
Les fatwas et autres déclarations irresponsables font désormais florès dans un paysage médiatique privé toléré mais peu en phase avec le raison garder et la mesure. On a beau jeu de se retrancher derrière la «liberté d'expression» laquelle, cependant, ne peut s'associer à n'importe quelle proclamation ou cautionner des propos provocateurs. Ceux qui en appellent à cette liberté d'expression seraient eux-mêmes plus vraisemblables s'ils se traçaient à eux et à leurs invités des «lignes rouges». La télévision pénètre des millions de foyers, tout n'est pas bon à dire, en particulier lorsqu'il est question de croyance et de religion. Aussi, la surenchère et la course à l'audimat ont-ils perverti le débat politico-religieux dès lors qu'entrent en compte des paramètres étrangers au parler vrai, censé expliquer et expliciter des faits de société, les comprendre, comme faire comprendre les évolutions sociétales qui nous interpellent au premier chef. Ainsi, des «imams cathodiques» autoproclamés ont accaparé le champ médiatique privé s'en donnant à coeur joie appelant quasiment à la discorde (fitna). Cela, face à l'étrange embarras des autorités publiques qui donnent l'impression de ne savoir que faire. Les déclarations fracassantes et répétitives de salafistes notoires - sans que les autorités n'y réagissent de manière appropriée - laissent ainsi ouvertes les portes à tous les excès. L'Autorité de régulation des activités audiovisuelles, interpellée, affirme avoir saisi par lettre le responsable du média concerné (Ndlr, le groupe Echourouk). Le président de cette institution, Miloud Chorfi, admet la nocivité des propos tenus par un certain individu - devenu curieusement une star médiatique - indiquant, selon un confrère, «nous avons saisi les concernés» quant aux «récentes déclarations extrémistes et contraires à la loi faites par un individu». Il y eut donc des propos condamnables qui outragent la loi et mettent en danger l'ordre public. Ce qui est curieux c'est que, en d'autres circonstances, la justice a trouvé le moyen de s'autosaisir pour une caricature qui n'a jamais été publiée et son auteur inculpé. Dans un contexte où les règles de droit s'imposent à tous - dans un Etat de droit - la loi s'applique uniment à tous. Dès lors, le gouvernement et les institutions de l'Etat d'une manière générale et particulièrement le ministère de la Justice - en charge de veiller au respect des lois et à leur application - se doivent de traiter de la même manière ce qui est estimé contraire à la loi. Et les propos de l'individu qui s'est autoproclamé muphti sont manifestement antinomiques à la loi. Mais lorsque ce sont ceux qui ont cette charge de veiller au respect des lois - pas seulement le ministre de la Justice ou son collègue de l'Intérieur - qui les foulent aux pieds ou les négligent ostensiblement, il y a comme un quiproquo qu'il faut lever pour qu'il n'y ait pas de doute sur la légalité de ce qui se fait au nom de la République. C'est ainsi que le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa, qui se démène depuis des mois pour redonner à l'islam son authenticité - du moins réhabiliter cet islam algérien fait de discernement et de tolérance que l'on ne retrouve plus dans le fatras de religiosité qui a annihilé le libre arbitre des citoyens - semble prêcher dans le désert n'arrivant pas [jusqu'ici] à briser la léthargie de ses collègues de l'Intérieur, de la Justice et de la Communication qui - à un niveau ou à un autre de leur domaine de responsabilité - ont un rôle crucial à jouer pour redonner au débat politico-religieux la sérénité et la pondération intrinsèques qui doivent être sa qualité première. Faut-il attendre d'en arriver à ce qui s'est passé durant la décennie noire quand les lois de la République ont été exclues de leur champ d'application par des éphémères dirigeants islamistes' La tolérance dont les autorités semblent faire montre envers les salafistes, improductive, est ainsi assimilée par ces derniers à une faiblesse de l'Etat, qui multiplient les provocations et les propos sulfureux avec tous les dangers que cela puisse induire sur les citoyens et pour le pays. Ce n'est pas autrement que les choses ont commencé dans les années 1990. La montée en puissance des salafistes qui menacent de (re)mettre le pays à feu et à sang interpelle les autorités et la société. Dès lors, personne ne pourra dire qu'il ne savait pas ou qu'il n'aurait pas eu assez d'intelligence pour saisir la portée de discours médiatiques inappropriés qui touchent, par l'étrange lucarne, des millions d'Algériens.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N KRIM
Source : www.lexpressiondz.com