Après le rapport sur les TIC du Forum économique mondial qui a suscité des réactions indignées à Alger, le rapport du département d'Etat américain dresse un constat peu reluisant de la situation générale des droits de l'homme en Algérie. Certains de ces constats, comme l'absence de transparence et le poids de la corruption, sont pratiquement rédigés dans les mêmes termes que pour le Maroc où une campagne antiaméricaine se déroule en raison d'un projet de résolution étendant à la Minurso la surveillance des droits de l'homme au Sahara Occidental et dans les camps de réfugiés de Tindouf.
Pour les citoyens des deux pays, les constats faits par le département d'Etat ne sont pas des scoops, ils reflètent une réalité que la presse, malgré les contraintes et les limites, rapporte régulièrement. Les officiels, eux, ont tendance à faire la politique de l'autruche ou bien à faire le dos rond en attendant que le bruit que fait régulièrement ce rapport passe. Sur ce registre, les officiels marocains, en furie, ne font preuve d'aucune retenue. C'est le cas, par exemple, de Youssef Amrani, ministre délégué marocain aux Affaires étrangères, qui vient de déclarer qu'une surveillance onusienne du respect des droits de l'homme au Sahara Occidental était une «récompense politique» en faveur d'une «organisation terroriste». Le responsable marocain persiste à invoquer un argument de propagande pour établir un «lien» entre le Polisario et Aqmi. Le thème lancé par un «expert» français rétribué par les autorités marocaines n'a pourtant pas marché, sa seule réussite est d'avoir obtenu la fermeture du «Journal Hebdo» qui déplaisait au Palais.
La grande similarité des constats sur l'Algérie et le Maroc sur des points fondamentaux n'est pas anodine, derrière des façades différentes, c'est la même logique autoritaire qui prévaut. Que ce soit pour l'indépendance - inexistante - de la justice, le droit de manifester ou encore la capacité de la population à pouvoir changer le gouvernement, les deux pays sont logés à la même enseigne. De telle sorte qu'on peut faire le constat que si le Maghreb n'existe toujours pas au niveau politique et économique, il existe bien un Maghreb de l'absence des libertés ou à libertés très restreintes. Il n'est pas fortuit de voir le Palais marocain devenir «anti-impérialiste» sur une question des droits de l'homme. Tout comme il n'y a rien de surprenant d'apprendre qu'un militant de l'Association marocaine des droits de l'homme a été arrêté à Tizi Ouzou. C'est le même comportement compulsif de l'autoritarisme qui voit des menaces partout y compris dans la simple expression d'un avis ou d'une opinion.
Sur la Tunisie, le rapport comporte aussi des critiques mais il est bien moins «gris» que pour l'Algérie et le Maroc. Bien entendu, on peut, à juste titre, rappeler qu'actuellement des prisonniers détenus hors de tout système de droit à Guantanamo sont en grève de la faim et que les Etats-Unis n'ont pas, eux aussi, un bilan reluisant en matière des droits de l'homme dans leur action extérieure. Mais il ne s'agit pas de noyer le poisson. Les constats faits sur les pays maghrébins illustrent parfaitement la situation actuelle: de l'immobilisme en Algérie et au Maroc, du mouvement en Tunisie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K Selim
Source : www.lequotidien-oran.com