Un jeune à qui on a retiré le permis s'est rendu au commissariat, chargé de jerricans d'essence et d'une bouteille de gaz. Cette histoire explosive est arrivée il y a quelques jours à Khenchela et le jeune halluciné a été arrêté à temps. Mais de cet assaut psychotique, deux lectures contradictoires s'offrent. La première rejoint l'idée que le régime se fait de son peuple, une masse de chiens fous à interner définitivement pour son comportement, sa violence irrationnelle et sa capacité à s'embraser à la moindre étincelle. L'autre est plus khaldounienne ou marxiste : il n'y a pas de peuples violents, il n'y a que des conditions qui le rendent ainsi.
Dans cette lecture qui dédouane la société de son agressivité, c'est le mépris répété et les nombreuses injustices commises par la dawla (comprendre les forces de l'ordre et assimilés) qui poussent à bout les Algériens, aujourd'hui capables de tout. Après les immolations, actes passifs qui consistent à se punir de façon spectaculaire, la nouvelle tendance serait d'attaquer les commissariats sans pour autant être inscrit au terrorisme. Régulièrement d'ailleurs, des bandes de jeunes les prennent d'assaut, comme dernièrement à El Harrach et quelques jours avant à l'Ouest, où une gendarmerie a été encerclée.
Le commissariat ne fait plus peur, pas plus que la prison, les balles ou la mort, le feu ou l'enfer. Un dirigeant éclairé devrait se poser des questions sur le proche avenir mais, en ces temps de délestages sauvages, qui peut encore croire à la lumière ' En 1878, Thomas Edison déposait le brevet de l'ampoule électrique, réussissant l'exploit de mettre la lumière en boîte. Eté 2012, le gouvernement algérien s'endormait en éteignant la lumière, son président somnolant, repu, dans une boîte noire, laissant tout un pays dans l'obscurité. Le jeune Khencheli aura compris une chose : une explosion, quelle qu'elle soit, crée de la lumière.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chawki Amari
Source : www.elwatan.com