C'est un « phénomène » qui se répand de plus en plus au niveau des structures de santé du pays, depuis l'apparition de la pandémie Covid-19. De nombreuses femmes enceintes qui travaillent dans le secteur de la santé et qui sont arrivées à un stade avancé de leur grossesse voient leurs demandes de congé exceptionnel refusées par leurs directions. Un droit auquel elles ouvrent pourtant bel et bien, selon la directive du gouvernement relative aux mesures préventives contre la pandémie.Massiva Zehraoui - Alger (Le Soir) - Malgré la clarté du décret exécutif n°20-69, du 21 mars 2020, qui met en évidence le droit des femmes enceintes et des malades chroniques travaillant en milieu hospitalier à bénéficier d'un congé exceptionnel, certaines directions des hôpitaux semblent ignorer cette directive et l'appliquent au cas par cas.
Cette semaine encore, une aide-soignante, au terme d'une grossesse, relevant de l'Etablissement public hospitalier de Chechar, situé dans la wilaya de Khenchela, est décédée. Peu de temps avant, la défunte, qui travaillait au service de maternité, aurait demandé un congé exceptionnel qui lui a été refusé par le directeur de l'établissement.
En guise de réponse à sa demande, la direction lui a expliqué qu'elle ne pouvait bénéficier d'un congé exceptionnel, car elle n'est pas en contact direct avec les patients atteints de Covid-19.
«Nous portons à votre connaissance que le droit au congé exceptionnel des femmes enceintes arrivées au troisième trimestre de leur grossesse n'est accordé qu'à celles qui effectuent au moins une garde par semaine dans les unités Covid-19», lit-on dans la réponse retournée à la malheureuse.
Le décès de cette aide-soignante n'a pas tardé à susciter des réactions en chaîne de la part du personnel soignant et des syndicats de la santé. Plusieurs faits similaires à ce drame ont été constatés ces dernières semaines, nous rapportent des sources proches des hôpitaux. Pour le président du Syndicat algérien des paramédicaux (SAP), Ghachi Lounès, cette mort de trop traduit la gestion «catastrophique» des hôpitaux. Ce dernier pointe un doigt accusateur sur «certains directeurs» qui « font la pluie et le beau temps au sein de ces structures sans être inquiétés», au détriment du personnel médical. Indigné, ce dernier rappelle pourtant que « le décret datant du 21 mars 2020 est explicite et il donne à toutes les femmes enceintes et aux malades chroniques le droit de prendre un congé exceptionnel», car plus vulnérables.
«Une femme enceinte de plus de six mois n'a rien à faire dans un hôpital», a-t-il insisté. Il ajoutera que justifier un refus de congé exceptionnel pour cette catégorie de travailleurs par le fait «qu'ils ne sont pas en contact direct avec des sujets Covid-19 est totalement insensé.»
Notre interlocuteur soutient que tout le staff médical est « exposé au virus du moment qu'il pénètre dans un hôpital», estimant que le danger est plus important pour une femme enceinte et un malade chronique.
Lounès Ghachi considère l'attitude d'une partie de ces directeurs d'hôpitaux comme un «affront», dans la mesure où ces derniers « ne respectent pas des directives ordonnées par la plus haute autorité du pays». Il juge, par conséquent, qu'ils méritent d'être traduits en justice car «ils connaissent bien les conséquences que peut engendrer le maintien d'une femme enceinte à son poste dans le climat actuel, au troisième trimestre de sa grossesse qui plus est».
Lounès Ghachi remet, par ailleurs, sur le tapis la question de la gestion des hôpitaux qui, selon lui, «est à l'origine du malaise auquel est livré le secteur de la santé depuis toujours». Il invite la tutelle à se pencher sur ces mauvaises pratiques qui ne cessent de se banaliser et à réagir promptement, afin d'éviter de pareils scénarios.
Même indignation constatée chez le corps médical, qui évoque une sorte de «mépris de la part de nombreux directeurs » dans la prise de certaines décisions liées aux personnels. L'impunité de ces responsables «qui usent et abusent de leur pouvoir» inquiète davantage ces derniers.
M. Z.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Massiva Zehraoui
Source : www.lesoirdalgerie.com