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Dépasser l'entropie actuelle par la refondation de l'Etat



Dépasser l'entropie actuelle par la refondation de l'Etat
La situation de tensions au Sud de l'Algérie, combinée avec la chute du cours des hydrocarbures, est d'une extrême gravité qui menace l'unité et la cohésion nationale. Cela implique de faire les choix par une nouvelle gouvernance et une autre politique socio-économique.Entre 2004/2014, l'Algérie a dépensé deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats que certains pays similaires, avec une réévaluation des projets entre 2005/2014 dépassant pour certains, les 30/40% de la valeur initiale montrant la mauvaise gestion. Il s'ensuit des taux de croissance faible entre 2 et 3,5% entre 2004/2014 sans corrélation avec l'importance de la dépense publique, cela engendre un malaise social dans la mesure où le taux d'emploi est fonction du taux de croissance, où avec le retour à l'inflation, ayant pour essence principal la faiblesse de la production et de la productivité et l'injection monétaire sans contreparties, comprimée artificiellement par des subventions mal gérées et mal ciblées, favorisant la concentration des revenus au profit des rentes spéculatives, ayant un impact négatif sur le pouvoir d'achat. Certes, les subventions et les transferts sociaux de l'Etat, montants faramineux, (27% du PIB) et permettent d'atténuer transitoirement ces chocs. Mais devant ce déséquilibre du non partage équitable de la rente des hydrocarbures, son impact est négligeable sur le niveau de vie des citoyens, où l'on assiste à des revendications sociales généralisées, la majorité des segments de la société voulant leur part de rente immédiatement, quitte à aller vers un suicide collectif. Ce processus est amplifié par la corruption socialisée, d'où les difficultés de l'instauration d'un Etat de droit et d'une justice impartiale, phénomène, qui a certes toujours existé, mais qui prend une ampleur inconnue depuis l'indépendance politique expliquant le divorce entre l'Etat et les citoyens. Pourtant, l'Algérie, qui a d'importantes potentialités pour devenir un acteur actif au sein de cette Re-mondialisation, a besoin de plus d'espaces de libertés. D'où l'urgence d'un discours de vérité et de privilégier uniquement le devenir de l'Algérie, personne n'ayant le monopole du nationalisme. Cela suppose une autre gouvernance. Faute de quoi, la déflagration sociale sera inévitable à terme. Face à la cacophonie gouvernementale, et la grogne sociale amplifiée par la flambée des prix (détérioration du pouvoir d'achat et concentration du revenu national au profit d'une minorité rentière), nous avons une population en majorité désabusée qui ne croit plus en rien. Aussi, il s'agit d'inscrire la future démarche au sein d'une vision stratégique incluant les acteurs internes et externes. Il n'est plus permis aujourd'hui de faire l'impasse sur le rôle que des acteurs résidents, mus puissamment par des intérêts organiquement liés à la distribution de la rente, ont pu à un moment ou à un autre peser dans un sens franchement défavorable aux réformes politiques et économiques. De même qu'il n'est plus possible, du point de vue de l'analyse aussi, d'occulter le rôle que d'autres acteurs, externes ceux-là, ont pu jouer dans un sens tout aussi défavorable, motivés qu'ils étaient, eux aussi, par la défense d'intérêts de groupes ou de personnes, que la poursuite d'un commerce hautement lucratif rendait allergiques à toute velléité de changement et de réforme. Des acteurs internes aussi bien que des acteurs externes ont agi clairement dans le sens contraire, encourageant et défendant, par des moyens divers, la mise en ?uvre de réformes dont la nécessité n'échappe à personne. Comme il n'est plus permis d'ignorer la nécessaire intégration maghrébine, et plus globalement de l'Afrique du Nord, pont entre l'Europe et l'Afrique, face aux nouvelles mutations mondiales. Aussi, les réformes en profondeur du fonctionnement de la société algérienne et non des replâtrages organisationnels, impliquent d'analyser avec lucidité, les relations dialectiques réformes et les segments de la production de la rente (Sonatrach) et celui de sa redistribution (système financier), qui bouleversent des intérêts, les gagnants de demain n'étant pas forcément ceux d'aujourd'hui. Lorsque la valeur de la rente des hydrocarbures s'accroît, paradoxalement les réformes sont freinées et l'on assiste à une redistribution passive de la rente pour une paix sociale éphémère avec l'extension de la corruption et une concentration excessive du revenu national au profit d'une minorité rentière. Ce couple contradictoire rente/réformes