cinémathèque de la ville.Réalisés par des cinéastes femmes à l'occasion d'un atelier de création dirigé par la réalisatrice Habiba Djahnine en 2017 à Timimoune, le fil conducteur de ces ?uvres est de donner la parole aux femmes, citadines, montagnardes, jeunes ou moins jeunes, sur des sujets aussi divers que la société et la place qu'elles y occupent, le regard de l'homme, la conquête des espaces publics ou encore la décennie noire.
Concernant celle-ci justement, la vie de la femme indépendante dans les années de plomb nous est racontée par la mère de la jeune réalisatrice Wiaw Awres et son doc' Bnett el-djeblia. Deux blessures vécues à deux époques différentes, d'un côté, celle relative à la disparition de son père et l'aliénation de sa mère, el-djeblia (la montagnarde) suite aux persécutions incessantes des colons et des harkis, et de l'autre, celle qui la mènera à abandonner sa passion : le ballet. La mort dans l'âme, le regard pétri de douleur et d'amertume, la mère raconte à sa fille le plus grand regret de sa vie.
Pourtant, tout est dit pudiquement, voire timidement. Chez Sonia Aït Qassi-Kessi, et Leïla Saâdna, respectivement pour Nnuba et Ya Djamila goulili loukan nmout kifeh tdiri ', c'est par le truchement de la tradition orale et la mémoire encore vive de nos grands-mères qu'est racontée la condition féminine. Qu'elles soient dans les champs en Kabylie ou les plaines de Sétif, les femmes et leurs déclamations lancinantes traversant les deux documentaires expurgent, non sans un brin d'humour, ce qu'elles n'ont pu dire dans leur vie conjugale ou dans leurs rapports aux hommes.
Dans une démarche différente, consistant en des interventions filmées autour de la question féminine avec des femmes de son entourage, Kahina Zina aborde crûment dans E'sitar, les relations hommes-femmes, agressions et harcèlement, et ce, à partir de trois profils différents. Si elle-même préfère répondre par la confrontation au harcèlement de rue, sa s?ur Mouna verse plutôt dans l'évitement et le repli, des points de vue opposés qui donnent lieu à un échange animé entre les deux frangines?
Derrière les regrets ou la peur, l'on retrouve un dénominateur commun : la détermination, aller de l'avant, sans jamais plier et quel qu'en soit le prix à payer. Le temps qui passe ne fait que conforter certaines d'entre elles dans le choix qu'elles ont fait, aussi difficile soit-il.
Que dire alors d'une femme qui fait, ou qui a fait face à la réclusion, aux menaces terroristes, au harcèlement, ou même au viol, sinon qu'elle est de cette trempe des braves dont l'Algérie a besoin.
Y. A.
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