explique fondamentalement l'instabilité juridique et le manque de cohérence et de visibilité dans la réforme globale. Aussi, il s'agit impérativement de dépasser l'entropie actuelle par la nécessaire refondation de l'Etat. C'est que l'Algérie qui traverse une phase cruciale de son histoire a d'importantes potentialités, elle a besoin qu'un regard critique et juste soit posé sur sa situation sur ce qui a déjà été accompli et sur ce qu'il s'agit d'accomplir encore au profit exclusif d'une patrie, qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d'une même ambition et d'une même espérance : un développement harmonieux conciliant, efficacité économique et une profonde justice sociale. Un développement conditionné par de profondes réformes économiques et politiques, le statut quo actuel étant suicidaire pour le devenir de la nation. Aussi, pas de changement en Algérie sans de profondes reformes structurelles économiques et politiques. La refondation de l'Etat, pour ne pas dire sa fondation comme entité civile, passe nécessairement par une mutation profonde de la fonction sociale de la politique. La fin de l'Etat de la mamelle, puis celle de la légitimité révolutionnaire, signifie surtout que le pouvoir bienfaisant ou de bienfaisances inaugurées comme contrat politique implicite par les tenants du socialisme de la mamelle afin de légitimer l'échange d'une partie de la rente contre la dépendance et la soumission politiques, et qui efface tout esprit de citoyenneté active, ce pouvoir doit céder la place à un pouvoir juste, justicier et de justice. C'est la norme du droit qui reprend sa place pour légitimer le véritable statut de la citoyenneté nationale. Le passage de l'Etat de «soutien» à l'Etat de justice est de mon point de vue un pari politique majeur, car il implique tout simplement, un nouveau contrat social et un nouveau contrat politique entre la nation et l'Etat. La construction politique passe aujourd'hui nécessairement par la dialectique de l'alternance politique. L'Algérie ne peut revenir à elle même que si les faux privilèges sont bannis et les critères de compétence, loyauté et d'innovation sont réinstaurés comme passerelles de la réussite et de promotion sociale. La refondation de l'Etat ne saurait se limiter à une réorganisation technique (changement de gouvernement ou de ministres). Elle passe par une transparence totale et une clarté sans nuance dans la pratique politique et une moralité sans faille de ceux qui auront à diriger la cité avec cette corruption qui prend des tendances dangereuses pour l'avenir de l'Algérie, étant facilité par une économie totalement rentière. Pour un dialogue productif En résumé, il serait maladroit pour le pouvoir algérien d'ignorer les aspirations profondes de la population algérienne parabolée qui ne croit plus en les paroles mais aux actes. Avec la grogne sociale croissante, la population algérienne a soif de démocratie et de justice sociale mais également d'efficacité économique avec un sacrifice partagé car les réformes à venir seront douloureuses. La vertu d'une bonne gouvernance est le dialogue permanent au profit exclusif de l'Algérie qui a d'importantes potentialités pour surmonter la crise multidimensionnelle à laquelle elle est confrontée, sous réserve d'une autre gouvernance, le plus grand ignorant étant celui qui prétend tout savoir. C'est pour cela que j'avais accepté l'invitation de la présidence de la république pour la révision constitutionnelle. J'avais insisté publiquement sur un dialogue sans exclusive et que pour son opérationnalité, cette révision a besoin d'une vision stratégique au sein des nouvelles mutations mondiales, en ces moments où notre région devrait connaître de grands bouleversements géostratégiques. Le document que j'ai remis à la présidence, en arabe-français-anglais, qui a été repris au niveau national et international, insistait sur la mise en place d'un Etat de Droit, de la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle et d'inscrire l'irréversibilité de l'économie de marché concurrentielle, conciliant l'efficacité économique et une très profonde justice sociale. Non partisan, fidèle à mes positions, tout en étant constant dans la défense de mes idées, j'ai également accepté de recevoir une délégation du FFS dans le cadre des rencontres qu'il organise avec les partis politiques et les personnalités nationales. L'Algérie en ces moments difficiles, a besoin de toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté. Il ya lieu de favoriser le dialogue productif avec la devise : ni sinistrose, ni autosatisfaction source de névrose collective. (Suite et fin)


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